Mieux encore, Stephen Harper arrache, à sa quatrième tentative, un mandat majoritaire. Il régnera sur le Canada durant au moins quatre ans. Et il fera face à Jack Layton, qui a ravi le poste de chef de l’Opposition au chef libéral Michael Ignatieff, battu dans sa propre circonscription. On ne le verra bientôt plus du tout, cette étoile filante…
Pour représenter le Québec à Ottawa, les conservateurs ne seront toutefois que cinq ; les élus de la capitale nationale étant tombés au combat face au NPD.
Pour le Bloc, c’est l’anéantissement. Les plus lucides stratèges bloquistes s’attendaient au pire. Et le pire est arrivé.
Hier matin, un contact m’a téléphoné pour dire qu’au quartier général, l’heure était grave. « Écoute, m’a-t-il dit, on parle de 10 comtés maximum ». J’ai raccroché, incapable de le croire.
Mais le verdict populaire est tombé comme une guillotine. Une fin aussi triste que dramatique pour Gilles Duceppe qui venait tout juste de fêter le vingtième anniversaire de son Bloc. Cette dégelée des députés nationalistes marque une étape dans le cheminement politique du Québec. Le Bloc s’en était tiré en 2006 et en 2008, mais, comme dirait Claude Poirier, il vivait sur du « temps emprunté ».
Dommage pour Gilles Duceppe, qui tire sa révérence dans cette inimaginable débandade, lui-même battu dans sa circonscription de Laurier-Sainte-Marie.
Sa défaite est d’autant plus amère que son ennemi juré, Stephen Harper, a gagné son pari.
Incompréhensible
Visiblement attristé, le vétéran Louis Plamondon a baissé les bras en direct à la télé, et prédit, moins d’une demi-heure après l’ouverture des boîtes de scrutin, le départ de son chef : « C’est incompréhensible. Les Québécois viennent de perdre un serviteur extraordinaire à Ottawa…»
Au rassemblement bloquiste à Montréal, Alain Laforest disait sur les ondes de TVA hier soir, « on entend presque voler les mouches ». L’atmosphère était funèbre.
Car non seulement l’existence du Bloc (ou ce qui en reste) est évidemment remise en cause, mais la possibilité de réaliser la souveraineté prochainement est aussi remise en question. L’optimisme bon enfant affiché au congrès du PQ a disparu. Les larmes ont remplacé les sourires.
La cheffe du PQ, Pauline Marois, a bien fait de prendre des vacances en Floride, la semaine dernière. Elle aura besoin de toute son énergie pour nous convaincre que tout est toujours possible…