La politique, au Québec, est un sport extrême, et les résultats du vote d'hier en sont la preuve. Un leader mal-aimé se retrouve seul au volant ; un parti moribond fait un retour spectaculaire ; et le jeune premier qui devait renouveler le discours politique tire sa révérence de façon dramatique.
Ainsi s'est terminée cette campagne inhabituelle - dont personne ne voulait - et qui s'est déroulée en rupture, sur plusieurs points, d'avec la tradition politique du Québec. C'est la première fois depuis un demi-siècle qu'un premier ministre est réélu pour la troisième fois de suite.
D'habitude, c'est un Canada anglais placide et tranquille qui suit avec inquiétude les péripéties rock and roll des campagnes québécoises. Cette fois, c'est le contraire qui s'est produit. La campagne québécoise a été complètement éclipsée par les événements extraordinaires qui se déroulent à Ottawa depuis deux semaines.
D'habitude, les campagnes québécoises sont des luttes de titans, entre leaders plus grands que nature, capables de faire rêver les électeurs ou de les terrifier. Pas cette fois. Jean Charest capture une mince majorité seulement parce que ses adversaires semblaient moins convaincants que lui.
Depuis 40 ans, les élections québécoises atteignent des sommets d'émotion ou d'angoisse parce qu'elles mettent en scène des partis aux visions de l'avenir diamétralement opposées.
Hier, le parti fédéraliste a gagné, le parti indépendantiste a fini bon deuxième. Mais cela ne veut rien dire puisque le statut du Québec ne fut pas un enjeu de la campagne. Mme Marois avait beau invoquer René Lévesque hier et promettre que «la prochaine fois sera la bonne,» elle devra être très prudente en invoquant son mandat.
Le folklore électoral du Québec est riche en promesses flagorneuses de ponts et de bouts de routes. Mais cette fois, les politiciens ont perdu toute espèce de gêne, promettant des milliards comme s'ils les imprimaient eux-mêmes. Ce fut aussi le festival des promesses vite oubliées. Mario Dumont parle de privatiser Hydro- Québec puis passe à autre chose. Jean Charest promet un train rapide Québec-Windsor puis n'en parle plus. Pauline Marois promet un référendum sur le rapatriement des pouvoirs sur la culture puis oublie ça.
En fait, il n'y a pas eu de véritable enjeu, de point focal dans cette campagne. À part, peut-être, dans les derniers jours, cette crainte de voir un nombre record d'électeurs décider de boycotter l'élection. Comment s'en étonner?
Que signifient toutes ces ruptures d'avec le passé récent ? D'abord, peut-être que le Québec a changé plus vite que les appareils politiques ? Peut-être que les choix qu'on lui offrait cet hiver ne correspondent plus très bien à ses besoins ?
L'élection d'hier, tenue dans un contexte économique inquiétant, révèle un Québec prudent, sinon inquiet, un Québec qui n'a pas tant envie de brasser la cage, de risquer, de se rêver ailleurs ou différent et qui veut plutôt s'assurer que les livres balancent, que les hôpitaux fonctionnent et que les ponts soient entretenus.
Sur papier, les électeurs ont obtenu ce qu'ils cherchaient. Un gouvernement libéral majoritaire, mais pas trop fort, une opposition variée, rangée derrière le un PQ regaillardi.
Reste à voir pendant combien de temps les politiciens se souviendront de leur promesse d'hier, de travailler tous ensemble au bien commun...