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Excite@Home a été victime de son propre succès, estiment des analystes


(AP) — En prouvant qu’il était possible de fournir un service Internet à grande vitesse sur le câble à des millions de consommateurs nord-américains, Excite@Home aura finalement été victime de son propre succès.

Depuis 1999, la croissance du fournisseur de services Internet avait été explosive, multipliant par 12 le nombre de ses abonnés pour finalement dépasser les quatre millions. Mais en même temps, d’autres joueurs, comme les compagnies de câble elles-mêmes, ont compris qu’ils pouvaient en faire autant sans passer par Excite@Home.

«Les compagnies de câble sont reconnues pour être conservatrices, hésitantes à prendre des risques, alors elles ont embarqué avec cette société indépendante qui elle a pris tous les risques», d’expliquer Mark Kersey, un analyste de l’industrie à large bande travaillant pour ARS Inc., une firme de recherche de La Jolla, en Californie.

«Une fois qu’elles ont réalisé que ça pouvait vraiment marcher, elles se sont dit qu’elles n’avaient probablement plus besoin d’Excite@Home», qui a déclaré faillite voilà une semaine.

Pour leur part, les câblodistributeurs — incluant Rogers et Shaw au Canada — affirment que c’est l’effondrement financier d’Excite@Home qui les a forcés à mettre sur pied leur propre réseau pour protéger leurs clients ainsi que leurs franchises.

Au 30 septembre dernier, Excite@Home fournissait un accès Internet à haute vitesse à 4,16 millions de clients sur large bande, c’est-à-dire un accès permanent toujours ouvert sur Internet. Elle occupait donc 40 pour cent du marché domestique et d’affaires dans ce domaine.

Aujourd’hui, plusieurs investisseurs d’Excite@Home sont convaincus que les câblodistributeurs ont comploté pour pousser le fournisseur Internet à la faillite. Une fois Excite@Home en faillite, ils n’auraient plus à respecter les conditions restrictives de leur contrat et pourraient mettre en place leur propre réseau plus rapidement, disent-ils.

AT&T, qui possédait 23 pour cent d’Excite@Home et contrôlait son conseil de direction en octobre, est au beau milieu de ces histoires de complot.

«Excite@Home existerait encore aujourd’hui si elle n’avait pas été menée par un conseil de direction qui voulait la voir disparaître», affirme Bob Garrity, un actionnaire de la défunte compagnie et l’un de ses premiers employés. «AT&T s’est complètement déchargée de son devoir de fiduciaire», ajoute-t-il.

Il va sans dire qu’AT&T rejette de telles allégations, qu’elle qualifie de «totalement non fondées». La porte-parole de la société, June Rochford, refuse toutefois de commenter davantage, disant que des poursuites pourraient être entreprises.

Les compagnies de câble n’ont toutefois pas été seules à pousser Excite@Home vers la faillite. Flairant la bonne affaire, les compagnies de téléphone ont également embarqué dans la danse avec leur service DSL offrant un nouvel accès numérique rapide à Internet.

Pour attirer les clients, elles ont coupé les prix et même offert un service gratuit de quelques mois à leurs nouveaux abonnés. Les câblodistributeurs ont suivi, coupant par le fait même dans les revenus d’Excite@Home. De plus, des 40 à 50 $ mensuels que rapportait un abonné, Excite@Home n’en retenait que 12 $, ce qui lui faisait perdre jusqu’à 6 millions $ par semaine. Depuis le début de l’an 2000, la dette totale d’Excite@Home avait atteint près de 9 milliards $.

Un dernier facteur technologique a joué dans cet effondrement financier. Avec les coûts sans cesse à la baisse des pièces électroniques et informatiques, les câblodistributeurs ont pu mettre sur pied leurs infrastructures sans débourser les milliards de dollars qu’avait dû investir Excite@Home lors de son lancement, en 1996.


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