Dominique Scali
Agence QMI

Violence à l'école: une éducatrice forcée de se taire brise le silence

Violence à l'école: une éducatrice forcée de se taire brise le silence

Sophie Rouleau à son domicile.DOMINIQUE SCALI/LE JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI

Dominique Scali

Une éducatrice de Lanaudière qui dit avoir servi de défouloir pour des élèves sur les réseaux sociaux se serait fait donner le choix par son directeur entre porter plainte à la police et garder son emploi.

«C'est quoi le message qu'on envoie aux élèves? Qu'ils peuvent détruire la santé, la vie de quelqu'un?», s'interroge Sophie Rouleau, 45 ans.

Le Journal publiait en septembre que 71% des employés de soutien dans les écoles québécoises sont victimes de violence physique ou verbale. Mme Rouleau considère que son histoire illustre à quel point ces cas sont banalisés.

À l'automne 2016, elle travaillait à l'école secondaire de l'Achigan comme préposée aux élèves handicapés.

Un vendredi après-midi, elle est entrée dans une classe où le suppléant avait perdu le contrôle du groupe. Des élèves se chamaillaient, d'autres étaient couchés sur le bord des fenêtres.

Elle est alors intervenue pour rétablir l'ordre dans la classe, raconte-t-elle. Des jeunes l'auraient ensuite insultée et tenu des propos vulgaires à son endroit.

«Mini Trump»

Plusieurs élèves ont été suspendus à la suite de cet évènement. Pendant la fin de semaine, certains ont démarré un groupe de discussion Messenger où ils la traitaient de «pute» et de «mini Trump», soutient-elle.

«Elle va finir pendue dans sa maison», aurait même écrit l'un d'eux.

À son retour le lundi, un élève l'a informée de ces propos, qui avaient alors disparu de l'internet.

Quand Mme Rouleau repense à l'élève qui a eu le courage de dénoncer ses pairs, elle peine à retenir ses larmes. «Je veux que cette personne sache qu'elle a bien fait.»

Mme Rouleau estime que ce qu'ont fait les élèves est grave, mais que le coeur du problème est plutôt la gestion qu'en a faite la direction. Souhaitant déposer une plainte à la police quelques jours plus tard, le directeur lui a alors fait comprendre qu'elle perdrait son emploi.

«C'est plus facile pour moi de sortir mon intervenante de là [plutôt que des élèves]», dit-il dans un enregistrement qu'a pu entendre Le Journal.

Pas de plainte

L'école aurait refusé de lui remettre toutes les preuves des propos diffusés. Mme Rouleau n'a donc pas pu déposer de plainte à la police. Un dossier a tout de même été monté contre elle à la commission scolaire.

Brisée par cette histoire, elle est tombée en congé de maladie.

Elle a pourtant fourni plusieurs lettres écrites par d'anciens collègues témoignant de son professionnalisme en classe.

«Si ce qu'elle a vécu faisait partie des conditions de travail, personne ne voudrait faire cette job», dit une personne qui a préféré taire son nom. En tant que témoin des événements, cette personne croit que Mme Rouleau a été victime d'une injustice.

Mme Rouleau tient à dénoncer ce qu'elle a vécu pour éviter que d'autres soient traités de la sorte. «La commission scolaire des Samares (CSS) n'a aucune empathie pour les employés qui vivent de la violence».
De son côté, la CSS assure avoir respecté les démarches pour l'accompagner. La direction de l'école a préféré ne pas commenter et nous a renvoyés à la commission scolaire.



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