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«J.E.» infiltre un groupe religieux: «pour l'avoir vécu, je peux dire que c'est une secte!»

«J.E.» infiltre un groupe religieux: «pour l'avoir vécu, je peux dire que c'est une secte!»

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L'émission «J.E.» s'intéresse à une communauté religieuse peu connue qui s'est implantée il y a une dizaine d'années à Cookshire-Eaton, en Estrie. Un membre de notre équipe a infiltré la communauté.

«J.E.» a voulu en savoir plus sur ce groupe ésotérique en retrouvant d'anciens disciples. Tous veulent préserver leur anonymat. Charles* nom fictif, a été prêtre Essénien. Il habitait au village.

«Au début j'étais fasciné par les archanges, l'ésotérisme. J'ai connu Olivier Manitara grâce à un ami qui avait écouté ses conférences et ça venait me chercher. L'idée de bâtir une société, de faire partie des Élus me fascinait. Je cherchais un peu de magie», raconte-t-il.

Pour gravir les échelons dans la hiérarchie spirituelle, il faut débourser. Charles a dépensé des milliers de dollars pour les différents séminaires, les livres, les formations. «Pour que ça soit une secte, il faut que ça soit coupé du monde, faut donner de l'argent, faut que tu sois manipulé. Moi, pour l'avoir vécu, je peux dire que c'est une secte!»

Marie-Ange a passé deux ans chez les Esséniens. Après avoir dépensé des milliers de dollars pour des livres et des conférences, elle a déchanté. «J'ai vu qu'ils étaient beaucoup intéressés par l'argent, toujours l'argent... Il y avait un certain lavage de cerveau.»

Grâce à notre infiltrateur, nous en avons appris davantage sur L'Ordre des esséniens qui compterait un millier de disciples dans le monde et un peu plus d'une centaine au Québec. Nous avons participé à la Ronde des Archanges, c'est le grand rendez-vous des Esséniens quatre fois par année, à 400 dollars par disciples.

Lors des cérémonies, les adeptes sont tous vêtus de blanc. Un signe de pureté selon eux. Les disciples écoutent religieusement leur prophète citer des textes qui lui seraient transmis par des forces surnaturelles.

Dans son enseignement Manitara fait une séparation entre le monde des divins (les Esséniens) et les humains. Le monde de l'homme est en déclin selon les évangiles esséniens. «Pour Manitara, le monde de l'homme ne vaut pas grand-chose», prétend Marie-Ange.

Plus d'une soixantaine de disciples habitent en permanence au village Essénien. Ils y ont construit des maisons et y élèvent leurs enfants. Mais le Village a perdu de son lustre lorsque Manitara a décidé de collecter des dons afin d'aller s'installer au Panama.

Certains disciples se sont sentis abandonnés, d'autres ont quitté le mouvement et ont du recourir à de l'aide psychologique.

Charles avoue avoir été parfois naïf et aussi vulnérable. «On se fait croire que c'est correct, que c'est bien. On se dit je ne veux pas partir, mais dans le fond, on le voit bien que ce n'est pas sain, les disciples veulent y croire!»

Pour les Esséniens, la terre de Cookshire est une terre sacrée, où y ils doivent vivre, prier et investir...

Le problème c'est que cette terre n'est pas zonée comme un lieu de culte. Des maisons construites sans permis et enregistrées comme des presbytères, évitant ainsi de payer des taxes. L'église essénienne est enregistrée au Québec comme un organisme de bienfaisance, elle bénéficie donc d'exemptions fiscales. «C'est une perte de revenus considérable pour la ville!» affirme Martin Tremblay, directeur de la ville de Cookshire-Eaton

Les esséniens multiplient les recours judiciaires depuis des années en faisant valoir la liberté de religion. Un porte-parole du mouvement a accepté de répondre aux questions de «J.E.».

En janvier 2018, le Tribunal administratif a donné raison à la Commission de protection du territoire agricole du Québec qui ordonne que plusieurs bâtiments et maisons soient démolis ou déplacés.

«On demande une modification de zonage, mais la ville ne veut pas ! On va aller en bataille judiciaire. Nos bâtiments doivent être maintenus ici, ce n'est pas demandé par des hommes, mais par des archanges» prétend le porte-parole de l'Église essénienne du Québec, Pierre-Simon Cleary.

Notre infiltrateur a été reçu dans un climat très amical et accueillant, sans aucune pression pour poursuivre son aventure essénienne. Par contre, dans les conférences, on incite les fidèles à recruter de nouveaux membres et d'investir dans le mouvement.

Les dirigeants répètent aux disciples que le mouvement est loin de rouler sur l'or, ils demandent donc aux fidèles de travailler bénévolement pour la communauté, pour les maisons d'édition notamment.

«J.E.» a consulté les documents de l'Agence du revenu du Canada. La fondation Essénienne a déclaré des actifs de plus de 5 millions de dollars et des revenus de plus de 2 millions de dollars, seulement pour l'année 2016. Les donateurs sont généreux; 763 869$ ont été offerts, notamment dans le but d'investir dans la construction du village au Panama.



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