Kathryne Lamontagne
Agence QMI

L'ex-juge Delisle de retour en cour pour obtenir sa libération

Kathryne Lamontagne

Dernière mise à jour: 18-10-2016 | 23h44

QUÉBEC - Convaincu de l'innocence de son père, le fils de Jacques Delisle s'est une fois de plus porté à sa défense mardi, alors que l'ancien juge tente de retrouver sa liberté le temps qu'Ottawa décide de son sort.

Amaigri, vêtu d'un t-shirt blanc et d'un veston marine, l'ex-juge de 81 ans est retourné mardi dans la salle où il a été condamné à l'emprisonnement à perpétuité pour le meurtre de son épouse, en 2012. D'un pas chancelant, il s'est assis dans la boîte des accusés avant qu'on ne lui retire ses menottes.

Le juge Benoît Moulin entend cette requête pour remise en liberté sous caution, qui découle de la décision de la ministre fédérale de la Justice d'enquêter sur ce possible cas d'erreur judiciaire. Jacques Delisle a toujours plaidé son innocence et affirme que sa femme, diminuée physiquement, s'est suicidée en 2009.

Soutien de ses proches

Tout comme l'ex-associé de Jacques Delisle, Me Pierre Cimon, le fils de l'ex-juge s'est présenté à la barre pour s'engager comme caution. Avant de prendre la parole, Jean Delisle a déposé son poing sur la vitre qui le sépare de son père. Le vieil homme, souriant, a fait de même.

Jean Delisle et ses proches soutiennent Jacques Delisle depuis le début de cette affaire. «Si j'avais le 1/16 d'épaisseur de doute à savoir que mon père a tué ma mère, je pense que je ne serais pas ici, a-t-il laissé savoir. C'est viscéral: mon père n'a pas fait de mal à ma mère. On est là, on est présents, on croit en lui.»

Sans surprise, il a vanté les multiples qualités de son paternel. Il a rappelé la «façon exemplaire» avec laquelle Jacques Delisle a pris soin de sa femme lorsque celle-ci a été frappée d'un AVC en 2007, avant de se fracturer la hanche, en 2009.

Émotif, il s'est rappelé sa mère, une femme «inspirante», «vite, intelligente» et «toujours de bonne humeur» qui, après ses graves soucis de santé, serait devenue la «responsabilité de quelqu'un». «Et ça, elle ne l'a jamais pris», a-t-il précisé, soulignant qu'elle avait eu des idées suicidaires.

Expert ontarien

La défense a fait témoigner le pathologiste ontarien Michael Shkrum qui a expliqué les nouveaux éléments de preuve qui innocenteraient Jacques Delisle.

Son exposé s'est fait notamment à l'aide de photographies et de radiographies prises lors de l'autopsie de la défunte qui n'avaient pas été présentées au procès.

Son témoignage, livré en anglais, a été traduit en français par un interprète. Les délais occasionnés par cette situation risquent d'ailleurs d'allonger la procédure jusqu'à la fin de la semaine.

L'expertise de la défense

En novembre 2015, le Docteur Shkrum a expertisé le dossier de Jacques Delisle à la demande du Groupe de la révision des condamnations criminelles (GRCC), à Ottawa, qui étudie ce cas. Il a rendu un premier rapport en mars 2016 et un second en mai 2016.

Contrairement à l'expert de la poursuite, ce pathologiste estime que le tir qui a causé la mort de Nicole Rainville a été porté perpendiculairement à sa tempe gauche. La balle a voyagé jusqu'au côté droit du cerveau avant de ricocher à l'intérieur du crâne, causant une fracture. La balle a ensuite «déboulé» pour se loger à l'arrière de la tête.

Des fragments de balle sont apposés à cette fracture, sur la surface intérieure du crâne. Le Dr Shkrum serait le premier à avoir remarqué ces fragments, cette information ne se retrouvant dans aucun rapport de pathologiste affecté au dossier à ce jour.

Il s'est montré extrêmement critique envers le travail de l'expert de la poursuite, qui a effectué l'autopsie du corps.

Il souligne le manque de photos du crâne et du cerveau et estime que le cerveau aurait dû être préservé dans du formol, ce qui n'a pas été fait.

Le Dr Shkrum a souvent témoigné pour la poursuite en tant qu'expert dans d'autres dossiers, en plus de travailler sur des dossiers d'erreurs judiciaires. Son expertise a notamment permis, en juin 2015, la libération d'un Ontarien faussement condamné durant 44 ans pour meurtre.

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