Lise Millette
Agence QMI

Agressions sexuelles: la dénonciation toujours pertinente

Lise Millette

Dernière mise à jour: 24-03-2016 | 20h48

MONTRÉAL - L'acquittement de Jian Ghomeshi aux accusations d'agression sexuelle qui pesaient contre lui ne doit pas décourager les victimes dans leurs démarches pour porter plainte contre leurs agresseurs.

Depuis la tombée du verdict jeudi, des voix s'élèvent afin que cette décision ne devienne pas un frein à la dénonciation. Sur les réseaux sociaux, les mots clic #IBelieveSurvivors ou #OnVousCroit ont abondamment circulé, repris tant par des hommes que par des femmes. Plusieurs ont ajouté une photo, où ils posent en tenant une affiche se disant solidaire avec les plaignantes.

L'ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi a lancé une invitation à manifester jeudi soir, à 19 h 30, devant ce qu'elle a nommé le «Palais de l'Injustice». Mme Conradi estime que le verdict rendu par le juge William B. Horkins laisse entendre qu'il y a «une bonne et une mauvaise façon d'être une victime d'une agression sexuelle aux yeux de la cour», a-t-elle dénoncé.

Dans son jugement, le juge Horkins s'est montré sévère et tranché. «J'ai répété plus d'une fois que la cour se doit d'être prudente en évaluant la preuve des plaignants dans les cas d'agression et d'abus, a-t-il dit. La Cour doit se garder d'appliquer de faux stéréotypes concernant les plaignants. La tournure de certains témoignages a démontré l'importance de cette vigilance et le danger de conclure qu'un plaignant dit forcément la vérité.»

Alexa Conradi a semblé plus qu'irritée par une telle déclaration et que «s'attendre à un comportement harmonieux de la part d'une femme suite à une agression est ignorant».

De meilleurs outils

Dans une déclaration, le chef du NPD, Thomas Mulcair, a affirmé qu'il faut faire en sorte de mieux outiller et soutenir les victimes d'agression.

«Une agression sexuelle est un crime, a-t-il dit. Malheureusement, c'est un crime qui n'est pas toujours rapporté et qui ne mène que rarement à une condamnation. Il faut que ça change».

M. Mulcair estime avoir été témoin de ce qu'il considère comme une «culture de dédain à l'égard des victimes». Selon lui, il n'y a pas que les lois qui doivent être renforcées. «Je crois que l'accès à des services de soutien compréhensifs pour les victimes doit être un droit», a écrit le chef néo-démocrate.

La chanteuse Sarah McLachlan a publié une déclaration sur sa page Facebook. «Mon cœur est avec ces femmes» a-t-elle commenté. «Quel message cela envoie sur le traitement réservé aux femmes et est-ce que les victimes se sentiront suffisamment protégées pour dénoncer», a-t-elle questionné.

Le groupe activiste FEMEN s'est aussi manifesté à Toronto. Une militante a fait un coup d'éclat scandant le message «les femmes déclarent Ghomeshi coupable». L'organisation considère que le système de justice s'attaque à la crédibilité des victimes.

«Les expériences des femmes, des agressions, viols et manipulations qu'elles ont subis sont incessamment remises en question dans le seul but de montrer que la victime n'est pas "crédible" - mais qu'est-ce que les actes d'une personne avant et après son agression changent aux rapports sexuels subis sans consentement?» questionnent les FEMEN.

Dénoncer, un long processus

Sans vouloir commenter directement l'affaire Ghomeshi, Sophie Bergeron, directrice régionale du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) du Centre-du-Québec estime que les victimes qui se soumettent au processus judiciaire s'inscrivent aussi dans une démarche personnelle.

«Il y a parfois des victimes qui sont déçues de la décision des tribunaux, mais d'autres nous disent, après leur témoignage que "ça ne m'appartient plus, j'ai été au bout de ma démarche, j'ai été entendue". Je travaille auprès des victimes depuis 14 ans et ce qui importe le plus, c'est le rétablissement», a résumé Mme Bergeron en entrevue avec l'Agence QMI.

Mme Bergeron a ajouté que souvent, la plus grande réticence à amorcer une démarche n'est pas le verdict, mais la longueur du processus judiciaire.

«Au-delà du verdict et des délais, il y a un cheminement, a insisté Mme Bergeron. On n'a jamais de contrôle sur l'issue, mais on met beaucoup d'attention sur l'issue alors que les résultats se vivent tout au long du processus de rétablissement.»

La présidente du Conseil du statut de la femme a abondé dans le même sens, en entrevue à LCN, indiquant que les victimes d'agressions doivent continuer de dénoncer leurs agresseurs.

«C'est un procès, un verdict», a-t-elle rappelé, insistant sur le fait que le juge n'a pas conclu que les femmes n'avaient pas été agressées.

La défense de l'animateur de l'ancienne émission Q portait sur le fait qu'elles étaient consentantes, ne tentant pas de nier les comportements violents de l'animateur de CBC qui s'était lui-même dit être un amateur des pratiques sexuelles brutales.

Aussi sur Canoe.ca



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos