Andrew McIntosh
Agence QMI

Un Québécois renie ses liens avec l'État islamique

Andrew McIntosh

Dernière mise à jour: 06-01-2016 | 12h48

Un djihadiste québécois qui participe aux combats en Syrie depuis 2013 a coupé et renié ses liens avec les terroristes de l'État islamique (ÉI) et le Front Al Nosra, le bras d'Al-Qaïda en Syrie, parce qu'il se dit désillusionné.

«Il n'y a pas de limites à la stupidité de l'État islamique», affirme Sami Elabi, un Montréalais qui devient ainsi le premier djihadiste canadien et québécois à renier publiquement le groupe terroriste.

Selon lui, l'ÉI est un «faux califat» avec un chef, Abou Bakr Al-Baghdadi, qui est incapable de protéger les musulmans et son territoire, dit-il.

Un califat est le territoire reconnaissant l'autorité d'un calife, qui se veut un successeur du prophète Mahomet.

«Un faux califat»

«Je suis un transfuge de ce faux califat et beaucoup d'hommes autour de moi ont fait la même chose», a écrit l'ancien résident de Pierrefonds dans un autre message publié sur son compte Twitter.

Elabi a rédigé ces messages extrêmement critiques envers le groupe terroriste il y a quelques mois, mais il les a supprimés depuis.

Notre Bureau d'enquête a toutefois réussi à les récupérer grâce à un logiciel spécialisé.

Échange

Nous avons alors pu communiquer avec lui sur ce réseau social. Il a accepté de nous parler de sa décision de quitter le groupe terroriste.

«Personne n'est heureux, écrit-il. Nous sommes tous choqués contre cette gang, ce soi-disant califat, qui n'est pas capable de protéger des musulmans dans ses propres territoires.»

«L'État islamique est en train de se noyer dans l'absence de science et de manières islamiques», ajoute-t-il dans un autre message sur son compte Twitter.

Le nom de guerre du jeune Elabi a longtemps été «Abou Safwan Al Kanadi» sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui, il a jeté cette pseudo-identité à la poubelle.

«C'est une mode qui est dépassée, je trouve. Ça ressemble à un pro-ÉI», explique-t-il lors de séances de clavardage avec notre Bureau d'enquête depuis la Syrie.

Il devient un tueur

Elabi utilise maintenant un nom arabe qui se traduit en français par «peau rouge». Il affiche une image ombrée d'Autochtone parce que sa mère est une Amérindienne.

Aujourd'hui, Elabi s'affiche comme un combattant indépendant de «l'ex-État islamique, ex-Front Al-Nosra». Il cible toujours les soldats et partisans du régime du président syrien, Bachar el-Asssad.

Son compte Twitter @dezo_21 ne montre plus son visage depuis qu'il a été blessé à la tête par un lance-roquettes russe Katioucha. Une arme vendue partout dans le monde, souligne-t-il.

Il a refusé de nous envoyer un égoportrait parce qu'il dit ne pas vouloir montrer aux Québécois son visage mutilé.

Perdu à Montréal

Lors d'un clavardage, Sami Elabi a soutenu avoir tué des gens, depuis son retour en Syrie, avec des obus lancés de mortier ou avec son fusil, sans donner plus les détails. «C'est la guerre», dit-il.

Il admet aussi avoir quitté le Canada tout juste avant de recevoir une peine de prison pour une accusation de voie de fait grave et non pas parce qu'il tenait absolument à faire le djihad.

«Je ne vais pas te mentir: mon voyage m'a évité la prison et a donné un sens à ma vie. Je t'avoue que j'étais un peu perdu à Montréal», écrit-il.

Promotion du terrorisme

Alors qu'il prend ses distances aujourd'hui vis-à-vis de l'État islamique («on ne connaissait pas leur agenda»), il n'y a pas si longtemps, Elabi faisait l'éloge du groupe terroriste sur Twitter. Il a défendu le geste d'horreur de l'ÉI lorsque ses membres ont brûlé vif un pilote Jordanien qu'ils avaient mis dans une cage, en février 2015, pour ensuite montrer la vidéo du crime au monde entier.

«C'est tout à fait légal, avait-il écrit. Il brûlait et assassinait femmes et enfants avec son chasseur F-16, maintenant c'est à son tour de brûler.»

Elabi a aussi fait l'éloge des attentats terroristes à Paris cette année.

Après l'attentat sanglant chez Charlie Hebdo en janvier, Elabi s'est moqué des gens qui ont affiché «Je suis Charlie» en publiant pour sa part «#OnEstTousKouachi», du nom des frères terroristes Saïd et Chérif Kouachi, auteurs de l'attaque tués par les forces de l'ordre françaises.

Après les attentats de Paris en novembre qui ont fait 130 morts et plus de 300 blessés, Elabi a publié sur Twitter: «La France: pays de terroristes construit sur l'occupation et le génocide de 1,5 million de musulmans en Algérie. #ParisAttacks».

Où sont les Montréalais?

Sami Elabi est au fait de l'actualité québécoise. Il a suivi les reportages (incluant ceux publiés par notre Bureau d'enquête) sur les jeunes Montréalais qui ont quitté le Canada pour joindre l'État islamique.

«Ah bon? Beaucoup de jeunes montréalais quittent pour la Syrie? Pourquoi j'en ai vu aucun jusqu'à date?» écrivait-il en septembre dernier.

Elabi nous a dit en entrevue qu'il n'a toujours pas vu d'autres Québécois ou Canadiens, ni d'Américain d'ailleurs, dans la région montagneuse de Lattaquié, où il se retrouve maintenant. Mais il rencontre beaucoup de Français, dit-il.

Recrutement et paie

Les messages de Sami Elabi sur Twitter tendent à démontrer qu'il a lui-même essayé de faire du recrutement djihadiste. «Je suis ici depuis trois ans et la vie est beaucoup plus facile qu'au Canada», a-t-il écrit à un individu à qui il fait sa propagande.

«Résidences gratuites. Nourriture gratuite. Des occasions d'affaires. Hospitalisation gratuite pour blessures. Beaucoup de filles à marier, a-t-il écrit à un autre candidat. La plupart d'entre nous sont mariés.»

Il ajoute: «Si vous connaissez des personnes intéressées à se joindre [à nous], envoyez-les-moi.»

Il a mentionné à un candidat que le groupe de combattants avec qui il s'associe présentement paie 70 $ après une période de travail de 24 heures étalée sur trois jours.

Il ajoute recevoir d'un autre groupe d'islamistes, le Faylak al-Cham, l'utilisation d'une auto pour son travail de tir au mortier, une prétention difficile à confirmer.

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