Maxime Deland
Agence QMI

Militaires happés: l'hypothèse d'un acte terroriste se précise

Maxime Deland

Dernière mise à jour: 20-10-2014 | 17h23

SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU - Tout porte à croire que deux militaires ont été victimes d'un acte terroriste isolé commis par un jeune Québécois s'étant converti à l'islamisme radical, lundi avant-midi, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Au volant de sa voiture, Martin Couture-Rouleau, 25 ans, aurait foncé délibérément sur les deux membres des Forces armées canadiennes, qui marchaient dans le terrain de stationnement d'un centre commercial situé sur le boulevard du Séminaire Nord.

En fin de soirée, les médecins craignaient toujours pour la vie de l'un des deux militaires happés, l'autre ayant subi des blessures relativement mineures.

L'auteur de cet attentat présumé, originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, a ensuite été tué par les policiers au terme d'une poursuite policière durant laquelle, selon nos sources, il a téléphoné au 911 pour dire qu'il agissait au nom d'Allah.

L'intérêt du suspect pour les organisations terroristes et les groupes extrémistes avait inquiété sa famille au point où ses propres parents ont contacté les policiers il y a quelques mois pour les aviser de la situation.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a confirmé en milieu de journée que le suspect était «déjà connu» de leur équipe intégrée de sécurité nationale à Montréal.

Il semble que le suspect s'adonnait à de la propagande jihadiste sur internet sous le nom d'Ahmad Rouleau. Sur une page Facebook ouverte sous ce pseudonyme, on peut notamment lire plusieurs passages du Coran, accompagnés de commentaires, mis en ligne depuis près d'un an.

Il a toutefois été impossible de confirmer que Martin Couture-Rouleau était bel et bien celui qui opérait ce compte Facebook ou d'autres comptes du même genre.

Des rapports «très troublants»

Le premier ministre Stephen Harper a qualifié de «très troublants» les premiers rapports de cette affaire.

«Les autorités fédérales ont confirmé que certains éléments indiquent clairement qu'il s'agit d'un individu qui s'est radicalisé. Comme les organismes de sécurité du Canada l'ont indiqué, les Canadiens devraient demeurer vigilants», a fait savoir le bureau de M. Harper par voie de communiqué, en milieu de soirée.

Selon la police, le geste posé par Martin Couture-Rouleau serait ni plus ni moins qu'une réponse à l'appel lancé le mois dernier par l'État islamique (EI) en Irak, qui encourageait les musulmans à tuer, «de n'importe quelle manière» tout citoyen des pays faisant partie de la coalition qui combat son organisation.

Surgi de nulle part

Selon nos sources, cet appel à la violence de l'EI pourrait avoir incité Couture-Rouleau à mettre son plan à exécution et de tenter d'éliminer deux militaires.

Les deux hommes, l'un portant son uniforme, l'autre en civil, marchaient dans l'aire de stationnement du centre commercial lorsque le véhicule du suspect a surgi de nulle part pour ensuite foncer sur eux.

Martin Couture-Rouleau a immédiatement fui les lieux après l'impact, mais a rapidement été pris en chasse par les policiers.

La poursuite policière s'est déroulée sur plusieurs kilomètres et a connu un dénouement tragique tout près de l'intersection du boulevard du Séminaire et de la rue de Carillon.

«On a vu les policiers mettre un tapis à clous au sol, a dit Nathalie Girard, qui a assisté en direct à la scène. Je ne sais pas si c'est en voulant éviter le tapis ou les voitures de police, mais le gars a perdu le contrôle et a fait plusieurs tonneaux.»

Le véhicule du fuyard a terminé sa course sur le toit, au fond d'un fossé.

Long couteau

Selon nos informations, les policiers se sont précipités vers la voiture pour aller porter secours au conducteur. Mais ce dernier aurait réussi à sortir de la carcasse du véhicule par une fenêtre et se serait ensuite rué vers les agents en brandissant un long couteau.

Quatre policiers ont alors ouvert le feu en sa direction, l'atteignant à de nombreuses reprises. «Sur le coup, j'ai pensé que c'était un tournage de film, c'était irréel», a expliqué une autre femme qui a vu l'intervention dramatique se dérouler sous ses yeux.

D'après elle, «sept ou huit coups de feu ont été tirés» en direction de Martin Couture-Rouleau, qui n'a pas survécu à ses très graves blessures.

«Le gars n'est pas sorti tout de suite de son véhicule, a raconté un autre témoin, Roxane Laplante-Ménard. Il a fallu que les policiers lui crient plusieurs fois de sortir. Il a rampé à l'extérieur de sa voiture, il s'est levé et a mis ses deux mains en l'air, mais à peine deux secondes. Il a ensuite foncé comme un taureau vers la policière qui a tiré vers lui.»

Aucun policier n'a été blessé lors des événements.

Deux immenses périmètres de sécurité ont été érigés pour protéger la scène du délit de fuite dans le parc de stationnement du centre commercial, ainsi que celle où la poursuite policière a pris fin.

Comme c'est toujours le cas lorsqu'une personne meurt lors d'une intervention policière, la ministre de la Sécurité publique du Québec, Lise Thériault a ordonné la tenue d'une enquête indépendante pour faire la lumière dans ce dossier. Celle-ci a été confiée à la Sûreté du Québec.

Radicalisé depuis plusieurs mois

Martin Couture-Rouleau, 25 ans, se serait converti à l'islam durant la dernière année. Selon des voisins, le jeune homme s'était laissé pousser la barbe et portait régulièrement turban et djellaba.

Il fréquentait également la mosquée de l'Association musulmane du Haut-Richelieu à Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie.

TVA Nouvelles a pu s'entretenir avec un membre de ce lieu de culte qui a condamné l'action de M. Couture-Rouleau.

«Il venait avant, mais ça fait longtemps qu'on ne l'a pas vu. Je n'ai pas constaté de changement dans son caractère», a expliqué ce bénévole.

«On discutait de l'islam. Je ne lui ai jamais posé de questions sur sa conversion.»

Interrogé sur les évènements du jour, l'homme a déclaré que cela donnait une «mauvaise image» de l'islam.

«Je ne savais pas qu'il ferait ce coup-là. Je ne pensais pas qu'il ferait ça», a-t-il dit.

Le père et les voisins du suspect sous le choc

Rencontrés en soirée par TVA Nouvelles, les voisins du suspect ont été unanimes: depuis un an, son comportement avait changé. Il avait commencé à porter la barbe, le turban et la djellaba.

«J'ai mal réagi. Mon voisin c'est quand même une bonne personne, ça me fait bien de la peine», a expliqué un homme.

«Possiblement des relations avec des gens des pays arabes, il communiquait avec eux et était converti à cette religion là depuis un an», d'ajouter un autre voisin.

En soirée, les enquêteurs interrogeaient le père du suspect qui s'est dit sous le choc.



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Homme tué par des policiers à Saint-Jean-sur-Richelieu

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