Logement insalubre: «Il y a des jours où j'aimerais mieux mourir»

Côte-des-Neiges

Felicia Lupascu et sa fille Diana  Photo Marie-Pier Gagné / Agence QMI


Marie-Pier Gagné

Depuis qu'elles sont arrivées à Montréal en septembre dernier, Felicia Lupascu et sa fille Diana partagent leur appartement avec des souris et des coquerelles. Pire, le thermostat affiche rarement plus de 15 degrés.

Moldave d'origine, Felicia a décidé de s'établir au Québec pour des motifs d'éducation. «Je voulais offrir la possibilité à ma fille, qui est douée à l'école, de poursuivre des études de qualité», a-t-elle expliqué.

À son arrivée, l'appartement qu'elle avait choisi lui plaisait. Ce n'est qu'après environ un mois que le tout s'est gâté. «On s'est aperçu que des rongeurs et des coquerelles cohabitaient avec nous, a dit la femme. Des emballages de nourriture étaient rongés.»

Et il y fait froid. «La nuit, ma fille dort souvent avec ses pantalons de neige et plusieurs épaisseurs de vêtements», a-t-elle soutenu.

Afin de vérifier la température ambiante chez Mme Lupascu, le quotidien «24h» s'est muni d'un thermomètre électronique. La pièce la plus froide s'est avérée être la chambre de la petite Diana. Un peu plus de 11 degrés ont été enregistrés. «Elle ne dort pas dans sa chambre, a dit sa mère. Elle dort dans mon lit chaque nuit.»

Il est généralement reconnu que, dans des conditions climatiques normales, la température intérieure d'un logement en hiver doit se situer à un minimum de 21 degrés le jour et ne doit pas aller en dessous de 15 degrés la nuit. Par contre, ni la loi, ni les règlements municipaux ne sont précis sur ce point.

Malgré le danger, Mme Lupascu tente de faire augmenter la température de son appartement en se servant de la cuisinière. «Je la mets à 350 ou à 400 degrés et je laisse la porte ouverte pour que la chaleur se répande», a-t-elle dit.

Des plaintes ont été déposées par la principale intéressée à la Régie du logement. Des procédures ont été entamées et la première audience devait avoir lieu le 29 janvier, mais a été reportée à une date ultérieure. «Ils repoussent la date, mais pour nous, les problèmes ne sont pas réglés. On vit toujours le même enfer», a dit la femme.

Un inspecteur de la Ville de Montréal a aussi été convoqué sur les lieux et a confirmé que ce logement devait être amélioré par son propriétaire. «Nous avons visité cet appartement plusieurs fois, a expliqué Michel Therrien, chef de division aux communications de l'arrondissement Côte-des-Neiges. Nous avons demandé au propriétaire d'installer du chauffage d'appoint, chose qui a été faite, mais qui n'est visiblement pas suffisant.»

Aucune autre plainte n'aurait été déposée au nom du propriétaire en question auprès de la Régie du logement. Au moment de publier, il n'avait toujours pas retourné les appels du journal.

Selon Geneviève Trudel, porte-parole de la Régie du logement, un tel cas prend en moyenne 1,8 mois avant d'être réglé. «On considère cela comme un cas urgent», a-t-elle expliqué. Pourtant, le cas de Felicia Lupascu dure depuis un peu plus de quatre mois.

Pour sa part, Denise Bélec, porte-parole de l'organisme L'O.E.I.L. (Organisation d'Éducation et d'information logement) de Côte-des-Neiges dit recevoir plus de 1000 personnes chaque année dans son bureau. «Nous recevons entre 1 000 et 1300 visites et près de la moitié des visites concerne l'état du logement», a-t-elle confirmé.

En 2010-2011, la Régie du logement affirme avoir enregistré 375 demandes qui concernent l'insalubrité des loyers, à Montréal. «Il s'agit là d'un nombre stable», a affirmé la porte-parole.


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