Mort de David Audesse: un suicide assisté


Jean-François Racine

QUÉBEC - Un peu moins de deux ans après la mort de son fils, la mère de David Audesse a avoué que ce dernier a reçu de l'aide pour mettre fin à ses jours, un geste qu'elle a refusé de poser malgré une demande formelle.

Ce cas de suicide assisté risque peut-être de relancer le débat social sur la délicate question de mourir dans la dignité.

Le destin de David Audesse, de Buckland, dans Bellechasse, a basculé dans la nuit du 10 au 11 décembre 2009.

En raison d'une bactérie virulente, une septicémie à pneumocoque, il avait subi l'amputation des deux bras et des deux jambes alors qu'il se trouvait dans le coma.

En avril 2010, David avait ému la population en soutenant que sa force et sa détermination lui permettraient de se relever de cette terrible épreuve.

Malgré tout, l'homme de 32 a été retrouvé sans vie le 20 février 2011. Selon le rapport du coroner publié en octobre dernier, il est mort par intoxication au cyanure.

Un dernier message

Aujourd'hui, sa mère confirme qu'il s'agissait d'un suicide assisté.

«Mon fils avait enregistré une cassette avant de mourir. Les enquêteurs l'ont écoutée avant de nous en parler et ils ont conclu à un suicide assisté. Ils n'ont pas trouvé la personne et je ne souhaite pas nécessairement qu'il la trouve», a raconté Réjeanne Roy à TVA Nouvelles.

Son fils ne voulait pas vivre dans une condition semblable. «Avec deux jambes en moins et deux bras en moins, il était complètement dépendant. Je ne peux pas en vouloir à cette personne, du tout.»

Mme Roy connaissait les intentions de son fils puisqu'elle n'a pas voulu lui porter assistance.

Incapable

«Il me l'a demandé dans l'année 2010. Il voulait que je l'aide à finir ses jours et je n'ai pas été capable. Je le lui ai expliqué. Si quelqu'un accepte de l'aider, ça serait correct pour moi. Il n'avait pas mon consentement, mais presque.»

Dans son dernier message, David Audesse a demandé à sa mère de ne pas chercher à savoir qui a accepté de participer à son plan.

«Je commence à être en paix. Qu'il ne s'en fasse pas. Je lui souhaite une belle vie. Chapeau à lui d'avoir fait quelque chose que moi je n'ai pas été capable de faire.»

Décision différente

Réjeanne Roy souhaite que la science réussisse à guérir la terrible infection qui a laissé son enfant dans un état qu'il n'acceptait pas.

En entrevue en avril 2010, il disait que s'il avait pu prendre la décision d'amputer ses quatre membres, il se serait laissé mourir.

À la Sûreté du Québec, le dossier d'enquête est toujours ouvert, mais il serait surprenant que des accusations soient portées.

Trop de danger

Les deux cofondateurs du Collectif mourir digne et libre émettent de sérieuses mises en garde concernant l'assistance à une personne qui n'est pas en fin de vie.

Malgré beaucoup de compréhension, l'ex-sous-ministre Ghislain Leblond, lui-même atteint d'une maladie dégénérative depuis de nombreuses années, n'approuve pas ce genre de pratique.

Ce dernier souligne que M. Audesse n'était pas à l'agonie, ce qui ne satisfait pas un critère important des discussions récentes en commission parlementaire.

«Ce sont des cas humains très durs. Dans l'état d'évolution de notre société, nous ne sommes pas en faveur du suicide assisté. Ça serait dangereux d'acquiescer à leur demande. Pour nous, c'est l'aide active et médicale à mourir dans des circonstances bien particulières.»

Cloué à un fauteuil roulant depuis huit ans, M. Leblond n'aurait pas hésité à donner son avis à M. Audesse. «La vie peut être injuste. Je lui aurais offert toutes mes sympathies, mais le suicide n'est pas quelque chose que tu conseilles.»

La réalité et le droit

Les faits trop souvent différents d'un patient à un autre et le domaine juridique qui doit établir un cadre légal seront toujours difficiles à concilier. L'avocat spécialisé en droit médical Jean-Pierre Ménard préside d'ailleurs un comité de juristes experts qui étudient cette question pointue.

«Je ne connais aucune société qui serait capable légalement d'accéder à la demande de monsieur», a ajouté M. Leblond.

Des balises

Le Québec devrait légaliser l'euthanasie, à condition qu'elle s'exerce dans des circonstances exceptionnelles et bien balisées, a recommandé en 2012 la commission spéciale Mourir dans la dignité.

Âgé de 67 ans, M. Leblond souffre d'une maladie qui s'apparente à la sclérose latérale amyotrophique. Il a besoin d'aide pour sortir du lit, pour s'habiller, pour sa toilette et ses déplacements. Son autonomie s'amenuise graduellement.

«On veut une mort digne et sereine et le suicide, c'est violent par définition. Dans mon cas personnel, je ne serais pas qualifié pour ce que j'ai recommandé.»

De l'aide d'abord

L'autre responsable du Collectif, Yvon Bureau, s'interroge sur l'accompagnement psychologique de David Audesse. «J'ai travaillé 30 ans auprès des personnes amputées. Il faut voir d'abord si la personne n'a pas besoin d'aide psychiatrique. Des gens ont fait des vies remarquables. Si des gens ont aidé, j'espère qu'ils peuvent prouver qu'il était en pleine possession de ses facultés.»


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