Un homme libre, mais surveillé

C'est ce qu'a souligné Christine Truesdell, ancienne juge administrative à la Commission d'examen des troubles mentaux (CETM), en entrevue à TVA Nouvelles. La spécialiste rappelle que même si Turcotte a été libéré, il devra se représenter dans un an devant la Commission pour une réévaluation de son cas.

L'ancien cardiologue, qui a tué à l'arme blanche ses deux enfants, Olivier, 5 ans, et Anne-Sophie, 3 ans, en février 2009, n'est donc pas totalement laissé lui-même, a-t-elle souligné.

«Il est en liberté surveillée. La surveillance dans ce cas-ci est assurée par le psychiatre qui le rencontrera régulièrement, a mentionné Mme Truesdell. S'il ne respecte pas les conditions qu'on lui impose et le plan de traitement prévu, s'il présente des signes précurseurs d'un comportement dangereux, la Commission a, je crois, accordé à l'hôpital une délégation de pouvoir, c'est-à-dire que son psychiatre peut demander un resserrement des conditions de liberté qui peut aller à la réhospitalisation même contre le gré de M. Turcotte.»

Guy Turcotte a été déclaré non responsable criminellement pour cause de troubles mentaux. «La Commission ne peut pas revenir sur ce verdict, elle doit travailler avec», a souligné l'ancienne juge de la CETM.

Risque important

Les trois commissaires ont statué mercredi à l'unanimité que Guy Turcotte représente toujours «un risque important pour la sécurité du public». Il demeure vulnérable au stress et son travail sur lui-même en psychothérapie n'en est qu'à ses débuts.

L'ancienne juge de la CETM n'est pas surprise de la décision rendue par les commissaires. «C'est un processus normal dans les circonstances, a-t-elle dit. L'hôpital n'est pas une prison, ce n'est pas à l'étape d'une punition. Quand l'accusé va mieux et qu'il ne représente plus un risque pour la sécurité du public, la Commission se doit de poursuivre le processus de remise en liberté.»

Guy Turcotte ne présente pas «de signe de maladie mentale», selon les évaluations de son équipe traitante à l'hôpital psychiatrique. L'homme de 40 ans n'est pas sous médication pour des troubles mentaux, mais pour contrôler sa chute de cheveux.

L'ancien cardiologue rencontre une psychologue une fois par semaine.
«Ça va être extrêmement difficile»
Pour Daniel Benson, un criminel réhabilité après avoir passé 17 ans en prison pour avoir tué son beau-père qui violentait sa mère depuis des années, la sortie de Guy Turcotte risque d'être complexe.
«J'imagine qu'après sa sortie, ça va être extrêmement difficile. C'est quelqu'un qui est très médiatisé, a-t-il dit. Il veut faire du bénévolat, mais il va avoir de la misère à en faire parce que les gens ne veulent pas être associés à Guy Turcotte. Il va devoir se faire petit.»

M. Benson, qui organise désormais des conférences, a déjà croisé le chemin de l'ex-cardiologue, lors d'une activité de prévention sur le suicide.

«Je me souviens de lui avoir dit qu'il y aurait une prison de laquelle il ne pourrait jamais se libérer : c'est celle de la mort de ses deux enfants. Quand on en vient à enlever la vie à quelqu'un, même si on fait 30 ans de prison, c'est quelque chose qui nous habite chaque jour. Il n'y a pas une seule journée où je ne pense pas à ma victime», a confié Daniel Benson.

Le plus important, pour le criminel réhabilité, c'est de respecter les victimes.

«Ce que je trouve dommage dans ce débat-là, c'est le manque flagrant de respect envers les victimes. C'est ce qui me confronte le plus. Son ex-conjointe Isabelle Gaston a une grande force intérieure. [...] On vient constamment gratter dans sa blessure qui doit être terrible», a-t-il dit.

Le pied de grue des journalistes

Jeudi soir, au lendemain de l'annonce de la libération de Guy Turcotte, personne ne pouvait dire s'il avait quitté l'Institut Philippe-Pinel.

Toute la journée, journalistes, photographes et caméramans ont campé devant l'institution psychiatrique afin d'assister à la libération de l'ex-cardiologue, mais en vain.


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