Horreur extrême ou liberté d'expression?


Michael Nguyen

MONTRÉAL - Si le maquilleur Rémy Couture se retrouve en procès, c'est en partie parce que les œuvres qu'il aurait produites porteraient atteinte aux valeurs fondamentales de la société canadienne. C'est du moins ce que tentera de prouver la Couronne, selon ce qu'elle a annoncé en ouverture de procès.

Rémy Couture, 35 ans, avait été placé sous la loupe dès 2006, selon le témoignage de l'enquêteur au dossier, le sergent-détective Christina Vlakos, de la section moralité du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Premier témoin au procès du maquilleur accusé d'avoir produit, possédé et mis en circulation du matériel obscène selon la loi, elle a expliqué qu'Interpol en Autriche avait déjà signalé les photos du spécialiste en effets spéciaux, dès 2006.

Sur les photos provenant de son site web innerdepravity, on pouvait y voir des images de nécrophilie, de simulations de viols et d'enfants battus.

Or, même si l'enquêteur Vlachos n'a jamais cru qu'il s'agissait de scènes réelles, un pathologiste autrichien n'aurait pas été capable d'exclure un véritable homicide.

«Je n'ai jamais pensé que c'était vrai», a cependant rapidement ajouté l'enquêteur.
Une autre plainte, provenant cette fois d'Allemagne, aurait alors surgi et l'enquêteur a été saisie du dossier, après qu'elle l'eût d'abord acheminée à la section de l'exploitation sexuelle, a raconté le témoin.

L'enquête policière a fait son chemin sur plus d'un an, les policiers faisant attention aux démarches puisque c'était, de l'aveu de l'enquêteur, la première fois qu'ils travaillaient sur un dossier du genre.

«On était dans l'inconnu», a expliqué le témoin.

Elle a d'ailleurs admis en contre-interrogatoire que les policiers de Laval avaient été mis au courant de l'affaire au début de 2007, soit deux ans avant que la police de Montréal ne soit saisie de l'affaire. Elle dit n'avoir pas eu vent des avancements dans le dossier de ses confrères lavallois.

Le procès, qui devrait durer environ deux semaines, sera réparti en plusieurs volets, a expliqué le juge Claude Champagne aux 12 jurés, mardi matin, au palais de justice de Montréal.
La Couronne, représentée par Mes Geneviève Dagenais et Michel Pennou, présentera d'abord sa preuve.

Me Pennou a annoncé qu'il fera entendre cinq témoins, dont trois policiers. Ceux-ci expliqueront le déroulement de l'enquête ayant mené à l'arrestation de Rémy Couture. Les photos et vidéos que le maquilleur qu'aurait produites seront ensuite déposées en preuve.

Deux experts prendront ensuite la barre, a annoncé le procureur. Un psychologue californien parlera de l'impact des photos sur les attitudes et comportements des gens, tandis qu'un psychiatre ontarien spécialisé en déviance sexuelle fera le lien entre le visionnement de ce matériel, qualifié d'obscène par la Couronne, avec le passage à l'acte de criminels.

« L'exposition (à ce matériel) serait de nature à prédisposer certains individus à adopter un comportement antisocial », soutien Me Pennou.

Rémy Couture, qui en en liberté, est présent dans la salle d'audience. Le magistrat a d'ailleurs rappelé au jury que l'accusé était innocent, et que c'est à la Couronne de faire la preuve de sa culpabilité.

Couture n'est d'ailleurs pas dans l'obligation de présenter de défense. S'il désire le faire, Mes Véronique Robert et Robert Doré présenteront leur preuve après celle de la Couronne.

L'arrestation de Rémy Couture le 29 octobre 2009, presque trois ans après qu'une première plainte, n'aura pas été conventionnelle selon le témoignage de l'enquêteur Éric Lavallée.

C'est que la veille de l'arrestation, les policiers du Service de police de la Ville de Montréal avaient obtenu un mandat de perquisition au domicile de l'accusé de 35 ans, rue Lacordaire.

Sauf que « pour des raisons de sécurité », les policiers avaient prévu un plan.
Le 28 octobre, ils ont contacté incognito Rémy Couture, se faisant passer pour des clients demandant une séance photo avec maquillage. Un rendez-vous est pris le lendemain.

« C'était pour des raisons de sécurité, vu les vidéos, a expliqué l'enquêteur Lavallée. On y voit des suicides, des kidnappings, des homicides à connotation sexuelle. C'était de trouver une autre façon que de défoncer la porte. »

Le jour de l'opération, c'est donc deux voitures banalisées qui attendaient devant le spécialiste en effets spéciaux, avec plusieurs enquêteurs prêts à intervenir. La consigne est simple, a raconté le témoin Lavallée. Si Couture sortait, des enquêteurs l'arrêtait.

« C'est l'objectif visé », a témoigné le policier.

Sauf que pour précipiter les choses, l'enquêteur Lavallée a appelé sur le cellulaire de Couture, faisant croire qu'il ne trouvait pas l'appartement. Couture s'est fait arrêté en sortant, pendant que les policiers investissaient le domicile.

Le contre-interrogatoire de l'enquêteur Lavallée devrait commencer cet après-midi.


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