Pierre Duhaime arrêté par l'UPAC

Dernière mise à jour: 28-11-2012 | 15h31

MONTRÉAL – L'ex-grand patron de SNC-Lavalin, Pierre Duhaime, a été arrêté par l'Unité permanente anticorruption (UPAC), mercredi matin, sous des accusations de complot de fraude, fraude et usage de faux.

C'est la première fois qu'un haut dirigeant du Québec inc. se retrouve accusé de fraude.

«Je peux vous confirmer l'arrestation de M. Duhaime, a indiqué Anne-Frédérique Laurence, porte-parole de l'UPAC. L'intervention policière a été faite à son domicile ce matin. Il sera libéré avec promesse de comparaître, mais nous n'avons pas encore la date.»

Un autre ex-dirigeant de SNC-Lavalin, Riadh Ben Aissa, est dans la mire des enquêteurs de l’UPAC. «M. Riadh Ben Aïssa [ancien vice-président Construction de SNC-Lavalin] fait face aux mêmes chefs d'accusation et une procédure internationale est en cours contre lui», a ajouté Mme Laurence.

Les deux premiers chefs couvrent la période du 30 avril 2009 au 31 août 2011, pour fraude et supercherie, mensonge ou autre tromperie contre le CUSM. Le troisième chef touche la même période, pour un faux document dans le cadre d'un contrat avec Sierra Asset Management.

L’ancien vice-président Construction de SNC-Lavalin, M. Ben Aïssa, est détenu en Suisse depuis avril dernier dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de corruption.

«Je ne peux pas donner plus d'informations sur le dossier d'enquête parce qu'un processus judiciaire est entamé», a ajouté Anne-Frédérique Laurence.

Réaction de SNC-Lavalin

La compagnie SNC-Lavalin a réagi à la situation avec une déclaration par courrier électronique. «Nous ne disposons pas de précisions quant aux accusations qui pourraient être portées contre [Pierre Duhaime] et nous ne pouvons faire de commentaires à ce sujet», peut-on lire dans la déclaration.

«Comme nous l'avons déclaré à maintes reprises, SNC-Lavalin a coopéré et continuera de coopérer pleinement avec toutes les autorités qui font appel à nous, a ajouté la firme. Nous avons volontairement remis des renseignements en notre possession aux autorités locales et à d'autres juridictions, afin qu'elles puissent prendre toute mesure qu'elles pourraient juger appropriée.»

«Nous sommes catégorique, aucun comportement non-éthique ou actes illégaux ne doivent être tolérés, a poursuivi SNC-Lavalin. Nous croyons que quiconque est réputé avoir commis un délit lié à une enquête doit être traduit en justice.»

«Paiements douteux»

Des perquisitions ont été menées ces dernières semaines par l’UPAC au Centre universitaire de santé McGill, un chantier qui est sous la responsabilité de SNC-Lavalin.

Par ailleurs, la firme d'ingénierie fait l'objet d'une enquête policière depuis plusieurs mois au sujet de «paiements douteux» de 56 millions $ US non documentés dont fait état un rapport de la compagnie rendu public en mars dernier.

Pierre Duhaime a quitté SNC-Lavalin lorsque l'entreprise a levé le voile sur deux contrats obtenus de façon douteuse. Les contrats «A et B» ont été gagnés grâce à des versements inhabituels respectifs de 33,5 millions $ et de 22,5 millions $.

Pour le premier contrat, M. Ben Aïssa avait obtenu un feu vert de Pierre Duhaime afin d'effectuer un versement, ce qui était déjà contraire aux règles de SNC-Lavalin.

De plus, on apprenait le week-end dernier que les autorités suisses enquêtent sur des paiements douteux totalisant 139 millions $ et impliquant SNC-Lavalin.

Selon des informations obtenues par la Radio Télévision Suisse (RTS) et Radio-Canada, ces «transferts suspects» seraient passés par la Banque privée suisse EFG dans des comptes liés à des compagnies incorporées établies aux Îles Vierges britanniques, un paradis fiscal.

Il s’agirait de montants impayés par le régime de l'ex-président libyen Mouammar Kadhafi, dus à SNC-Lavalin en lien avec le projet de Grande rivière artificielle.

Loin d'avoir tout vu

Pour le spécialiste en criminalité financière, Michel Picard, la justice mettra probablement au jour un stratagème complexe. «On se rappelle de la Libye, où il y a des allégations de pots de vin à des personnages politiques et du CUSM, qui vient de faire surface, a-t-il mentionné. Le défi des enquêtes est de savoir où l'argent est allé. Il faut en retrouver la trace.»

L'arrestation de M. Duhaime démontre aussi que les affaires de corruption épargnent rarement le sommet de la pyramide, selon M. Picard. «Souvenez-vous de Conrad Black et de Vincent Lacroix, a-t-il ajouté. Des crimes de telle ampleur se font normalement à des niveaux hiérarchiques supérieurs.»


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