LAVAL - C'est parce qu'elle enquête sur l'ensemble du système d'attribution des contrats publics de la Ville de Laval que l'Unité permanente anticorruption (UPAC) a perquisitionné jeudi plusieurs entreprises de construction de la municipalité.
Quelque 70 enquêteurs de l'UPAC ont perquisitionné simultanément jeudi six entreprises de Laval, dont Valmont Nadon Excavation, qui avait fait l'objet il y a un an d'une enquête de Revenu Québec en matière de fausse facturation et d'évasion fiscale.
Parmi les autres entreprises perquisitionnées, on compte Construction Mergad et Nepcon, deux entreprises appartenant à des membres de la puissante famille Mergl, ainsi que Construction Louisbourg, J. Dufresne Asphalte et Poly Excavation.
Au cours de la frappe, qui s'est déroulée tôt jeudi, les policiers de l'escouade Marteau, le bras armé de l'UPAC, ont saisi bon nombre de documents ainsi que du matériel informatique.
Le Bureau de la concurrence prend part à l'enquête
Le porte-parole du Bureau de la concurrence, Phil Norris, a indiqué que ses officiers basés au Québec ont assisté l'UPAC dans leurs perquisitions de jeudi.
Basé à Ottawa, le Bureau de la concurrence se spécialise dans les enquêtes sur les individus, les entreprises, les cartels dans l'industrie de la construction et autres industries qui se livrent à des méthodes de fixation des prix et de truquage des offres.
En 2011, l'Agence QMI avait révélé que Nepcon et deux autres entreprises contrôlées par des membres de la famille Mergl ont reçu un total de 12,7 millions $ en contrats de la Ville de Laval au cours de l'année 2009. Cette année-là, les entreprises appartenant à la famille Mergl ont versé plus de 4000 $ en dons au parti du maire Gilles Vaillancourt.
J. Dufresne Asphalte a reçu près de 4 millions $ en contrats de la Ville de Laval et ses propriétaires ont par la suite donné 1750 $ au parti du maire Vaillancourt.
Quant à Valmont Nadon Excavation, la Ville de Laval lui a octroyé sans appel d'offres un contrat pour l'exploitation du Carré Laval, en mars 2002.
Quelques mois plus tard, en janvier 2003, la gestion du dépotoir a été confiée à une nouvelle compagnie propriété de Valmont Nadon et d'un important promoteur immobilier lavallois, Pierre Grothé, soit Disposition Remblai.
L'exploitation de la carrière a permis aux deux entrepreneurs d'engranger plus de 4,3 millions $ en frais de déchargement entre 2002 et 2006. La municipalité a ensuite mis fin à l'entente.
Faire le ménage
Le chef du Parti au service du citoyen, Robert Bordeleau, s'est réjoui de ces nouvelles perquisitions.
«Effectivement, il était temps qu'on fasse le ménage là-dedans», a-t-il affirmé. Il montre du doigt l'administration du maire Vaillancourt, qu'il tient en partie responsable de la malversation des contrats dans l'industrie lavalloise de la construction.
M. Bordeleau a dit espérer que des accusations soient déposées.
«Nous ne sommes pas étonnés de ces perquisitions, a pour sa part souligné le président du Mouvement lavallois, David De Cotis. De 2001 à 2008, huit entreprises de Laval se sont partagé 75 % des contrats octroyés par la Ville de Laval.»
M. De Cotis a du même souffle rappelé que les entreprises Construction Mergad et Nepcon, qui ont fait l'objet de perquisitions, appartiennent à la famille Mergl, notamment à Anthony Mergl, le beau-frère de Jean-Jacques Beldié, conseiller municipal pour le parti du maire Gilles Vaillancourt.