Suspendue et désarmée

Dernière mise à jour: 11-10-2012 | 15h10

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal, Marc Parent, s'est excusé, jeudi, pour le comportement de la policière Stéfanie Trudeau. Celle-ci a été suspendue et désarmée durant l'enquête disciplinaire en cours.

La policière, répondant au matricule 728, est dans l'embarras à la suite d'une arrestation musclée qui s'est déroulée dans l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal, le 2 octobre dernier, mais qui a été révélée mercredi par Radio-Canada.

En point de presse, Marc Parent a affirmé que son comportement lors de cette intervention est «complètement inacceptable et intolérable».

«Nous voulons nous excuser non seulement auprès des citoyens, mais aussi auprès des autres corps de police, a dit M. Parent. Ce que nous avons entendu et vu hier d'un de nos policiers est inacceptable. Ça ne fait pas partie de nos valeurs.»

«Y a des policiers aujourd'hui qui ne sont pas fiers de voir comment elle a pu ternir le SPVM et l'ensemble de la communauté policière», a-t-il précisé.

Selon des extraits audio et vidéo enregistrés sur les lieux et diffusés par Radio-Canada, elle y va d'un vocabulaire cru pour décrire les suspects : «Tous les rats qui étaient en haut, les gratteux de guitares, ces ostie de carrés rouges là, tous des artistes ostie, en tous cas, des mangeux de marde, ils ont commencé à sortir de l'appartement.»

On la voit aussi faire une prise à la tête à un homme en descendant des escaliers. Tout cela après vu un homme boire une bière sur l'avenue Papineau à côté de la porte de son logement. Une banale interpellation qui a par la suite dégénéré à un niveau de violence difficilement explicable, notamment en raison de l'attitude de Stéfanie Trudeau.

Quatre personnes ont été arrêtées à la suite de cette opération. Elles doivent d'ailleurs faire face à la justice pour entraves à un agent de la paix, voies de fait et intimidation. Toutefois, aucune plainte en déontologie policière n'a été déposée par les personnes impliquées dans cette arrestation.

Le chef du SPVM a affirmé avoir été mis au courant de cette affaire à cause de la diffusion de ces extraits dans les médias. Il affirme qu'il aurait dû avoir été mis au courant avant. «Aucun superviseur ne peut tolérer ce genre de propos», a précisé Marc Parent.

Il a mentionné que l'encadrement de cette policière, ainsi que les systèmes en place pour détecter et empêcher de tels comportements seront évalués lors de l'enquête interne.

«L'enquête est en cours. Déjà des démarches sont faites pour rencontrer les parties concernées (...) et pour rencontrer même les personnes accusées dans cette situation-là pour vraiment faire toute la lumière.»

Pas une première pour Stéfanie Trudeau

Marc Parent a reconnu que cette policière avait fait l'objet de «différentes plaintes» par le passé.

Stéfanie Trudeau avait déjà fait parler d'elle en mai dernier, lors des manifestations étudiantes à Montréal, à la suite de la diffusion d'une vidéo amateur où on peut la voir asperger du gaz poivré sur des manifestants qui cherchaient à la provoquer.

À la suite de cet évènement, une enquête avait été menée par la déontologie policière et l'agente au matricule 728 avait été retirée du service d'ordre tenu lors des manifestations.

En novembre 2001, Stéfanie Trudeau avait reçu une sanction de six jours de suspension après avoir adopté «une attitude agressive envers les membres du personnel de l'Hôpital Sainte-Justine» lors d'une enquête, révélait le jugement du comité de déontologie policière du Québec.

Elle a fait l'objet d'autres plaintes qui se sont terminées par la médiation ou par l'abandon des procédures.

Dénoncée aussi à l'Hôtel de Ville

Les actions de la Stéfanie Trudeau ont aussi été dénoncées à l'Hôtel de Ville de Montréal.

«Ce n'est pas le comportement qu'on veut voir de nos policiers», a affirmé Michael Applebaum, bras droit de Gérald Tremblay et président du comité exécutif, en point de presse, jeudi.

«Il y a une convention collective, je pense que c'est au syndicat de regarder le comportement de la madame et, de notre côté, la police va faire une enquête et va prendre les décisions après que l'enquête soit terminée», a-t-il ajouté.

La chef de l'opposition officielle à Montréal, Louise Harel, était aussi outrée. «Je pense que l'agente ne mérite pas de porter l'uniforme du SPVM et je pense que c'est de la violence gratuite. Elle doit être retirée des opérations immédiatement», a-t-elle affirmé en point de presse.



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