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Fusillade à Toronto

La police craint d'autres actes de violence

Agence QMI 
Charles-Antoine Gagnon
17/07/2012 00h11 - Mise à jour 17/07/2012 20h13

 
 
Fusillade à Toronto - La police craint d'autres actes de violence
Quelque 200 personnes, dont plusieurs adolescents et jeunes adultes, étaient sur place lorsque les coups de feu se sont fait entendre, lundi 16 juillet aux environs de 23h. 
Photo Reuters/ Mark Blinch

TORONTO – La police de Toronto craint que la fusillade de lundi soir, qui a fait deux morts et 23 blessés par balle dans l'arrondissement Scarborough, dans l'est de la ville, entraîne des représailles entre criminels de rues.

Le chef du service de police de Toronto, Bill Blair, évite pour l'instant de parler de «guerre entre gangs de rue» à la suite des récentes fusillades dans la Ville Reine, mais il concède que ces attentats sont liés à l'implication de certains individus dans les gangs.


«Nous sommes préoccupés concernant les risques de réponses violentes, comme on en voit souvent à la suite de ce type d'événement, parce que des gens cherchent à se venger», a expliqué M. Blair lors d'un point de presse, mardi matin, à Toronto. Il a promis le déploiement d'un fort contingent de policiers dans le voisinage pour assurer la sécurité du public.

Le chef Blair a également confirmé mardi matin qu'un enfant de 22 mois compte parmi les 23 blessés de la fusillade, mais sa vie ne serait pas en danger.

Une autre victime est dans une condition critique, mais jugée stable. Une personne d'intérêt, blessée au cours de la fusillade, est détenue par la police, a précisé le chef Blair.

L'identité des deux personnes décédées a été dévoilée par la police, mardi après-midi. Il s'agit d'un homme de 23 ans, Joshua Yasay, d'Ajax, à l'est de Toronto, et d'une adolescente de 14 ans, Shyanne Charles, de Toronto. Les deux victimes ne seraient pas reliées au crime organisé. Selon la police, il s'agirait de deux innocentes victimes.

«C'est un crime sans précédent à Toronto. C'est un crime troublant pour tous les citoyens, et c'est un crime qui exige que nous travaillions sans répit afin de retrouver les responsables», a souligné Bill Blair.

Les coups de feu ont été tirés vers 22 h 40, lundi, lors d'un barbecue organisé sur la rue Danzig, près de l'intersection des rues Lawrence et Morningside.

Une altercation entre deux individus a entraîné des échanges de tirs impliquant au moins deux armes à feu.

Plus de 100 personnes, dont plusieurs adolescents et jeunes adultes, étaient sur place lorsque les coups de feu se sont fait entendre.

Un témoin de la fusillade, qui a préféré garder l'anonymat, a expliqué que des gangs de rue étaient installés dans le quartier où la prostitution était courante.

«J'ai un condominium ici et je suis incapable de le vendre. Le chef de police parle toujours de cas isolés, mais il devrait vivre ici», a expliqué à l'Agence QMI l'homme d'une cinquantaine d'années, rencontré sur les lieux tôt mardi matin.

Robert Cains, quant à lui, habite dans un immeuble à logements voisin de la scène de la fusillade. Il dit ne pas être surpris par ce qui est arrivé lundi soir.

«C'est typique de la ville», a-t-il lancé, rappelant la fusillade survenue au Centre Eaton.

«Nous avons un problème de société, un problème dans l'application des lois et des peines d'emprisonnement. Quand quelqu'un est condamné à dix ans, il doit faire ses dix ans», a raconté l'homme, qui n'entend pas pour autant déménager du quartier à la suite des événements.

Un autre attentat armé, survenu au Centre Eaton de Toronto, au début du mois de juin, avait fait deux morts et six blessés.

Shannon Longshaw était présente à la fête de quartier lorsque les tirs ont retenti. La femme dit n'avoir été témoin d'aucune altercation avant la fusillade, qui est survenue sans prévenir, a-t-elle précisé.

«C'était fou. Tout le monde courait. Il fallait récupérer nos enfants», a-t-elle raconté.

La femme explique aussi avoir reçu la visite des policiers chez elle à la suite de la fusillade. Ceux-ci pensaient que les suspects se terraient dans sa maison, a-t-elle indiqué. «Je leur ai dit que mes enfants étaient dans ma maison. J'ai trois jeunes enfants. Ils ont peur, maintenant», a indiqué la femme, ajoutant avoir été emmenée à un poste de police pour y être interrogée.

Aucune arrestation n'avait été effectuée en milieu d'après-midi, mardi. La police demande la collaboration des personnes qui étaient présentes afin d'obtenir des photos et des images vidéo.

Toronto est sécuritaire selon son maire

Le maire de Toronto, Rob Ford, a minimisé mardi certaines déclarations voulant que Toronto soit une ville dangereuse à la suite de la fusillade qui a fait deux morts et 23 blessés par balle lundi soir, dans l'arrondissement de Scarborough.

La réaction du maire Ford suivait celle du nouveau directeur de la Société d'habitation de Toronto, Gene Jones, qui a dit que «Toronto n'est pas différente de Detroit».

«Je peux vous assurer que Toronto n'est pas comme Detroit. Nous avons eu quelques incidents isolés. Je considère celui-ci comme étant isolé. Nous sommes dans la ville la plus sécuritaire au monde. Les chiffres le prouvent», a indiqué le maire Ford, mardi, après avoir effectué une tournée de la scène de crime sous escorte policière.

«Deux jeunes personnes sont décédées parce qu'un idiot de voyou a choisi de régler un désaccord par la violence. Ça n'est pas acceptable. Je n'accepterai jamais de tels gestes, je suis furieux», a lancé le maire Ford.

«Assez, c'est assez, a-t-il ajouté. Il est temps d'agir contre les lâches invertébrés qui sont responsables de cette violence.»

Selon les statistiques du Service de police de Toronto, il y a eu 142 incidents jusqu'à présent cette année impliquant une arme à feu, une hausse de 34 % par rapport à la même période en 2011.

La Ville Reine a été le théâtre de 28 homicides depuis le début de 2012.

Rappelons que le Centre Eaton a été la scène d'un attentat au début de juin. Deux personnes sont mortes et six autres ont été blessées par balle lorsqu'un individu a déchargé son arme à feu.

Le 18 juin dernier, John Raposo, un homme âgé de 35 ans, a été exécuté en plein jour dans un restaurant bondé de la Petite Italie.

Une fillette de 11 ans se porte au secours d'une victime de la fusillade de Toronto

Rabia Warren-Paul, une jeune fille de 11 ans, a aidé à soigner les blessures d'une adolescente de 15 ans qui a trouvé refuge dans son appartement après la fusillade survenue lundi soir, lors d'un barbecue communautaire, dans le quartier de Scarborough, à Toronto.

Rabia Warren-Paul était à l'intérieur de son appartement avec sa mère, son beau-père et son petit frère lorsqu'elle a entendu les coups de feu. Elle a alors ouvert la porte à une adolescente blessée au bras droit et qui demandait de l'aide.

«Cette fille, Ashley, est arrivée avec ses deux amis. Elle avait un trou dans son bras», a raconté mardi Rabia à l'extérieur du complexe de logements sociaux de la rue Danzing où les tirs ont éclaté, tuant deux personnes et en blessant 23 autres.

«J'ai appelé le 911 et ils m'ont dit de continuer à lui parler et de mettre une pression sur la plaie. Elle s'est évanouie, mais elle respirait encore», a poursuivi Rabia, ajoutant que ses parents avaient donné un oreiller à l'adolescente dont le bras était ensanglanté.

«J'étais à l'extérieur cinq minutes avant que ça ne se produise», a raconté Melissa, la mère de Rabia. J'ai ouvert la porte et ses deux amies hurlaient. Je ne savais pas s'il y allait y avoir plus de coups de feu. Il a fallu une éternité pour que l'ambulance arrive ici.»

Rabia raconte que l'adolescente gémissait de douleur, parce que la balle l'avait atteinte à l'os. Elle était également préoccupée par son frère âgé de 13 ans, Tahir, qui était encore à l'extérieur.

«Je me suis caché derrière cette voiture, a raconté Tahir. J'ai vu le frère de mon ami courir, alors j'ai couru avec lui dans la maison de quelqu'un.»

Les gens «couraient et tombaient parce qu'ils avaient été touchés», a de son côté décrit Melissa. Cinq personnes ont été touchées par des balles, tout juste à l'extérieur de son appartement.

Une fillette âgée de 22 mois qui a été atteinte, mais dont la vie n'est pas en danger, était heureuse de jouer dehors dans la cour lors des premières heures du barbecue en après-midi. «Je l'ai regardée joué toute la journée, a dit Mélissa en secouant la tête. Quelle tragédie.»

Malgré l'effusion de sang et la panique, Melissa est très fière des actions héroïques de sa fille. «Elle a été courageuse, a-t-elle dit. Elle est restée avec elle. Elle s'est bien comportée.»



 
 


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