Un homme aurait tué ses enfants et se serait suicidé


Kathleen Frenette et Nicolas Lachance

Dernière mise à jour: 10-07-2012 | 18h50

WARWICK – Un père de famille, désespéré à l'idée de perdre la garde de ses enfants, a vraisemblablement choisi de les tuer et de se suicider.

C'est l'horrible drame qui s'est joué dans la nuit de lundi à mardi dans la petite localité de Warwick, dans le Centre-du-Québec. Le corps de Jocelyn Marcoux, 48 ans, a été retrouvé calciné à l'intérieur de son garage. À ses côtés, se trouvaient les dépouilles de ses enfants, Karen et Lindsey, âgés respectivement de 11 et 13 ans.

Lundi soir, quelques heures avant le drame, Marcoux s'en était pris au système judiciaire sur sa page Facebook. «Une mère qui s'est fait retirer ses enfants pour violence physique et psychologique envers eux est pardonnée après deux ans. […] Si tu ne te fais pas justice toi-même, ben tu n'auras jamais justice», a-t-il écrit dans une longue lettre.

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L'incendie a éclaté vers 3 h du matin dans le garage du 12, rue Richardson. Certains voisins ont aperçu des flammes de quatre à cinq pieds. Les bouteilles de propane du barbecue et de la tente-roulotte de Marcoux n'étaient d'ailleurs plus visibles et auraient été utilisées comme combustible.

«J'ai entendu deux bruits sourds et j'ai compris, par la suite, que ce sont des bouteilles de propane qui ont explosé», a raconté une voisine.

Garde des enfants

Depuis des années, Jocelyn Marcoux et son ex-conjointe, Nadine Brillant, se battaient devant les tribunaux à propos des enfants et devaient croiser le fer à nouveau au palais de justice de Québec, mardi.

Dans cette nouvelle requête, les enfants devaient venir signifier leur intention d'aller vivre avec leur mère. Cette volonté aurait notamment été à l'origine d'une altercation entre Karen et son père, dernièrement.

«Depuis le 24 juin, ma cliente n'avait plus de contact avec ses enfants et le week-end dernier, le père a refusé que les enfants se rendent chez elle alors qu'elle était dans son droit», a expliqué Me Fabien Jean, qui représente Mme Brillant.

L'avocat s'est aussi fait accuser par le père, via Facebook. Bouleversé parce qu'il venait de se passer, il a accepté de donner sa seule entrevue au Journal de Québec. Il a aussi tenu à préciser que le 17 avril, il avait demandé qu'un procureur soit attitré aux enfants, ce qui avait été refusé par le Tribunal.

«C'est épouvantable une histoire de la sorte, surtout lorsqu'on veut agir pour le bien-être des enfants», a-t-il commenté sous le coup de l'émotion.

Selon lui, les policiers avaient aussi été avisés que quelque chose ne tournait pas rond dans cette histoire. Ils auraient toutefois refusé de s'en mêler, prétextant que les parents devaient se rendre prochainement devant la Cour.

Onde de choc

Les voisins se sont réunis nombreux autour de la maison, et les enfants, amis des deux petites victimes, semblaient avoir du mal à comprendre l'ampleur du drame.

«Jocelyn, c'était un homme discret et il semblait épris de ses deux petits amours», a mentionné une dame venue garder sa petite-fille près des lieux du drame.

Quelques minutes plus tard, une jeune fille accompagnée de sa maman a confié un secret que la jeune Karen lui avait demandé de garder précieusement pour elle. «Elle m'avait dit que son père l'obligeait à porter un bouton panique au cas où sa mère s'approcherait d'elle», a-t-elle raconté.

Les émotions étaient également à fleur de peau pour les pompiers qui ont fait l'horrible découverte. «On a tous des enfants et ça brasse beaucoup d'émotions. Ce matin (mardi), il y a eu un debriefing et nous leur avons bien fait comprendre que s'ils désiraient de l'aide, nous allions leur en apporter», a précisé Bernard Beaudet, directeur du Service des incendies de Warwick.


La mère des enfants s'en veut de ne pas avoir été là

«Je m'en veux de ne pas avoir été là, cette nuit, avec eux, parce que j'ai toujours été là pour eux», a déclaré Nadine Brillant, la mère de Karen et Lindsey, quelques heures après l'horrible drame, mardi.

«Je m'en veux, mais, en même temps, je ne peux pas me culpabiliser parce que je n'aurais jamais pu penser qu'il poserait un tel geste», a-t-elle ajouté au cours d'une entrevue avec le Journal de Québec, la seule qu'elle a accepté d'accorder.

Même si elle était ébranlée par les événements, la mère de famille a choisi de rester forte, non seulement pour elle, mais aussi pour son autre fils de six ans qui a perdu son demi-frère et sa demi-sœur de la façon la plus horrible qui soit.

«Mon ex faisait beaucoup d'aliénation parentale et mes enfants n'étaient plus capables. Aujourd'hui (mardi), nous devions être devant la Cour et il savait que les enfants allaient parler. Ils savaient qu'ils allaient demander pour revenir avec moi et c'est ce qui l'a mené vers ça», a-t-elle ajouté, la voix brisée par l'émotion.

Plus tôt dans la journée, Mme Brillant avait partagé ses états d'âme sur Facebook, «Maudit je capote... Un incendie criminel à Warwick : deux enfants, un homme, rue Richardson... La police s'en vient me rencontrer. Les trois sont morts», pouvait-on lire sur sa page un peu plus de quatre heures après le drame. Elle a ensuite choisi de fermer son compte.

C'est son conjoint qui lui avait appris qu'un incendie mortel avait eu lieu à Warwick. Elle a immédiatement senti que ses enfants avaient payé de leur vie.

Accablée par la tristesse, la mère de famille souhaite qu'on lui laisse la paix.

Depuis les tristes événements, elle a reçu de nombreuses menaces via les médias sociaux, faits par des gens qui ne semblent pas comprendre qu'elle a perdu ses deux enfants dans cette histoire.

«Je veux être entourée des miens, mais aussi être seule pour pleurer. Je veux être avec mon conjoint et avec le fils qu'il me reste pour panser mes plaies», a-t-elle ajouté.

Elle a aussi dit qu'elle désire maintenant refermer la porte sur son intimité et sur sa peine. «Je ne veux plus que personne ne m'appelle, ce que j'avais à dire, je l'ai dit. Le reste, je vais le garder pour moi.»


Les parents se disputaient la garde de Karen et Lindsey

Voici plusieurs extraits de la requête du père, Jocelyn Marcoux et de la requête de la mère, Nadine Brillant, qui devaient être débattues mardi devant un juge de la Cour supérieure au palais de justice de Québec. M. Marcoux avait également mis en ligne une longue lettre sur sa page Facebook, mardi, à 1 h 14 du matin, un peu plus d'une heure et demie avant que l'incendie se déclare dans son garage.

— Père (lettre) : «Je me suis juré dans mon cœur de père que jamais plus mes enfants seraient maltraités; plus jamais… Pour les pères, ben, c'est officiel!!! Si tu te fais pas justice toi-même, ben tu auras jamais justice!!!! Jamais, soyez-en bien sûr, d'où tous les drames familiaux.»

— Mère (requête) : «[Le père] éprouve de la difficulté au niveau de l'encadrement scolaire : études, devoirs, habillement, etc. Lindsey vit des difficultés d'apprentissage à l'école faute d'un encadrement serré.»

— Père (lettre) : «Une mère qui s'est fait retirer ses enfants pour violence physique et psychologique envers eux est tout pardonnée après deux ans.»

— Mère (requête) : «Depuis le 22 février 2010, la [mère] s'est soumise à une thérapie auprès de Violence info, dans laquelle elle a participé à près d'une trentaine de rencontres.»

— Père (requête) : «Je suis convaincu que la [mère] tente d'influencer les enfants afin de les pousser à retourner vivre chez elle… Les enfants me menacent de retourner vivre chez leur mère lorsque je les discipline.»

— Mère (requête) : «Depuis novembre 2010, Lindsey et Karen demandent à la [mère] de revenir chez elle… Ils ne désirent plus habiter avec [le père].»

— Père (requête) : «J'agaçais Karen pour lui montrer l'effet que ses railleries pouvaient avoir sur Lindsey… elle était occupée à préparer ses rôties… Karen s'est alors fâchée… Le couteau a alors quitté sa main pour aller frapper le mur.»

— Mère : «Début avril 2012, Karen, armée d'un couteau, s'est défendue des attaques [du père], l'a piqué à trois reprises sur la main, et a demandé de retourner immédiatement chez la [mère].»

— Père (lettre) : «La mère n'a pas besoin de preuves, ni de témoins!!!! Sa parole suffit pour l'aveugle juge!!!!!»

— Mère (requête) : «La [mère] considère que la sécurité et le développement de Linsey et Karen sont compromis et demande au tribunal d'ordonner le retour de ceux-ci auprès d'elle. »


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