Michaël Nguyen
Agence QMI

La prison pour avoir transmis volontairement le VIH

Justice - La prison pour avoir transmis volontairement le VIH

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Michaël Nguyen

MONTRÉAL - Deux ans de prison. C'est ce qu'a réclamé la Couronne mercredi matin pour un ancien capitaine de l'armée de réserve américaine, reconnu coupable d'avoir transmis le VIH à un partenaire rencontré dans un sauna, en lui cachant son état de santé.

James Steven Wilcox, 48 ans, avait été reconnu coupable d'agression sexuelle grave en août dernier, pour des faits qui s'étaient déroulés il y a presque sept ans dans un sauna du quartier gai de Montréal.

Wilcox avait un statut de visiteur au Canada lorsqu'il a rencontré sa victime au sauna Oasis, rue Sainte-Catherine à Montréal. C'était en juillet 2005.

Ils avaient eu sur place une première relation sexuelle protégée, avant de se rendre au domicile de Wilcox sur la rue Jeanne-Mance.

Quelques heures plus tard, alors que la victime était endormie, Wilcox l'avait pénétrée sans protection, lui causant ainsi des lésions.

Ce n'est qu'en octobre 2006 que la victime a commencé à ressentir les premiers symptômes du VIH, et des tests sont venus confirmer les pires craintes : il était infecté.

Il a aussitôt prévenu Wilcox par courriel, et c'est alors que celui-ci lui a avoué qu'il se savait porteur du virus, et ce, depuis 2003. Il s'est excusé pour ce qu'il avait appelé son «sale petit secret» («dirty little secret» en anglais).

La prison demandée

La Couronne, représentée par Me Sophie Lamarre, demande deux ans de pénitencier pour James Steven Wilcox. Même si elle admet que le rapport présentenciel est dans l'ensemble favorable pour l'accusé, celui-ci nie toujours sa responsabilité criminelle dans cette affaire.

Il continue d'ailleurs de mettre une partie de la responsabilité sur sa victime.

Lors du procès, Wilcox avait affirmé que son partenaire était au courant de sa maladie, et qu'il avait donné son «consentement tacite» pour d'autres relations sexuelles.

Il avait d'ailleurs décrit sa victime comme un «buck chaser», un terme qui décrit les personnes prêtes à avoir des relations non protégées avec des gens atteints du VIH.

Le juge avait balayé cette explication du revers de la main.

«Il y a eu un abus de confiance, a commenté Me Lamarre ce mercredi. Il a agi en toute connaissance de cause.»

La victime, qu'une ordonnance de la cour nous interdit d'identifier, a déposé une déclaration écrite de plusieurs pages relatant toutes les conséquences que le crime a eues sur sa vie. Le document a été mis sous scellé par le juge.

«Il se sent mal, il y a eu beaucoup de conséquences, a expliqué Me Lamarre à la sortie de l'audience. Juste d'avoir contracté le VIH, vous pouvez imaginer…»

Circonstances atténuantes

La défense, représentée par Me Jeffrey Boro, demande une peine à purger dans la collectivité, en partie grâce à un rapport présentenciel «très favorable» envers l'accusé, pour reprendre les termes de Me Boro.

L'avocat a souligné les risques de récidive «très limités» de son client, ainsi qu'il avait démontré «beaucoup d'empathie» envers sa victime depuis le début du processus judiciaire.

C'est d'ailleurs la seule offense commise envers l'accusé, a rappelé l'avocat. Il n'avait pas d'antécédents judiciaires avant le crime, et n'en a pas commis d'autres depuis l'agression sexuelle grave.

«Le passé est garant de l'avenir, a insisté l'avocat. Quels gains seraient réalisés en l'envoyant en prison ? En termes de protection de la société, elle ne sera pas plus protégée s'il va en prison.»

Wilcox, qui travaille à son compte comme consultant en informatique, pourrait être expulsé du pays une fois sa sentence purgée. Mais la défense a déjà fait savoir qu'elle avait porté en appel le verdict de culpabilité.

Le juge Louis A. Legault de la Cour du Québec rendra sa sentence le 5 juin prochain.


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