Daniel Renaud et Rémi Nadeau
Agence QMI

Le domicile d'un journaliste perquisitionné


Daniel Renaud et Rémi Nadeau

Dernière mise à jour: 15-03-2012 | 16h39

MONTRÉAL - Des enquêteurs de la Sûreté du Québec ont mené de 6 h 30 à 11 h 15 jeudi une perquisition à la résidence d'un journaliste du Journal de Montréal.

Le journaliste spécialisé en santé, Éric Yvan Lemay, a écrit dernièrement un article au sujet de documents confidentiels qui étaient accessibles à tous et laissés sans protection dans les corridors de plusieurs hôpitaux du Québec. La perquisition serait liée à ce reportage. Le journaliste a notamment photographié une partie des documents.

Selon deux accusations criminelles portées contre lui, le journaliste est soupçonné de vol de moins de 5000 $ et de trafic de renseignements identifiants.

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«Je considère que c'est une perquisition tout a fait illégale et abusive qui n'a pas sa place dans une société démocratique et qui va à l'encontre des enseignements de la Cour suprême. Les médias ont un travail à faire. L'accuser de vol alors que le journaliste est impliqué dans un travail d'information est tout a fait inacceptable. Le Journal va contester vigoureusement cette perquisition», a déclaré l'avocat de Quebecor, Me Bernard Pageau.

«Cette perquisition est une autre preuve que le droit du public à l'information est un principe qui doit être constamment défendu», a renchéri le rédacteur en chef du Journal de Montréal, Dany Doucet.

Les enquêteurs veulent obtenir les vêtements que le journaliste portait le jour du reportage, ses empreintes digitales et son ordinateur.

Cette perquisition intervient au moment ou la protection des sources journalistique est un dossier chaud depuis l'affaire de la taupe à la police de Montréal.


Inadmissible, selon la FPJQ

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a fortement dénoncé par communiqué, jeudi, la perquisition effectuée au domicile de M. Lemay.

L'organisme estime que cette action policière constitue une sérieuse atteinte à la liberté de presse. Selon la FPJQ, il ne fait aucun doute que le reportage du journaliste était d'intérêt public.

«C'est inadmissible que l'on fasse une telle perquisition pour remettre en cause le travail d'un journaliste qui, à première vue, expose un réel problème, ce problème étant que les dossiers sont très mal protégés dans les hôpitaux», a indiqué le président de la FPJQ, Brian Myles.

«Le moyen que l'on utilise ce matin est complètement démesuré pour régler le problème. C'est d'intérêt public que de montrer que les dossiers ne sont pas bien sécurisés.»

«Avec les faits que j'ai devant moi, je considère qu'Éric Yvan Lemay a fait un travail journaliste acceptable et d'ailleurs Paul Brunet et Me Jean-Pierre Ménard lui ont donné raison», a ajouté M. Myles.

Craintes confirmées

«Cela confirme ce que l'on craignait de l'Affaire Davidson, c'est-à-dire la chasse aux sorcières dans les sources et le matériel journalistiques. C'est à la SQ et l'hôpital plaignant de s'expliquer.»

«C'est une atteinte à la liberté de presse. Ça va être quoi quand on va parler de corruption, de collusion et de financement des partis politiques», a conclu le président de la FPJQ.

Daniel Leblanc déplore l'intervention

Le journaliste Daniel Leblanc qui a révélé au grand jour le scandale des commandites est d'avis que la perquisition chez Éric Yvan Lemay est un manque flagrant de respect à l'endroit du journaliste.

Selon lui, M. Lemay a fait son travail en démontrant une faille dans un système où les attentes en matière de sécurité sont particulièrement sévères.

«On parle d'un journaliste qui a mis en lumière une situation, où les documents des autres personnes - pas les siens - étaient en danger, pour alerter les institutions de faire leur travail et c'est lui qui paie le prix.»

Journaliste au Globe and Mail, M. Leblanc a dû défendre ses sources journalistiques jusqu'en Cour suprême dans l'affaire du scandale des commandites. Il s'est dit surpris de cette perquisition.

Préoccupé, le journaliste a indiqué que cette intervention n'est pas sans rappeler le coulage d'encre qu'a causé le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), en indiquant que les sources journalistiques pourraient faire l'objet d'enquêtes, à la suite de l'affaire Ian Davidson.

Selon les sources, cette présumée taupe voulait marchander des renseignements personnels à des groupes du crime organisé.

«Je pense que les hôpitaux avaient des plaintes [concernant le] travail du journaliste, sinon des craintes du fait qu'il avait accumulé des photos et des copies de documents, a-t-il souligné. Peut-être qu'on aurait dû simplement lui demander de les retourner sans que la police [se rende] chez lui à 6 h du matin.»

«Je pense qu'ils auraient pu avoir d'autres façons de s'y prendre», a-t-il ajouté.



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