Cynthia St-Hilaire et Johanne Roy
Agence QMI

Le cas de Guy Boudreau suscite des réactions

Conflit en résidence - Le cas de Guy Boudreau suscite des réactions

M. Boudreau, 80 ans, et sa conjointe, Denise, dénoncent les agissements du Manoir Duberger.©STEVENS LEBLANC/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI


Cynthia St-Hilaire et Johanne Roy

QUÉBEC - «C’est un État policier. C’est de l’abus. C’est ultracontrôlant. Je n’ai jamais vu de clauses du genre auparavant.»

C’est ainsi qu’a réagi Claude Lainesse, premier vice-président de l’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP), après avoir lu le cas de Guy Boudreau.

M. Boudreau, 80 ans, et sa conjointe, Denise, dénoncent les agissements du Manoir Duberger. «Je me suis opposé à certaines clauses estimant qu’elles étaient abusives. J’ai été traité de locataire indésirable», a dit M. Boudreau.

L’une des clauses du bail oblige une personne avec une surdité à porter des appareils auditifs. Il est aussi prévu qu’en cas d’inconduite, un locataire doit quitter les lieux dans un délai de 15 jours. Et un locataire fumeur peut être forcé de payer pour la remise à neuf de son logement.

M. Lainesse ne comprend pas que M. Boudreau ait pu signer un tel contrat. «Sûrement que ces clauses étaient écrites en tout petit, croit-il. Je ne signerais pas un bail comme ça.»

Le vice-président de l’AQRP promet que son organisation communiquera avec M. Boudreau. «Nous avons un service d’aide téléphonique. Notre rôle, c’est de diriger les gens au bon endroit pour qu’ils puissent régler leurs problèmes, a-t-il expliqué. On ne laisse pas perdurer de telles situations.»

Claude Lainesse souhaite que la récente adoption des projets de loi 16 et 22 permettra d’améliorer le sort des aînés dans les résidences privées. «Parce que des cas d’abus, j’en ai entendu parler de plusieurs», a-t-il dit.

Stress inacceptable

QUÉBEC - «Les menaces d’éviction à l’endroit de locataires âgés, on décrie cela, c’est inacceptable», a souligné le directeur général du Réseau FADOQ, Danis Prud’homme.

M. Prud’homme s’insurge contre toutes mesures qui restreignent les droits des retraités en résidence. «L’aîné perçoit souvent ce logement comme son dernier chez soi. Toute situation conflictuelle avec le propriétaire ou d’autres locataires cause un stress néfaste à la personne âgée», a-t-il mentionné.

Les plaintes touchant les résidences privées pour retraités ont presque toujours trait à la qualité de vie, note M. Prud’homme.

Parmi les motifs de plaintes, dans une résidence privée, le souper était servi à 16 h 30, à cause du manque de personnel. Faim pas faim, les résidants devaient se présenter à l’heure dite ou se passer de manger, a rapporté M. Prud’homme.

Ailleurs, les gestionnaires d’une résidence ont du jour au lendemain décidé de changer la vocation du salon privé. Celui-ci faisait pourtant partie des services offerts aux locataires, qui y recevaient leurs invités.

Manque de courtoisie

Dans une autre résidence, on a coupé des activités. À un autre endroit, des locataires se plaignent du manque de courtoisie du personnel. La qualité de la nourriture revient régulièrement dans les motifs de mécontentement, a souligné M. Prud’homme.

Un propriétaire doit obtenir une décision de la Régie du logement avant de modifier des services, a confirmé un porte-parole de l’organisme, Jean-Pierre Le Blanc.

ll y a d’excellents propriétaires, la plupart remplissent bien leur contrat, mais certains en profitent, car ils savent que la clientèle est plus vulnérable, a mentionné M. Prud’homme.

Vivre en résidence

QUÉBEC - Quelque 17 % des Québécois de 75 ans et plus, soit environ 110 000 aînés, vivent dans une résidence pour retraités. Il va sans dire que c’est une industrie en pleine expansion qui emploie 15 000 travailleurs.

«Le phénomène est plus populaire au Québec que dans les autres provinces. Certains aînés quittent la maison qu’ils ont habitée pendant 50 ans. C’est un deuil. Tous leurs repères sont à refaire», a souligné Yves Desjardins, président et chef de la direction du Regroupement québécois des résidences pour aînés. Celui-ci rassemble 600 résidences sur 2 200, au Québec, et 70 000 unités locatives.

«L’adaptation à la vie en résidence demande un certain temps et n’est pas toujours facile. Chez une personne âgée, déménager est le facteur qui a le plus de répercussions sur sa santé», a fait remarquer M. Desjardins.

Plusieurs en sont à leur première expérience comme locataire. C’est aussi la première fois qu’ils signent un bail. «Au-delà du gîte, le bail et ses annexes couvrent différents services assortis d’une tarification, selon les résidences», a-t-il expliqué.

Selon ce dernier, les propriétaires de résidences pour aînés sont souvent plus accommodants que dans le marché locatif régulier.

«Au-delà de la relation d’affaires, l’aspect humain compte. Dans bien des cas, les propriétaires accepteront de résilier le bail, si le locataire âgé ne parvient pas à s’adapter dans la résidence. Certains retournent vivre chez leurs enfants», a noté M. Desjardins.


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