Jean-Nicolas Blanchet
Journal de Québec

Un plaisancier survit à un infarctus en haute mer

Québec - Un plaisancier survit à un infarctus en haute mer

Édouard Langlois et sa femme.© Photo courtoisie


Jean-Nicolas Blanchet

QUÉBEC - Victime d’une crise cardiaque alors qu’il était sur son voilier au beau milieu d’une tempête dans les eaux de l’Atlantique, Édouard Langlois, de Québec, a miraculeusement survécu grâce à une opération de sauvetage de trois jours de la Garde côtière américaine.

Malgré ses 30 ans d’expérience en navigation, l’homme qui a fêté son 63e anniversaire, mercredi, seul, dans un hôpital des Bermudes, avait peu de solutions lorsqu’une forte douleur à la poitrine l’a secoué la semaine dernière. Seul avec son épouse à bord de leur voilier de 12 mètres (36 pi), le Argo V, M. Langlois était en direction de Saint-Martin, dans les Antilles.

Rejoint mercredi, dans sa chambre du département d’urgence de l’Hôpital King Edwards, à Saint-George, aux Bermudes, M. Langlois était en mesure de décrire les évènements. Dans un état stable et disant bien se porter, il attend impatiemment son transfert vers Québec, à l’hôpital Laval, qui devrait avoir lieu vendredi en fin de soirée.

« J’ai travaillé assez fort durant une trentaine de minutes sur le pont parce que le vent augmentait beaucoup et quand je suis rentré, j’ai réalisé que j’avais un problème [...] J’ai perdu connaissance deux fois durant la nuit, je suis tombé à terre, comme si quelqu’un m’avait tiré une balle entre les deux yeux », a-t-il relaté.

Loin de tout

Comme l’explique l’infirmier à la retraite, il n’y avait pas « grand-chose » à faire durant la nuit. « Tu n’as pas d’électrocardiogramme, ni de médicament pour ça, ma femme ne pouvait pas vraiment m’aider [...] C’était la nuit, on est à 281 km (175 milles) des Bermudes, à 1125 km (700 milles) de la côte américaine, en pleine tempête dans 4 mètres (12 pieds) de vague », a-t-il décrit, en expliquant que tout secours se présenterait à pas de tortue dans ces conditions de mer atroces.

L’homme ne pouvait être héliporté puisque le voilier était trop loin des côtes. Le vent ne permettait pas non plus au bateau de se diriger vers les Bermudes. La prochaine terre qu’ils pouvaient rejoindre était donc dans les Antilles, sept ou huit jours plus tard. Le téléphone satellite du bateau ne fonctionnait pas durant la nuit, selon ce qui a été rapporté aux secours, plus tard.

« J’étais convaincu que je n’allais pas m’en sortir, a-t-il dit. Quand tu fais une crise cardiaque, tu peux mourir vite ou avoir des conséquences importantes si tu n’es pas à l’hôpital dans les 20 minutes. »

Sors de là!

Huit heures après son infarctus, M. Langlois est finalement parvenu à envoyer un message à une médecin de Québec qui a ensuite communiqué avec lui par les ondes du Réseau du Capitaine, un réseau de radioamateur posté au Québec qui assiste bénévolement les plaisanciers naviguant un peu partout dans le monde.

Après que la médecin eut confirmé que l’homme devait « absolument sortir de là », les membres du Réseau ont coordonné l’opération d’urgence qui lui a permis, 53 heures plus tard, d’arriver à l’hôpital des Bermudes, sain et sauf. M. Langlois est d’ailleurs extrêmement reconnaissant envers tous les secours impliqués, dont le Réseau et la médecin, qui lui ont sauvé la vie, a-t-il tenu à mentionner.

Deux bénévoles du Réseau ayant coordonné l’opération de sauvetage et assuré le suivi lorsque le Mayday a été donné, Nycole Gaudreau et André Fleury, jugent qu’il s’agissait « d’une des plus importantes, sinon la plus importante » des interventions de leur organisme, depuis sa fondation, il y a 15 ans.

Chronologie d’une opération réussie

23 novembre, 23 h 30

Édouard Langlois subit un malaise. Tous les signes démontrent qu’il s’agit d’une crise cardiaque. Il attend de voir si la douleur s’estompera, mais il perd connaissance deux fois durant la nuit.

24 novembre, 7 h

L’Argo V, voilier du couple, lance un appel au Réseau du Capitaine. Un courriel est aussi envoyé à une médecin à Québec. En discutant avec l’homme, celle-ci est catégorique : les signes tendent à démontrer qu’il aurait subi une crise cardiaque. Le voilier n’est qu’à 280 km (175 milles) au sud des Bermudes. Le couple tente de remonter, mais est incapable en raison des conditions. Il abandonne le projet et continue vers l’autre destination la plus près, les Antilles, où il arriverait sept jours plus tard. En raison des vents, la côte américaine n’est même pas une option.

15 h 30
Le Mayday est donné. L’homme doit être secouru et transféré à un hôpital le plus vite possible. Le centre de commandement de la Garde côtière américaine est appelé à coordonner l’intervention.

23 h 30
Après avoir dévié sa trajectoire pour venir en aide à M. Langlois, un cargo américain, le Clipper Daisy, en direction de la Turquie, prend en charge l’individu. Le navire rejoint le voilier à environ 400 km (250 milles) au sud des Bermudes. Il reçoit quelques soins de base. Une équipe médicale de la garde côtière assure le suivi par télécommunication. Le Clipper Daisy se démène difficilement dans les conditions et arrivera aux Bermudes après 53 heures.

27 novembre, 5 h

M. Langlois est transféré du cargo dans un bateau-pilote de la Garde côtière des Bermudes. Il arrive à l’hôpital King Edward plus tard en matinée. Il subit des tests et est dans un état stable. On lui confirme qu’il a été victime d’un infarctus du myocarde.

2 décembre

L’arrivée de M. Langlois à Québec est prévue en fin de soirée pour un transfert à l’hôpital Laval. Le plaisancier ignore toujours si l’incident aura des conséquences au niveau cardiovasculaire.



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