Daniel Renaud
Le Journal de Montréal
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Le dauphin du parrain abattu

Mafia - Le dauphin du parrain abattu

Montagna a traversé la rivière L’Assomption, avant de s’écrouler sur la berge, derrière un édifice à logements. Les policiers ont tenté des manoeuvres de réanimation, en vain.© Mathieu Lebrun\Agence QMI

Daniel Renaud
Le Journal de Montréal

Celui dont le nom circulait le plus souvent comme le dauphin au poste de parrain de la mafia montréalaise, Salvatore Montagna, a vraisemblablement été suivi et tué par un individu qui l'attendait, hier matin, à Charlemagne.

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C'est ce que le Journal a appris de sources sûres. L'homme de 40 ans sortait d'une résidence appartenant à un individu connu des policiers lorsqu'il a été tiré par un individu qui s'était vraisemblablement caché.

Il semble que Montagna, qui était considéré par plusieurs comme un successeur potentiel au parrain Nicolo Rizzuto, n'était pas accompagné d'un garde du corps au moment du crime. On n'exclut pas que Montagna, qui habitait l'arrondissement St-Hubert à Longueuil, s'était rendu à cet endroit pour faire des affaires.

En début de soirée hier, la Sûreté du Québec qui mène l'enquête, attendait un mandat de perquisition pour examiner la résidence de la rue de l'île Vaudry d'où Montagna sortait, et qui appartient à un homme d'une soixantaine d'années qui a quelques antécédents judiciaires.

Le salut dans l'eau

Il était environ 10h15 lorsque Salvatore Montagna aurait été atteint par un ou deux projectiles, selon la police de Repentigny.

Lorsque les premiers policiers sont arrivés sur les lieux après avoir reçu l'appel d'un citoyen, ils ont vu la victime prenant la fuite en direction de la rivière L'Assomption avant de plonger dans celle-ci.

Montagna a traversé tout le cours d'eau, qui est peu pro-fond à cet endroit, avant que les policiers le retrouvent quelques minutes plus tard écroulé sur les berges, derrière un édifice à logements de la place Plourde. Ils ont tenté des manoeuvres de réanimation, en vain.

Salvatore Montagna a été transporté à l'Hôpital Pierre-Le-Gardeur où son décès a été confirmé.

Outre la marque d'au moins un projectile d'arme à feu, le corps de la victime montrait également des traces de lacération, probablement causées par de la vitre, si l'on se fie à certains témoignages livrés sur les lieux.

Appels sans réponse

Un résidant a confié avoir entendu une détonation. «J'ai entendu un gros bang suivi d'un bruit de vitre qui se brise. J'ai ensuite vu l'homme courir vers la rivière. Je lui ai demandé ce qu'il faisait là ; il ne m'a pas répondu», a-t-il dit.

Un autre témoin a affirmé avoir vu une camionnette blanche quitter rapidement l'endroit, mais on ignore si le véhicule a un lien ou non avec ces événements.

Une résidente de l'endroit s'est dite très surprise de ce spectaculaire attentat.

«C'est un coin tranquille. C'est la première fois qu'une chose semblable arrive», a-t-elle dit.

Les policiers ont établi un large périmètre de sécurité. Au moment d'écrire ces lignes en milieu de soirée, ils tentaient toujours d'établir le fil des événements.

L'enquête a été amorcée par les policiers de Repentigny, mais a été aussitôt transférée aux enquêteurs des Crimes contre la personne de la Sûreté du Québec, car il a été établi rapidement qu'il s'agissait d'un règlement de compte dans le milieu du crime organisé.

Le 30 septembre dernier, le Journal avait révélé que Salvatore Montagna était pressenti pour succéder au parrain Nicolo Rizzuto.

Les noms de Joe Di Maulo, ex-beau-frère de Raynald Desjardins, et de Moreno Gallo, Calabrais lui aussi et mafieux de la première heure, ont également été évoqués comme des individus qui auraient pu jouer un rôle de sage dans la nouvelle structure du crime organisé italien dans la métropole.

Il aurait joué un rôle majeur dans la chute des siciliens

Vraisemblablement, Montagna, qui était arrivé à Montréal en avril 2009, n'avait pas encore les assises suffisantes dans la métropole et peut-être s'est-il heurté à des criminels de haut rang qui ne voulaient pas recevoir d'ordres de New York ou de l'Ontario.

Selon nos sources, l'ancien chef par intérim du clan Bonanno aurait joué un rôle important dans les jeux de pouvoir qui ont mené à la chute du clan Rizzuto, complétée par l'assassinat du vieux parrain Nicolo, il y a un an.

D'ailleurs, quelques semaines après son arrivée à Montréal, un proche du clan Rizzuto, Federico Del Pelschio, tombait sous les balles dans le stationnement de son restaurant, La Cantina.

Mariage et divorce

Selon nos sources, Montagna se serait uni à d'autres individus influents du crime organisé pour faire tomber les Rizzuto.

Mais une fois cet objectif commun atteint, la lune de miel n'aurait pas duré longtemps parmi les alliés d'autrefois et des divergences importantes seraient apparues au début de l'année.

Ces divergences ont vraisemblablement éclaté au grand jour lorsque l'homme d'affaires Raynald Desjardins a été victime d'une tentative de meurtre le 18 septembre dernier, à Laval.

Selon la police, Desjardins, qui a déjà été le bras droit du parrain déchu Vito Rizzuto, serait un acteur important du crime organisé.

Le meurtre de Salvatore Montagna pourrait être lié à cette tentative de meurtre, mais d'autres hypothèses sont envisagées.

Une source proche du milieu nous a indiqué que Montagna aurait récemment pris part à une rencontre dans l'est de Montréal à laquelle participaient également des individus de l'Ontario qui ont quitté la table précipitamment après des discussions animées.


Ce qu'ils ont dit...

«Personne ne semble trop comprendre ce qui se passe présentement. Il pourrait avoir tenté de mettre de la pression pour que sa coalition ait davantage de pouvoir dans la ville. Une chose est certaine, le meurtre ne semble pas avoir été fait d'une manière professionnelle, il y avait des moyens plus subtils de le faire qu'en plein jour.» - Lee Lamothe, auteur de livres sur le crime organisé

«On croyait qu'il avait pris la tête de la mafia. Cela démontre que la situation demeure tendue et qu'il y a des factions dissidentes. C'est certain que ce n'est pas fini.» - Pierre De Champlain, ex-analyste de la GRC



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