Déçus, les policiers craignent que le verdict rendu à l'endroit de Guy Turcotte envoie un mauvais message à la population et ait un effet d'entraînement.
«Le public ne comprendra pas. Le message que ça envoie, c'est que tu peux haïr ton ex-femme, tuer tes deux enfants, plaider la folie passagère et t'en sortir. C'est trop facile», affirme un enquêteur sous le couvert de l'anonymat.
«Ce jugement risque de faire jurisprudence. Ça ouvre la porte à d'autres accusés qui seront tentés de plaider la même chose en disant : Moi aussi ma femme m'a laissé, j'ai pété les plombs, et j'ai tué mes deux enfants », affirme un autre.
Selon ce dernier, le fait que des choses aient été cachées au jury, notamment que Turcotte n'ait pas voulu payer pour les funérailles de ses enfants, l'ont aidé, tout comme le fait qu'il soit médecin.
«Aujourd'hui, lorsque l'on témoigne dans les procès, on ne peut pas tout dire ou on doit faire attention à nos mots pour ne pas causer préjudice à l'accusé. Par exemple, lors d'un procès, je n'ai pas pu dire qu'un accusé a fait de la prison, mais plutôt qu'il a été en établissement carcéral».
«Et croyez-vous qu'un meurtrier qui habite un quartier pauvre de Montréal aurait bénéficié d'un tel verdict ? Les jurés ont conclu qu'un médecin ne pouvait commettre un tel geste à moins d'avoir eu un moment de folie et Turcotte avait les moyens de se payer un bon avocat», dit-il.
Confiance
«C'est décevant, mais notre justice est ainsi faite et lorsque l'on remet ça entre les mains d'un jury, on peut avoir des surprises», affirme un ex-policier.
«Même s'il avait eu 25 ans de prison, la sentence n'aurait jamais été équivalente au geste qu'il a commis», ajoute-t-il.
«Les jurés ont délibéré durant six jours, demandé de réentendre des témoignages et rendu un verdict unanime ; leur décision a été réfléchie», affirme Jean-Guy Dagenais, ex-président de l'Association des policiers municipaux du Québec et ex-candidat conservateur.
«Les procureurs et les policiers ont fait leur travail. C'est certain qu'ils doivent être déçus, mais je fais confiance au jury. Si nous ne faisons plus confiance à notre justice, il y a un problème», conclut-il.