Verdict de non-responsabilité criminelle pour Guy Turcotte

Mort

Guy Turcotte © Agence QMI / Archives


Éric Thibault / Agence QMI

Dernière mise à jour: 05-07-2011 | 14h18

SAINT-JÉRÔME – Dans une décision-choc que la mère des victimes a qualifiée «d'injustice», le cardiologue Guy Turcotte a été déclaré criminellement non-responsable des meurtres de ses deux enfants pour cause de troubles mentaux, mardi, à Saint-Jérôme.

Les 11 jurés ont rendu leur verdict à 10 h 55, après six jours de délibérations. Certains d'entre eux n'ont pu retenir leurs larmes après avoir fait connaître leur conclusion sur le drame de Piedmont, survenu le soir du 20 février 2009.

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L'homme de 39 ans a réagi à l'annonce en fermant les yeux et en poussant un soupir de soulagement. Il s'est rassis, la tête basse, et a sorti un mouchoir pour s'essuyer les yeux, sans pour autant sangloter comme il l'a fait à maintes reprises pendant les 42 jours du procès.

Le jury a donc déterminé que Turcotte avait, ni plus ni moins, perdu la raison lorsqu'il a causé la mort de son fils Olivier, 5 ans et de sa fille Anne-Sophie, 3 ans, en les poignardant de 27 et 19 coups de couteau, respectivement.

Ses membres ont estimé, par prépondérance des probabilités (et non hors de tout doute raisonnable, ce qui était le fardeau de preuve dont la Couronne devait se décharger pour obtenir un verdict de culpabilité) que le cerveau de Turcotte était perturbé par sa maladie mentale, sa crise suicidaire et son intoxication au lave-glace, à un point tel qu'il ne savait pas ce qu'il faisait.

Ils ont donc écarté la thèse de la Couronne voulant qu'il avait un plan pour se venger de son ex-conjointe, qui venait de le laisser pour un ami proche du couple et envers laquelle il ressentait de la colère. Une colère toujours présente dans les jours et les mois suivants le drame.

Mère anéantie

Ce verdict était le pire des scénarios pour Isabelle Gaston. À peine sortie de la salle d'audience, elle a dit aux journalistes qu'elle craignait de ne «pas survivre (...) à cette injustice».

«Le court passage d'Olivier et Anne-Sophie dans ma vie et maintenant dans la vôtre devrait nous faire comprendre que les adultes n'ont pas le droit de vie ou de mort sur les enfants. (...) Il devra vivre avec ça toute sa vie», a-t-elle réagi avec dignité, la voix étranglée par l'émotion, en lisant une lettre qu'elle avait préparée.

Si la Couronne décidait d'aller en appel, «je peux vous garantir que je ne retournerai jamais à un (nouveau) procès», a annoncé l'urgentologue, d'un ton catégorique.

«Pour moi, c'est terminé. Je vais poursuivre ma route. (...) J'espère juste qu'il existe quelque chose après (la vie), que (mes enfants) sont bien et qu'un jour, je pourrai aller les retrouver», a-t-elle ajouté.

Me Claudia Carbonneau était également secouée par la décision du jury. «C'était une des possibilités. Pour l'instant, nos pensées sont avec Anne-Sophie et Olivier et la famille», a mentionné la procureure, en ajoutant qu'elle allait «étudier» la possibilité de demander l'intervention de la Cour d'appel.

Les avocats de la défense (Mes Pierre Poupart et Guy Poupart), tout comme la mère et les frères et soeurs de Guy Turcotte qui étaient présents, ont préféré s'abstenir de tout commentaire auprès des médias.

Toujours détenu

Le juge Marc David a remercié les jurés en leur disant d'être «fiers» de leur verdict, choisi après un «travail consciencieux», au terme de ce procès de 11 semaines qui «touche la corde sensible» de tout le monde et ne «laisse personne indifférent».

Guy Turcotte n'est pas libre pour autant. Il a été ramené à la prison de Saint-Jérôme - la défense n'ayant pas d'argument pour convaincre le juge que son client devait nécessairement être transféré sur-le-champ dans un hôpital psychiatrique - en attendant qu'un tribunal administratif, la Commission d'examen des troubles mentaux, se prononce sur ce qui l'attend.

Des psychiatres évalueront son état mental actuel et sa dangerosité pour la sécurité du public, d'ici 45 jours. Turcotte pourrait alors être libéré sans condition s'il ne représente aucun risque. Il pourrait aussi être libéré sous certaines conditions à respecter. Ou encore, la Commission pourrait ordonner qu'il soit détenu dans un hôpital psychiatrique. Son cas sera réévalué au bout d'un an.


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