Kathleen Frenette /Agence QMI
Journal de Québec

Le piège des prédateurs sexuels du Web

Crime sexuels - Le piège des prédateurs sexuels du Web

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Kathleen Frenette /Agence QMI

QUÉBEC - Experts en hameçonnage, les prédateurs sexuels qui « courent » sur le Web à la recherche de victimes ont presque tous la même approche quand vient le temps « d’attraper » un enfant : ils veulent devenir leur « mentor sexuel ».

Cette façon de faire porte le nom de grooming ou « mise en condition » et elle permet au prédateur d’obtenir l’amitié d’un ado ou d’un enfant sur Internet en vue de le « préparer » à l’idée d’avoir des relations sexuelles avec lui.

« Ce type de prédateur est souvent prêt à investir son temps, son argent et toute son énergie dans le projet qu’il entreprend. C’est pourquoi il pourra prendre plusieurs semaines avant de passer à l’acte », a expliqué Caroline Girard, qui travaille au bureau de la cybercriminalité à Montréal, lors du colloque sur l’exploitation sexuelle des enfants qui s’est tenu la semaine dernière dans Charlevoix.

Tout d’abord, « l’hameçonneur » tentera d’obtenir des renseignements sur sa victime en lui posant toutes sortes de questions sur sa famille, ses amis, son école, et en demeurant très « ouvert » aux jeunes qui accepteront de lui parler, souvent dans des chats privés via différents réseaux sociaux.

Confiance établie

« Peu à peu, ils tenteront de gagner la confiance des jeunes filles ou des jeunes garçons, en leur manifestant beaucoup d’attention et d’affection et en leur offrant même des cadeaux à l’occasion », a expliqué la policière.

Une fois la confiance établie, la notion sexuelle entrera en jeu et, de façon progressive, le prédateur tentera de se présenter comme « mentor sexuel » pour les jeunes piégés qui sont souvent très curieux face à la sexualité.

« À partir de là, le prédateur pourrait utiliser des images de pédopornographie pour diminuer les inhibitions de la victime et lui apprendre à considérer ce type de comportement sexuel comme étant normal », a précisé Mme Girard, ajoutant qu’à partir de là, la victime était « prise » dans le filet du prédateur.

Secret...

« Si l’agresseur réussit à exploiter l’enfant, il l’empêchera de dévoiler la relation à ses parents en ayant recours à des faveurs ou à des menaces et il tentera aussi de persuader l’enfant qu’il est en partie responsable de l’abus, donc tout aussi coupable », a dit la policière.

Le culte du secret permet aussi de créer une relation exclusive, déséquilibrée et manipulatrice. Il permet d’éviter les influences externes qui pourraient compromettre le déroulement des choses prévues par le pervers.

D’autres « façons de faire » peuvent également être utilisées par les prédateurs, notamment lorsque ceux-ci connaissent leur victime, mais de manière générale, ils prennent leur temps d’ « entourer » les victimes et les empêcher de fuir le cyberespace pour retourner à une vie sans danger.

Des signes révélateurs

Même s’il est difficile d’avoir accès à la « vie Internet » des adolescents, certains signes ne trompent pas lorsqu’il s’agit de savoir si un ado s’est fait « attraper » par un prédateur.

Tout d’abord, si des images de pédopornographie ou de pornographie sont retrouvées dans l’ordinateur, il y a de forts risques que l’adolescent ait été exposé « aux techniques » du prédateur, puisque celui-ci utilise souvent ce type de photo « pour enlever les inhibitions des victimes ».

« Si votre enfant passe beaucoup de temps devant son ordinateur, qu’il s’isole de sa famille et qu’il ne voit plus ses amis, c’est aussi un signe qui peut être révélateur », explique Caroline Girard, qui travaille à la cybercriminalité pour la Sûreté du Québec depuis 2005.

Si l’adolescent devient nerveux lorsqu’un adulte s’approche de l’ordinateur ou qu’il change de fenêtre rapidement, on peut aussi déduire qu’il se passe quelque chose d’anormal.

« Une bonne façon d’aider les enfants, c’est de les accompagner dans leur utilisation d’Internet. Par exemple, en leur parlant des prédateurs qui «courent» sur le Web, ils pourront être plus vigilants », a dit la policière.

Installer un logiciel de contrôle parental ou encore utiliser les filtres dans les moteurs de recherche peut aussi être une bonne façon de « jeter » un œil sur les fréquentations Internet de l’enfant.

« De plus, un ordinateur ne devrait jamais se retrouver dans la chambre d’un enfant, surtout s’il est équipé d’une webcaméra », a expliqué Mme Girard, ajoutant qu’advenant le cas où un enfant désirerait rencontrer une personne connue sur Internet, il devrait toujours être accompagné d’un parent.

Dans la tête d'un coupable

Daniel Lesiewicz, condamné à 12 ans de pénitencier en mars pour avoir forcé des dizaines d’adolescentes à se livrer à des spectacles érotiques devant leur caméra web, est un bon exemple de prédateur du Net.

C’est du moins l’exemple qu’a utilisé Caroline Girard, policière à la Sûreté du Québec, division cybercriminalité, pour expliquer le modus operandi des prédateurs du Web.

Le jeune homme, qui a aujourd’hui 30 ans et qui habitait chez ses parents lorsqu’il a été appréhendé par les policiers de la Sûreté du Québec, prenait contact avec ses victimes en utilisant différentes identités, la sienne ou celle d’une adolescente pour rendre sa victime moins réticente.

« Pour rendre les jeunes victimes encore moins méfiantes, il prétendait même parfois être une amie de la victime. À l’aide de piratage, il obtenait les contacts MSN de la victime et créait de nouveaux comptes de courriel en changeant un seul caractère à l’adresse de l’amie en question», a expliqué la policière de la SQ.

De cette façon, les jeunes victimes, peu attentives, croyaient avoir affaire à leur copine. Par un jeu habilement monté, il amenait les jeunes adolescentes à exécuter un spectacle érotique devant la webcaméra.

Menaces

Une fois cette vidéo en main, il pouvait devenir plus menaçant. « Si une jeune fille refusait d’aller plus loin et si elle refusait de faire pour lui un spectacle sexuel plus osé, il la menaçait de transmettre la vidéo à toutes les amies de la victime, ce qu’il a fait dans certains cas... », a précisé la policière.

En mars 2010, Daniel Lesiewicz a plaidé coupable à 84 chefs d’accusation de harcèlement criminel et de leurre pour un total de 25 victimes.

Le matériel saisi dans l’ordinateur de l’accusé démontre toutefois qu’il aurait agi de la sorte avec plus de 200 jeunes femmes du Québec.

Un grand filet pour attraper les enfants

Déroulement d’un grooming. Ce que le prédateur fait :

• Il identifie et cible des victimes en traînant dans les « chatrooms » ou en regardant des profils sur Internet.

• Il se montre amical et essaie d’identifier les problèmes de sa cible de façon à lui proposer des conseils et de l’aide.

• Il se renseigne sur l’endroit où se trouve l’ordinateur et qui en sont les utilisateurs.

• Il recommande à sa cible de ne pas sauvegarder d’éléments liés à leur conversation.

• Il fait souvent la promesse d’une relation amoureuse, durable et exclusive.

• Il introduit petit à petit des sujets d’ordre sexuel dans la conversation, qui deviendront de plus en plus explicites au fur et à mesure des dialogues.

• Il demande des photos, particulièrement celles qui sont explicites ou encore celles où la cible est dénudée.

• Il demande de contacts personnels supplémentaires pour exercer une emprise de plus en plus large, puis quand sa cible sera prête, pour la rencontrer et en abuser sexuellement.



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