Jérémy a été «délivré de sa souffrance»

Procès de Stéphanie Meunier - Jérémy a été «délivré de sa souffrance»

Stéphanie Meunier© SPVM


Jean-Philippe Arcand

Dernière mise à jour: 17-06-2011 | 18h46

MONTRÉAL - «L’ensemble de la preuve démontre un «pattern» de violence qui a culminé le 6 décembre 2008 et qui a fait en sorte que Jérémy a été délivré de sa souffrance.»

C’est sur ces paroles que le procureur de la Couronne, Louis Bouthillier, a conclu sa vibrante plaidoirie au procès de Stéphanie Meunier, accusée du meurtre prémédité de Jérémy Bastien-Perron, âgé de 4 ans.

S’exprimant avec grande ferveur et beaucoup de conviction, l’avocat a tenté de convaincre une dernière fois les sept hommes et cinq femmes du jury que la jeune victime a été battue à répétition par l’accusée de 32 ans dans les jours qui ont précédé sa mort.

Il a maintes fois insisté sur le rapport d’autopsie de la pathologiste Caroline Tanguay, qui a affirmé que la majorité des 27 blessures relevées sur le corps de la victime, dont une hémorragie sous-durale qui s’est avérée fatale, sont survenues dans les 24 heures précédant son décès.

Un autre médecin, le neuropathologiste Jean Michaud, a quant à lui déclaré que cette hémorragie datait d’environ deux heures avant la mort de l’enfant et qu’elle était imputable à un coup très violent porté à la tête.

Durant cette période, Meunier était seule avec ses quatre enfants et Jérémy, fils de son conjoint Francis Bastien. Celui-ci avait quitté le domicile depuis le 30 novembre pour participer à une étude pharmaceutique chez Anapharm. L’accusée a toujours prétendu que Jérémy s’était subitement effondré dans le couloir après avoir été victime d’une chute au parc la veille.

Du cinéma

Dans son témoignage, Meunier s’est décrite comme une mère aimante qui ne levait jamais la main sur ses enfants. À l’inverse, elle blâmait Bastien pour les nombreux sévices infligés au garçonnet, tout en reconnaissant l’avoir mordu à deux reprises.

Des propos qui «ne fonctionnent pas» avec la preuve entendue, selon Me Bouthillier. «Quand on écoute le témoignage de l’accusée, on dirait un film de Walt Disney. Sauf que dans ce film, des scènes ont été enlevées», a-t-il ironisé.

«Rendu au 27e coup, on ne peut plus parler d’accident, a-t-il poursuivi. On est supposé voir les conséquences de ses gestes quand on est une personne normalement constituée.»

Aux yeux du procureur, la dernière conversation entre Jérémy et son père, qui se trouvait alors chez Anapharm, illustre très bien l’invraisemblance des propos tenus par l’accusée.

«Ses dernières paroles à son père ont été : «je m’ennuie de toi, papa». Son père qui le frappe, qui l’humilie, qui le traite de poignet cassé et qui veut en faire un homme. Imaginez ce que l’accusée devait lui faire vivre», a-t-il lancé aux jurés, dont certains peinaient à contenir leurs émotions.

Les experts défiés

S’étant adressée au jury avant le procureur de la Couronne, l’avocate de Meunier, Me Joëlle Roy, s’est attaquée à pratiquement tous les experts appelés par la Couronne durant le procès, plaidant que leurs témoignages ne sont pas suffisamment crédibles pour prouver d’une quelconque façon la culpabilité de sa cliente.

Que ce soit la «jeune» pathologiste qui a pratiqué l’autopsie du bambin de quatre ans ou un expert venu expliquer les marques de ceinture sur le corps de l’enfant dont elle pourrait reproduire les expériences «dans [son] garage», Me Joëlle Roy n’a pas mâché ses mots dans sa plaidoirie finale, vendredi matin, au palais de justice de Montréal, devant les sept hommes et cinq femmes du jury.

«Ce n’est pas parce qu’on est expert qu’on est forcément neutre, a-t-elle lancé. Ce n’est pas parce qu’on est bardé de diplômes qu’on ne peut pas se tromper.»

Sa principale cible était le Dr Gilles Fortin, neurologue et pédiatre spécialisé dans les cas d’enfants maltraités. Celui-ci, en se basant principalement sur les conclusions des six experts qui l’ont précédé à la barre, a produit un rapport le 17 mai dans lequel il confirme que Jérémy est mort des suites d’un coup à la tête ayant causé une hémorragie sous-durale.

Me Roy a tiré à boulets rouges sur ce rapport qui «ne sent pas bon», et sur tout le récit du médecin, qu’elle a même qualifié de témoin «de complaisance».

Expliquant pourquoi elle n’avait pas jugé bon de le contre-interroger, l’avocate a indiqué qu’il lui est apparu «tellement évident qu’il venait à la rescousse pour «patcher» certains trous dans la preuve de la poursuite.»

Coupable de négligence?

Me Roy a par ailleurs martelé auprès du jury que même si elle a reconnu avoir mordu la victime à deux reprises, rien ne permet d’affirmer que Stéphanie Meunier a bel et bien porté le coup fatal au petit Jérémy. Si sa cliente est coupable de quelque chose, c’est tout au plus d’avoir été négligente.

«Son témoignage n’est peut-être pas tout à fait glorieux ou élogieux, mais elle est capable de dire qu’elle n’a pas pris la bonne décision. Cela n’en fait pas une meurtrière», a-t-elle insisté.

À l’instar de Meunier, Me Roy a plutôt pointé du doigt Bastien, un homme «violent, menteur et manipulateur» selon elle.

La juge Johanne St-Gelais, de la Cour supérieure, donnera ses directives au jury lundi, après quoi ce dernier amorcera ses délibérations.


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