Les moments-clés de l'enquête

Fredy

Danny Villanueva © Agence QMI

Marc Pigeon
Journal de Montréal

DÉBAT D'EXPERTS

Des témoins déclarés experts par le tribunal ont expliqué leur vision du déroulement de la tragédie.

Bruno Poulin, enseignant de l'École nationale de police du Québec (ENPQ), a été demandé à la barre par la Ville de Montréal. Il a déposé une animation scientifique 3D reconstituant deux scénarios possibles des événements. Ses explications entérinent la thèse de la légitime défense, telle qu'avancée par l'agent Lapointe. Selon lui, leurs agissements étaient tout à fait conformes à ce qu'on enseigne à l'ENPQ.

François Van Houtte, retraité de la GRC et ancien tireur d'élite, a été appelé à présenter une contre-expertise, à la demande du clan Villanueva . Il lance la pierre aux policiers, qui auraient pu faire autrement, notamment en tirant moins de quatre projectiles. Il parle de la «démesure» des prises de décision. Selon lui, le duo a mis la sécurité des gens en danger en ne respectant pas les normes de prudence. Le passage de M. Van Houtte devant le tribunal ne s'est pas fait sans heurt: on a relevé des informations fausses et imprécises sur son CV, qu'il n'avait pas de formation collégiale ou universitaire et qu'il avait pris sa retraite après avoir été suspendu en raison d'un conflit avec son employeur.

DES TÉMOINS-CLÉS

Tous les témoins de cette tragédie ont pu donner leur version de ce qui s'est produit au cours de ces 64 secondes fatidiques. Tous sauf un acteur crucial: Fredy Villanueva.

Les policiers: Jean-Loup Lapointe et sa collègue, Stéphanie Pilotte, ont raconté comment ils ont vécu cette affaire. Après être descendu du véhicule, l'agent Lapointe s'est rapidement approché d'un groupe de jeunes qui jouaient aux dés au parc Henri-Bourassa. Tout s'est fait très vite et il a voulu amener Dany Villanueva vers la voiture de police. Dany s'agitait et tous deux se sont retrouvés au sol. Des amis se sont approchés et Lapointe s'est senti pris et a craint d'être désarmé. Sentant sa vie menacée, Lapointe a dégainé et tiré vers les masses se profilant devant lui. Trois balles ont touché Fredy: deux au thorax et une à l'avant-bras. Une a touché Denis Méas à une épaule et une autre le dos de Jeffrey Sagor-Metellus. La policière Pilotte n'a quant à elle pas senti sa vie menacée, occupée à immobiliser les jambes de Dany Villanueva.

Les amis: les jeunes impliqués ont tous indiqué, lors de dépositions faites peu après les événements, que Fredy était très près du policier Lapointe et l'aurait même touché. Mais à l'audience, c'était une autre affaire. Sagor-Metellus a évoqué une perte de mémoire l'empêchant d'expliquer pourquoi il aurait donné cette première version. Dans celle donnée au tribunal, il assure que Fredy n'a pas touché au policier. Méas dit n'avoir main-tenant aucun souvenir des gestes posés par Fredy. Puis, Jonathan Senatus jure que personne n'était assez près pour toucher l'agent Lapointe. Les analyses ont démontré que Fredy se trouvait entre 36 et 41cm de la pointe du revolver du policier Lapointe.

DEUX POIDS, DEUX MESURES

Après le drame, les policiers Lapointe et Pilotte ont été amenés en ambulance ensemble, et ont pu rencontrer leur représentant syndical ensemble une fois à l'hôpital, ignorant ainsi les directives internes du service de police dans les cas de décès. La Sûreté du Québec, appelée à enquêter sur la mort de Fredy, n'a pas cru bon interroger les policiers, préférant obtenir leur rapport écrit au préalable. Si Pilotte l'a fourni promptement, Lapointe a mis quelques semaines pour le faire. Quand la SQ a voulu interroger Lapointe, il a refusé de répondre à leurs questions, comme le veut son droit.

Les jeunes quant à eux ont immédiatement été isolés les uns des autres à l'hôpital et au poste de police, afin d'éviter toute contamination de leurs versions. Les policiers les ont rapidement interrogés, en pleine nuit.

Pressé de questions sur ces façons différentes de traiter les divers acteurs du drame, l'enquêteur principal Bruno Duchesne a laissé tomber une phrase qui qui en a fait bondir plus d'un: «Nous, les policiers, on est honnête.»

DÉBAT SUR LA SÉCURITÉ DE L'ÉTUI POUR REVOLVER

Si l'enquête est en fin de compte terminée, le coroner aimerait bien qu'on puisse traiter des mécanismes de sécurité entourant l'étui des armes à feu des policiers de Montréal.

Or, tant la Ville de Montréal que la Fraternité des policiers s'y sont farouchement opposées en déposant une requête en cour supérieure, qui sera entendue à une date ultérieure.

«Il va de soi qu'une personne connaissant l'existence et le fonctionnement desdits mécanismes de sécurité parviendra à désarmer un policier encore plus facilement et rapidement », dit la requête de la Ville.

On veut ainsi éviter que soient étalées publiquement toutes ces informations qui pourraient mettre la vie des policiers en danger, si elles tombaient entre de mauvaises mains.

Déjà, apprend-on dans la requête, que le représentant de la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), l'une des parties intéressées, a obtenu par erreur copie d'un document confidentiel traitant de ce sujet, lors d'une distribution de documents aux autres avocats. Un débat devrait avoir lieu en cours d'année, devant la cour supérieure.


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