Requiem pour un mafioso

Nicolo Rizzuto - Requiem pour un mafioso

Les porteurs du cercueil sortent de l’église Notre-Dame-de-la-Défense devant des centaines de curieux et de journalistes. © Stéphane Grégoire/Agence QMI


Marc Pigeon

Alors qu'ils assistaient aux funérailles de Nicolo Rizzuto, patriarche du clan mafieux sicilien tué dans sa maison ces derniers jours, victime de la dernière d'une série d'exécutions, les quelques centaines de proches n'ont pas hésité à se serrer la main en se souhaitant... la paix.

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Cette scène plutôt incongrue s'est déroulée hier matin, à la suggestion du père Igino Incantalupo, en l'église historique Notre-Dame-de-la-Défense, dans la Petite-Italie, au moment de conduire l'homme de 86 ans à son dernier repos.

Après une courte alerte au colis suspect (voir autre texte), la cérémonie a commencé avec une vingtaine de minutes de retard.

Dès que les portes de l'église se sont ouvertes, les fidèles se sont engouffrés dans l'église, sous l'oeil attentif de centaines de curieux, de policiers et de représentants de la presse, massés sur la rue Dante.

Plusieurs curieux et quelques journalistes se sont vu refuser l'entrée par les agents qui scrutaient les fidèles.

Vers 11h15, le cortège funèbre est arrivé, avec plusieurs agents de sécurité. Des membres immédiats de la famille Rizzuto ont à leur tour pénétré dans l'église, suivant cercueil et corbeilles de fleurs.

On a aperçu l'épouse du défunt, Libertina Manno, ses petits-enfants Leonardo et Bettina, ainsi que Calogero Renda, le fils de celui qu'on estimait être le consigliere du clan, Paolo Renda, présumément enlevé en mai dernier.

Gardiens omniprésents

Le fils de la victime, Vito Rizzuto, considéré pendant des années comme le parrain de la mafia montréalaise, était absent, purgeant une peine de prison aux États-Unis.

L'avocat Loris Cavaliere a été aperçu dans l'assistance.

Presque tous les sièges de l'église de l'avenue Henri-Julien étaient occupés.

Une bonne demi-douzaine de responsables de la sécurité à la mine sombre, dont certains portaient de petits écouteurs à l'oreille, ont arpenté les allées, à l'intérieur de l'église, tant avant que pendant la cérémonie, a constaté le Journal, qui a assisté à la cérémonie.

Chuchotements à l'oreille, regards inquisiteurs, attitude suspicieuse: les hommes à la forte stature avaient une présence bien sentie dans l'église.

À un moment, deux d'entre eux se sont approchés du journaliste torontois James Dubro, qui est l'auteur de plusieurs livres et reportages sur la mafia, lui demandant de s'identifier.

L'auteur ne s'est pas caché, a exhibé sa carte d'identité, a épelé son nom et a indiqué qu'il n'était pas là pour «une couverture».

«Suivez-nous, s'il vous plaît»

«Suivez-nous, s'il vous plaît, Monsieur», ont insisté les gardiens à plusieurs reprises.

Tenace, Dubro a martelé qu'il refusait et est demeuré assis, argumentant avec les fiers-à-bras. Le ton montait tranquillement. L'altercation tranchait avec l'atmosphère de la place, qui était jusque-là davantage au recueillement qu'à la prise de bec.

De nombreuses têtes se sont retournées. D'autres agents se sont amenés. La tension augmentait.

«Qu'est-ce qui se passe?, a dit Dubro. Vous êtes un, deux, trois, quatre, cinq, six, autour de moi...», a-t-il dit aux agents en les comptant.

Puis, ceux-ci ont serré la vis. Ils ont pris place à ses côtés, sur le banc de l'église, et l'ont poussé vers l'extrémité du banc, puis l'on mis à la porte fermement, mais sans violence.

D'autres personnes sont venues prendre place sur le banc. Puis, la cérémonie a débuté.

Grosses pointures absentes

Le cercueil doré de Rizzuto trônait dans la nef, entouré de quelques arrangements floraux.

La musique et les chants, solennels pour les circonstances, on pourrait même dire austères, ont marqué la cérémonie, qui s'est tenue en italien seulement.

Le violon, la trompette et l'orgue traditionnel qui ont accompagné les choeurs ont eu de quoi faire monter l'émotion dans l'assistance et faire sortir les mouchoirs, à quelques reprises. L'Ave Maria s'est avéré l'un des moments forts de la cérémonie.

Environ la moitié de l'assistance s'est levée pour communier. Personne n'a pris le micro pour rendre de témoignage.

Par ailleurs, la police, qui surveillait de près les mafieux présents, a constaté qu'ils étaient peu nombreux, comme si on voulait prendre de la distance avec le clan Rizzuto.

«Il y avait peu de grosses pointures, a commenté un policier spécialisé dans la lutte au crime organisé. C'en est même étonnant.»

Fausse alerte

Une mystérieuse boîte noire arborant une croix blanche, découverte sur le perron de l'église, a bien failli retarder la célébration.

L'objet suspect a été rapporté aux policiers vers 8 h 40 par des journalistes.

Les policiers ont jugé la boîte assez suspecte pour boucler le secteur.

Notamment, après avoir questionné le prêtre, la police a été convaincue qu'il ne s'agissait pas d'un rite religieux.

Le groupe tactique d'intervention de la police de Montréal a alors été dépêché pour analyser la situation et le colis.

Finalement, le colis ne contenait qu'une simple note, dont le contenu n'a pas été révélé.


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