La fin tragique d'un homme brillant

Drame - La fin tragique d'un homme brillant

Robert J. Mailhot, un chirurgien qui venait de terminer son troisième recueil de poésie, s'est enlevé la vie.Photo: Courtoisie Écrits des Forges


Dany Bouchard

Robert J. Mailhot était chirurgien vasculaire. Il était aussi poète, lui qui venait de terminer l'écriture de son troisième livre, Motel éternité, tout juste sorti des presses. Son histoire, teintée d'une pénible douleur et d'une insurmontable tristesse, aurait dû s'arrêter là.

Mais l'homme de 33 ans s'est enlevé la vie dans la nuit de dimanche à lundi. Pourquoi un homme si brillant en arrive à poser un geste si tragique? Une mauvaise critique de sa poésie ou les séquelles d'un drame familial en 2009?

Il y a quelque temps, alors qu'il était résident en troisième année en chirurgie, l'Association des médecins de langue française du Canada a écrit sur lui, sur son parcours et son amour des mots.

Passionné par l'univers scientifique, rien ne le prédisposait à étudier la médecine.

«Il a choisi l'Université de Sherbrooke, entre autres parce que l'Estrie lui rappelait Pierrefonds, avec ses grands espaces verts, où il a passé toute son enfance», écrit l'auteur du billet, Danielle Lapointe.

Il a commencé sa formation en 1995. «L'enseignement à la Faculté de l'Université de Sherbrooke était tel que je me l'étais imaginé. Cet apprentissage m'a plu dès le départ. Tout de suite, j'ai su que j'étais à ma place. Approfondir mes connaissances scientifiques, me plonger dans les livres jusqu'aux petites heures du matin, aller au bout de moi-même: voilà ce dont j'avais rêvé, et voilà ce que je vivais», confiait-il à l'auteure.

Entré à la Faculté, il s'est passionné pour la chirurgie.

Brillant, il a plus tard obtenu un brevet aux États-Unis pour un instrument chirurgical et il était en attente d'un autre.

Le drame

En juin dernier, sa vie a basculé. Fils unique, ses parents, Lisette et Robert, ont été retrouvés sans vie dans leur maison de Pierrefonds. Inquiets de ne pas avoir de leurs nouvelles, ce sont des amis qui ont fait la macabre découverte, le lundi 8 juin.

Le corps de la femme de 60 ans a été retrouvé dans le sous-sol. Celui de l'homme, 68 ans, dans le garage. La triste histoire serait celle d'un homme, diminué physiquement, qui aurait abattu son épouse avant de s'enlever la vie.

La mort du couple a bouleversé le voisinage.

«Le suicide touche des familles, des gens. Moi, ça m'a touché personnellement aujourd'hui. C'est peut-être juste l'occasion de faire réaliser aux gens que ça brise des familles et que c'est quelque chose qui se vit au quotidien», a confié le fils du couple à différents médias, dont Cités Nouvelles, le journal de Dollard-des-Ormeaux.

Robert J. Mailhot était un passionné des mots, un mordu de poésie.

«C'est une poésie très concentrée, expliquait-il à Danielle Lapointe, au sujet de ses écrits, qui va directement au cœur du sujet. La poésie m'amène à puiser dans mes émotions, à m'en inspirer. Être ainsi en contact avec mes émotions m'aide grandement dans mes rapports avec mes patients. Je suis à même d'accueillir leurs émotions.»

En 2001 et en 2006, Robert J. Mailhot a publié deux recueils, D'aube et de torpeur et Naufragé de l'heure bleue, aux Écrits des Hautes-Terres. Attiré par le goût des Trifluviens pour son art, il a même décidé de déménager à Trois-Rivières en 2006.

Dernièrement, il venait d'écrire son troisième livre, Motel Éternité, publié aux Écrits des Forges et dédicacé à ses parents, partis ensemble pour le Motel, avant même la fin des travaux.

C'est d'ailleurs lui qui a pris la photographie illustrant la page de couverture: un petit bâtiment sous les palmiers, en noir et blanc.

Robert J. Mailhot a participé au Salon du livre de Trois-Rivières, ainsi qu'à celui de Québec.

Jusqu'à vendredi, son éditeur, Stéphane Despaties, a échangé des courriels avec lui pour régler les détails du lancement à venir.

Samedi, une première critique est tombée, dans les pages du Devoir.

«Mailhot va du côté d'une navrante naïveté, non dépourvue de maladresses. En effet, que faire de cette effrayante «amputation au cœur», de ces «doigts en transhumance», de ces «lèvres en exil» ou de cette «bouche effervescente» qui mange, sans doute, les «baies rouges [...] / les gommes bleu mer [...] / Et ces boules noires de deuil / au goût intolérable»? Rien, sinon se désoler de voir un auteur laissé à ce point à lui-même. Quelqu'un meurt et on en écrit. Voilà une proposition bien convenue.»

Sur sa page Facebook, Robert J. Mailhot a écrit tôt samedi matin: «On en parle - c'est toujours ça!»

La direction littéraire des Écrits des Forges lui a fait parvenir un petit mot d'encouragement, par solidarité.

«C'est un milieu dur, difficile, confie son éditeur, Stéphane Despaties.

«Ses deux autres livres étaient publiés chez un petit éditeur, alors je pense qu'il n'avait pas reçu de réelle masse critique. C'était peut-être la première fois qu'il était devant une réelle critique», suppose-t-il, en ajoutant qu'il est toujours difficile de mesurer la détresse de quelqu'un d'autre.

Mais pour ses proches et amis, il ne fait aucun doute que c'est beaucoup plus qu'un critique qui l'a poussé à commettre l'irréparable.

Lundi matin, il était attendu en salle d'opération, mais il ne s'est jamais présenté.

Ses funérailles seront célébrées jeudi, à l'Église Sainte-Suzanne de Pierrefonds, son dernier rendez-vous avant de mettre le cap sur le Motel Éternité.


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