QUÉBEC - L'ex-pdg de Norbourg, Vincent Lacroix, a contredit l'Autorité des marchés financiers (AMF) lundi et donné des arguments à 139 investisseurs qui réclament une indemnité de l'AMF pour avoir perdu leurs mises dans un fonds Norbourg.
Après avoir échoué dans leur tentative d'empêcher Vincent Lacroix de témoigner en cour à Québec, les représentants de l'AMF l'ont entendu affirmer qu'il avait une responsabilité dans les pertes essuyées par les 139 investisseurs qui demandent à la Cour supérieure d'ordonner qu'une indemnité leur soit versée.
Lacroix a reconnu une nouvelle fois avoir créé un réseau intégré de gestion de l'épargne de ses clients pour ensuite faire disparaître l'argent et leur faire miroiter des valeurs de placement qui s'avéraient fausses. L'arnaque lui a permis de soutirer 135 millions$ à ses clients pour ensuite lui valoir une peine d'emprisonnement de 12 ans.
La toile
«Norbourg, c'était un réseau intégré. La main droite ne pouvait pas ignorer ce que faisait la main gauche», a dit Vincent Lacroix devant le juge Bernard Godbout, sur un ton qui ne laissait transparaître aucun remords.
Lacroix était le premier témoin amené à la barre par les procureurs de 139 investisseurs qui soutiennent avoir été floués après avoir placé leurs économies, par le biais du cabinet de courtage SPA, dans un fonds de placement appelé Perfolio dans lequel Norbourg avait une participation de 30%. Vincent Lacroix était à la fois actionnaire unique, président, administrateur et secrétaire de SPA.
«Filet de sécurité»
Ces 139 personnes contestent en Cour la décision de l'Autorité des marchés financiers de ne pas les indemniser. L'AMF soutient que les requérants ne sont pas admissibles à l'indemnisation parce qu'ils ont placé leur argent par l'entremise d'un courtier et parce que Lacroix n'était pas un dirigeant de SPA.
«Le fonds d'indemnisation de l'AMF ne peut pas être vu comme un filet de sécurité protégeant tous les investisseurs contre les fraudes, a signalé une procureure de l'AMF, Me Geneviève Cotnam. L'AMF a un pouvoir discrétionnaire d'indemnisation», a ajouté l'avocate. L'AMF a versé 31 millions de dollars en indemnités à 925 personnes sur un total de 9200 investisseurs qui ont été floués par Norbourg, a précisé un porte-parole de l'organisme, M. Sylvain Théberge.
Caisse vide
Lacroix a pourtant reconnu hier qu'il avait autorité sur le gestionnaire de SPA, Claude Boisvenu. Il a aussi affirmé avoir bloqué, en 2005, une transaction initiée par Boisvenu qui consistait à transférer des placements du Fonds Norbourg pour acheter d'autres fonds de placement. Le Fonds Norbourg était vide, a reconnu Lacroix qui avait lui-même retiré l'argent.
Un des procureurs des requérants, Me Marc-André Gravel, a plaidé, que l'AMF n'avait pas déployé les efforts suffisants pour obtenir la preuve que ses clients sont admissibles au Fonds d'indemnisation. «On vous demande de rendre une décision qui aurait dû être rendue», a dit Me Gravel.
Le procès se poursuit aujourd'hui avec les témoignages de représentants de l'AMF.