Réagissant mal aux débordements émotifs, les jeunes cherchent un moyen de soulager des douleurs et des tensions psychologiques insupportables. Incapables de mettre des mots sur des maux, ils se coupent, se brûlent, se blessent. La tension se relâche... jusqu’à réapparaître, créant un cycle infernal.
«En ce qui concerne l’automutilation, on est confronté à un symptôme qui a une valeur adaptative efficace mais dangereuse. Au départ, se couper soulage. Mais ça devient un problème car il y a une dépendance liée à l’automutilation», explique la Dre Patricia Garel, psychiatre au CHU Sainte-Justine. Une patiente lui a déjà dit: «C’est triste à dire mais je n’ai jamais été aussi bien qu’après ces moments-là.»
Ces gestes entraînent les jeunes dans un cercle vicieux. «S’ils le font pour exprimer leur douleur, il est possible qu’ils aient encore plus de difficulté à gérer leur souffrance de façon saine par la suite», précise la Dre Shawna Atkins, psychologue clinicienne à Montréal et chargée de cours à l’Université McGill. Celle-ci n’aime pas le terme « addiction », un terme qu’elle trouve péjoratif et qui réfère à une substance illicite.
Endorphines?
Dans la littérature médicale, certains auteurs ont soulevé l’hypothèse que l’automutilation provoquait, secondairement, des endorphines secrétées par l’hypophyse. « Mais ce n’est pas vrai dans toutes les circonstances », nuance le Dr Guy Tremblay, psychiatre. Un dysfonctionnement du système de libération de la sérotonine – un neurotransmetteur qui agit sur l’humeur – a également été mis en cause.
La Dre Garel considère que l’automutilation représente une stratégie d’adaptation mise en place par l’adolescent pour faire face à son désarroi, comme la consommation de drogue ou d’alcool, mais la solution devient vite un problème.
L’automutilation ne s’accompagne pas d’un sentiment de fierté mais plutôt d’humiliation, de perte d’estime de soi et de beaucoup de peine et de souffrance. «L’automutilation pathologique amène l’individu à s’isoler et provoque un sentiment de tristesse. Les jeunes filles sont généralement honteuses de cette situation. Ce n’est pas joli du tout: les jeunes ont une série de cicatrices blanches sur les avant-bras», note le Dr Tremblay.