Nathalie Morin toujours retenue captive en Arabie Saoudite

Rapatriement demandé - Nathalie Morin toujours retenue captive en Arabie Saoudite

Johanne Durocher © Photo QMI

Sarah-Maude Lefebvre

MONTRÉAL - Johanne Durocher en a marre de se justifier. Depuis deux ans, en plus de tout faire pour ramener au pays sa fille et ses trois petits-enfants retenus de force en Arabie Saoudite, elle doit aussi faire taire les mauvaises langues qui insinuent que sa fille est la seule responsable de son malheur.

L’histoire de Nathalie Morin est bien connue au Québec. Plusieurs associations de femmes, des partis politiques et même l’Assemblée nationale, qui a adopté une motion pour accélérer le rapatriement de la jeune femme, lui ont signifié leur appui.

«Ma fille est dépressive et a des tendances suicidaires. Ses enfants et elle ne sont nourris que de pain et d’eau. Je peux passer deux mois sans lui parler. C’est son mari qui décide», résume sa mère Johanne Durocher.

La jeune femme de 25 ans est retenue contre son gré depuis 2008 en Arabie Saoudite parce que son mari, Saeed Al-Shahrani, refuse qu’elle quitte le pays. Selon sa mère, Nathalie est sous-alimentée, battue et violée sur une base régulière.

En 2001, l’adolescente alors âgée de 17 ans rencontre Saeed Al-Shahrani à Montréal. Trois semaines plus tard, elle est enceinte. Après sa grossesse, elle rejoint son mari qui a été déporté, pour une courte visite en Arabie Saoudite. Lors de sa deuxième visite, son mari l’avertit qu’elle ne retournera jamais au Canada.

Le début d’un cauchemar

«Je suis allée la visiter en décembre 2005. Quel choc! Saeed était cruel avec ma fille. Dès mon retour à Montréal, j’ai entrepris les démarches pour la rapatrier», se remémore Johanne Durocher.

En 2006, cette dernière réussit finalement à ramener sa fille au Québec qui, au bout de quelques jours, craque et décide de retourner en Arabie Saoudite pour s’occuper de ses trois enfants, restés là-bas en son absence.

«Dans sa tête, elle sacrifiait sa vie pour ses enfants», explique Mme Durocher.

Une affaire privée

Depuis, celle-ci multiplie les interventions auprès du ministère des Affaires étrangères pour libérer de leur «prison» Nathalie et ses trois enfants, qui sont citoyens canadiens grâce à leur mère.

«Une fonctionnaire s’occupe de ce dossier à Ottawa. Selon elle, on ne peut rien faire, car il s’agit d’un conflit familial qui relève du domaine privé. Le gouvernement canadien dit qu’il négocie, mais en réalité ils ne font rien», dénonce Johanne Durocher, qui ne perd pas espoir de gagner son combat.

Rien à faire de l’opinion publique

Malgré la situation dramatique dans laquelle se trouve sa fille, Mme Durocher se fait régulièrement dire que le gouvernement n’a pas à s’en mêler et que sa fille n’avait qu’à être plus prudente, des propos qui la mettent hors d’elle.

«On paie des psychologues à 80 000$ par année à des pédophiles, mais une jeune fille qui a fait un mauvais choix n’aurait pas le droit à la même compassion? Quand ma fille est revenue une première fois sans ses enfants, on l’a jugée. Quand elle est retournée en Arabie Saoudite pour eux, on l’a traitée de niaiseuse. C’est ridicule», constate-t-elle.

«Oui, ma fille a bouleversé ma vie par son erreur, mais je ne l’abandonnerai jamais.»


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