Des employés aussi sereins et solidaires dans leur malheur, c'est tellement spécial, en effet, que ça ne peut faire autrement que d'attirer l'attention d'autres employeurs.
Ce pari, c'est celui que les 80 employés de l'imprimerie WorldColor de Bromont ont décidé de faire.
Plutôt que de clouer leur employeur au pilori et de s'apitoyer sur leur sort, ils ont opté pour se faire connaître positivement, en imprimant eux-mêmes et en distribuant 123 000 dépliants avec une brève description de chacun d'eux et les coordonnées pour les joindre. La distribution n'est même pas commencée que la direction de l'usine a déjà reçu quelques coups de téléphone d'autres employeurs.
Le Journal de Montréal a rencontré des employés de l'usine de Bromont il y a quelques jours. Malgré de nombreuses questions au sujet de la fermeture, a priori illogique, d'une usine rentable qui sert aussi de modèle au niveau de la gestion participative, aucun d'entre eux n'a voulu blâmer l'employeur.
«On comprend la position de la direction. Ils sont coincés dans une industrie qui est malade et qui va continuer à décliner. La compagnie essaie de s'en tirer comme elle peut», a répété Normand Gosselin, 60 ans, un des chefs d'équipe des presses qui se retrouvera au chômage à la mi-mars.
Rien de spécial dans l'eau
Après une telle réponse jamais entendue en pareilles circonstances, le Journal lui a demandé, à la blague, s'ils faisaient tous partie d'une secte ou si leur employeur mettait un produit spécial dans l'eau de l'abreuvoir!
«C'est ce qu'on pense, rétorque M. Gosselin en riant. On a toujours été bien traités et ça se poursuit même du-rant la fermeture.»
«On a toujours travaillé en équipe et on a décidé de perdre notre job en équipe», reprend Guilaine Guertin, 52 ans, qui travaillait pour le service de pré-impression et qui s'ennuiera de ce «climat de travail hors de l'ordinaire».
* On peut consulter le dépliant des employés de l'imprimerie de Bromont sur Inter net sur la page d'accueil du site de la Ville de Bromont