Au moment où un spécialiste en projections
de sang racontait les derniers
moments atroces des petits Olivier
et Anne-Sophie, le cardiologue
Guy Turcotte a craqué. Mais les
larmes de l’accusé n’ont pas réussi à
le rendre plus sympathique aux yeux
de toute l’audience.
La scène haute en émotions se déroulait
hier après-midi au troisième jour de l’enquête
préliminaire de l’homme de 37 ans,
accusé des meurtres de ses enfants de trois
et cinq ans, devant le juge François Beaudoin.
Le biologiste François
Julien a passé
plusieurs heures à
mener des expertises
sur les taches et projections
de sang dans
la maison du chemin
Beaulne où les victimes
ont été tuées, le
20 février 2009. Il en
rendait compte, hier.
L’interprétation
d’un tel expert amène
l’audience à visualiser,
comme dans
un film d’horreur
plus vrai que nature,
comment les crimes
ont été commis, avec
passablement de détails.
Tout au long de
son témoignage, l’expert
se référait à des
albums de photos déposés
en preuve,
montrant comment
les petits corps ont
été découverts.
Larmes et tremblements
Au moment où le spécialiste décrivait
son interprétation des derniers instants
d’un de ses enfants, l’accusé, qui avait passé
la journée la tête baissée, les yeux soit rivés
au sol ou carrément fermés, a craqué.
Il s’est mis à grimacer, à trembler, s’essuyant
les yeux à de multiples reprises. La
scène a duré pendant plusieurs minutes et
s’est intensifiée. Son avocat, Me Pierre
Poupart, a réclamé une suspension de l’audience,
ce que le juge a immédiatement accordé.
L’avocat est ensuite allé rencontrer son
client dans le parloir du quartier de détention.
L’audience a repris 25 minutes plus
tard, et Guy Turcotte n’a pas cessé de se
moucher et de s’essuyer les yeux.
Le public peu ému
Les larmes de Guy Turcotte n’ont pas
ému outre mesure l’audience, dont plusieurs
étaient dégoûtés par ce qu’ils venaient
d’entendre, par les gestes ignobles
que le cardiologue Turcotte est accusé
d’avoir posés.
«Qu’il ne vienne pas essayer de nous attendrir
avec ses larmes», disait une dame
dans le couloir.
«Je ne suis pas certaine qu’il est si dévasté
que ça», suspectait une autre.
L’enquête étant frappée d’une ordonnance
de non-publication destinée à éviter
de contaminer un éventuel jury, il est interdit
aux médias de rendre compte de la
preuve présentée.
Le témoignage du biologiste réputé,
dans une cause qui a tant touché le Québec,
a fait courir les foules. La salle d’audience
affichait complet, hier. Plusieurs
spectateurs étaient présents pour entendre
la preuve qui ne peut être diffusée.
Parmi l’auditoire, on comptait plusieurs
avocats, tant de la défense que de la
poursuite, venus assister au témoignage
fort attendu et plutôt formateur pour eux.
Quelques employés de bureau du palais de
justice y ont aussi passé quelques heures
ou leur pause.
-
L’enquête préliminaire se poursuit demain,
avec le témoignage de la mère des
deux victimes et ex-conjointe de l’accusé,
Isabelle Gaston.
Discussions avec l’accusé
Préposé aux bénéficiaires à l’Hôtel-
Dieu de Saint-Jérôme, un témoin a décrit
hier les discussions qu’il avait
eues avec le cardiologue Guy Turcotte
et l’état d’esprit dans lequel se trouvait
l’accusé lors de son admission à
l’hôpital.
Stéphane Gagnon, 35 ans, a raconté
l’arrivée de son collègue de travail à la
salle d’urgence de l’hôpital et comment
le personnel a découvert avec
stupéfaction de qui il s’agissait.
Une ordonnance de non-publication
interdit toutefois aux médias d’en divulguer
davantage sur son témoignage.
Le préposé a aussi fait état des commentaires
que l’accusé a faits au sujet
des ses enfants, lors de son séjour à
l’hôpital.
Le témoin a répété au tribunal
toutes les paroles qu’il se souvient
avoir entendu l'accusé prononcer,
dont certaines pour le moins surprenantes
au sujet de ses enfants.
Le sergent-détective Sylvain Harvey,
du Service d’enquête sur les
crimes contre la personne de la Sûreté
du Québec, responsable de la scène de
crime, a décrit celle-ci et expliqué tous
les objets qui avaient été saisis.
Il y est demeuré une quinzaine
d’heures.
Hier, il a expliqué avec détails la
disposition de la maison et tout ce
qu’il y avait trouvé.
En outre, le policier a pu éclairer un
peu le tribunal sur ce que l’accusé
avait fait, dans les heures précédant le
crime.