INCONTOURNABLES

Billets Internet Bromont
Défi J’arrête, j’y gagne !
Soumission belairdirect
PUB

Membres Canoe.ca

Nos bulletins

Apprenez les nouvelles dès qu'elles se produisent..

Adresse électronique :

Tous nos bulletins


Enquête du Journal

On a touché une corde sensible

Sébastien Ménard
21/02/2010 07h34 

Enquête du Journal - On a touché une corde sensible
Notre journaliste spécialisé en éducation, Sébastien Ménard, a enseigné incognito aux élèves d’une polyvalente située en région. 
© Journal de Montréal

L'enquête du Journal qui a permis de raconter, incognito, la réalité quotidienne de milliers de profs et de directeurs d'école a touché une corde sensible. De nombreux enseignants se sont reconnus dans ces reportages et espèrent que leur cri du coeur sera entendu.

Il y a quelques jours, le Journal a publié une série d'articles racontant l'expérience vécue par un reporter qui s'était glissé dans la peau d'un directeur d'école primaire «stagiaire» en plus de travailler comme suppléant dans une polyvalente.

Problèmes associés à la réforme scolaire, à la discipline des enfants, au rôle des parents et à la bureaucratie, les constats qu'a faits notre journaliste ont suscité de vives réactions partout au Québec.

La Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE), qui représente la majorité des directeurs d'école, a reconnu que notre enquête dressait un portrait «dur» du système scolaire. «Mais il est réaliste», a insisté la présidente de la FQDE, Chantal Longpré.

Des dizaines de profs qui ont écrit au Journal se sont d'ailleurs reconnus dans ces reportages, qui les ont touchés droit au coeur. Ils nous ont fait parvenir leurs témoignages, leurs réactions ou leurs réflexions. Nous en reproduisons quelques-uns aujourd'hui. Dans la plupart des cas, ces personnes ont un souhait: que l'enquête du Journal fasse «avancer les choses» et que leurs commentaires permettent de sensibiliser davantage la population à leur troublante réalité.

LE RESPECT A PRIS LE BORD

«Je suis enseignant depuis 34 ans au primaire et je peux vous affirmer que le respect a pris le bord depuis plusieurs années. Les enfants rois sont de plus en plus nombreux! [...] Je trouve qu'en 2010 le travail des enseignants n'est pas reconnu à sa juste valeur au Québec. Depuis l'arrivée des conseils d'établissement, les parents ont beaucoup de pouvoir au détriment des enseignants.»

Un prof en arrêt de travail

UN VOEU EXAUCÉ

«Vous avez réussi à faire ce que je souhaitais qu'un journaliste fasse. Il est dommage que les caméras ne puissent entrer dans les écoles, la population verrait la réalité en son et image. [...] Dans mon cas, malgré la lourdeur de la tâche, mes différentes fonctions (facteur, psychologue, orthopédagogue, etc.) et mes remises en question, j'aime mon métier. Merci pour la vitrine que vous donnez aux enseignants.»

Un enseignant de 4e année dans une école des Laurentides

DE MAL EN PIS

«Ça va de mal en pis, d'année en année. Si vous observez le phénomène à plusieurs échelles, selon plusieurs perspectives, vous allez vous rendre compte que ça n'a carrément pas de bon sens. On a trop fait de tentatives de réformes, les profs se sentent déboussolés, sans reconnaissance [...].»

Un enseignant qui s'apprête à quitter le Québec pour enseigner au Vietnam

DES PARENTS ROIS?

«Le phénomène des enfants rois et maintenant des parents rois est exact. Les enseignants ont perdu depuis plusieurs années la reconnaissance du travail qu'ils font. J'ai eu la chance d'enseigner un an en Suisse et je peux vous dire que, là-bas, les enseignants sont respectés et que leur travail est valorisé. Il faut dire que l'enfant a une place plus importante qu'ici. Tant que l'argent sera la priorité dans notre société, les changements n'arriveront pas.»

Un enseignant du primaire comptant 31 ans d'expérience

DÉSILLUSIONNÉE

«J'adore enseigner, mais je n'enseigne plus. Je ne tiens plus le coup, malheureusement, tellement la tâche est difficile, peu valorisée et pleine de toutes sortes de tâches connexes. Pourtant, je suis pleine d'énergie et d'idées. Je vibre encore aux quelques rares enfants qui sont réceptifs et qui sont au coeur de leur apprentissage (comme le dit si bien la réforme), mais je suis malheureusement très désillusionnée.»

Une enseignante de 5e année, qui compte 28 ans d'expérience

CRI DU COEUR D'UNE PROF EN BURN-OUT

«Je suis présentement en arrêt de travail: burn-out. Je dois re-prendre le boulot en mars et laissez-moi vous dire que ça ne me tente pas pantoute, surtout depuis que je lis vos articles parce que, malheureusement, c'est la pure vérité.

Ce qui y est mentionné est notre lot quotidien, c'est complètement fou. Depuis la fameuse réforme, c'est pire. Les élèves n'ont pas de culture générale. [...] J'ai souvent des jeunes qui ne sont pas capables de situer le Canada sur une carte! [...] Et le fameux cours d'éthique... Je dois me promener à travers des thèmes tellement vagues et qui n'ont pas de liens ensemble. [...]

Imaginez un peu une gang de flos de 12-13 ans qui parlent de la Création ou de la cigarette. Ils me crient des niaiseries par la tête, ils perdent leur temps, c'est n'importe quoi. À mon retour, fiez-vous à moi, ils vont en écouter des films! Il y a d'ailleurs plusieurs profs d'éthique qui ont compris ça depuis longtemps. [...] Alors, population québécoise, lâchez-nous donc avec nos deux mois de vacances!»

Une prof comptant 15 ans d'expérience qui enseigne la géographie, l'histoire et l'éthique et culture religieuse au secondaire

DES «PELLETEUX DE NUAGES»

«Vos articles sont un reflet tout à fait réel de notre vie au quotidien. J'espère seulement que ça fera réagir notre ministère de l'Éducation où nos «pelleteux de nuages» continuent de dire que la réforme est une bonne chose.»

Un professeur de cégep en Outaouais

LE LAXISME ÉRIGÉ EN SYSTÈME

«Nous entendons régulièrement parler du système de santé. Mais qu'en est-il du système scolaire? Comment arrive-t-on à expliquer que la plupart des jeunes enseignantes qui quit-tent l'université décrocheront assez rapidement de l'univers de l'enseignement? [...] Et les parents eux? [...] La majorité d'entre eux justifient et excusent le comportement de leur petit roi! [...] Malheureusement, le système scolaire, les parents et le laxisme que la société impose aux futures générations font en sorte que je vais probablement me réorienter vers un autre métier.»

Un éducateur spécialisé en milieu scolaire de la région de Québec comptant une dizaine d'années d'expérience

POURQUOI PRIVILÉGIER LES ÉLÈVES À PROBLÈME?

«Enfin quelqu'un force les gens à s'ouvrir les yeux devant le malaise vécu en éducation! [...] Le malaise est d'autant plus grand qu'on a l'impression que tous les efforts que l'on fait sont dirigés vers 30% d'enfants qui causent ce malaise. Qu'arrive-t-il à nos enfants brillants, ceux qui pourraient décrocher des médailles? On leur enseigne ce que la moyenne des jeunes doit apprendre, car les enseignants sont trop occupés par ces jeunes à problème (et souvent indisciplinés), il faut leur faire un enseignement spécial avec des évaluations spéciales et des bulletins appropriés à leur développement. [...] Qu'adviendra-t-il de notre société québécoise avec ses largesses?»

Une enseignante désabusée

UN SYSTÈME QUI CRAQUE DE PARTOUT

«De plus en plus d'enfants éprouvent de grandes difficultés d'apprentissage et de comportement. Nous avons une majorité d'enfants rois et explosifs. La plupart des parents ont de la difficulté à gérer le peu de temps qu'il leur reste pour s'occuper efficacement du suivi qu'on leur demande. [...] Les services sont d'une défaillance incroyable. [...] Nous avons droit à des ordinateurs quasi-dinosaures [et] nous devons être prêts à faire du bénévolat en tout temps. [...] Malgré tout ça, j'ai l'âme d'une enseignante. J'aime les enfants ! [...] Mais, je suis parfois si fatiguée de la bureaucratie, de la paperasserie inutile, du mépris de notre profession, de l'arrogance de certains parents et de porter les défaillances de notre époque, de notre gouvernement.»

Une prof du primaire, à Montréal

LA DISCIPLINE, UN GRAVE PROBLÈME

«J'ai lu avec grand intérêt votre série d'articles sur les écoles du Québec. Malheureusement, j'ai reconnu plusieurs choses de mon quotidien. J'adore ce métier, le plus beau du monde à mon avis. Mais il y a des choses qui me déplaisent et vous en avez nommé plusieurs. La discipline est un grave problème. Moi, quand je déconnais, au secondaire, on me remettait à ma place. Dernièrement, un élève m'a sacré après. La psychoéducatrice m'a dit de «recréer le lien avec lui»...»

Un prof qui en est à sa deuxième année dans l'enseignement

TOUT EST À REFAIRE

«J'ai enseigné au secondaire de 1961 à 1977. En 1977, la sauce commençait à se gâcher. [...] À partir du prof en jeans assis sur son bureau les pieds pendants pour mieux se faire accepter par les élèves, en passant par le tutoiement, il n'y avait qu'un pas à faire pour perdre un jour toute forme d'autorité. [...] Tout est à refaire. Il ne faut pas s'étonner que certains parents, au prix de gros sacrifices, envoient leurs enfants dans des écoles privées où les sacres, les impolitesses et le laisser-aller dans les notes sont des raisons d'exclusion.»

Un enseignant retraité





[Toutes les nouvelles de Faits divers]


  LES GRANDS TITRES
National
Faits divers
International
Environnement
Dossiers
  EN CE MOMENT
  TVA DANS VOTRE RÉGION
Pour consulter les informations
régionales,
choisissez une région dans
le menu ci-dessous.