Face à face avec des serial killers

Entrevues avec 19 tueurs en série - Face à face avec des serial killers

Nadia Fezzani© Le Journal de Montréal

MARC PIGEON

Après avoir interviewé les plus grandes stars du sport et de la chanson, la journaliste Nadia Fezzani estimait avoir besoin d'un autre défi. En manque de sensations fortes, elle a choisi de s'intéresser aux tueurs en série. Et elle en a interrogé 19.

Son premier tête-à-tête avec un monstre a eu lieu avec Arthur Shawcross, assassin de 13 femmes et enfants. Et cannibale.

Il avait exigé d'être seul avec Nadia dans une salle et sans menottes, la porte fermée. Elle avait accepté.

Il n'avait rien de menaçant, avec son look de bon grand-papa et ses rires gras.

Mais à un moment de l'entrevue, il la regarde: «Tends-moi ta main». Le choc. Que va-t-il en faire? Elle sait que si elle montre une seule hésitation, l'entrevue sera terminée. Après une demi-seconde, elle tend la main.

«Vous aurez une longue vie», tranche enfin Shawcross après avoir étudié sa ligne de vie.

«Il voulait juste me tester, j'en suis sûre», analyse Nadia Fezzani avec le recul.

L'aventure qui a duré trois ans commençait.

«J'ai failli lâcher»

Elle s'y est mise en 2006, en envoyant 74 lettres à des meurtriers en série américains.

Trente d'entre eux lui ont répondu et parmi ceux-ci, 19 ont accepté une entrevue. Elle en a rencontré trois en personne et elle a mené des entrevues par courrier et par téléphone avec les autres.

Puis, elle a entrepris de lire sur le sujet, afin de connaître son sujet à fond. De 9h à 23h, pendant trois mois.

«J'ai failli laisser tomber, admet Nadia Fezzani. L'horreur, les meurtres, les viols, les abus, les enfants maltraités: je n'étais plus capable. Je faisais des cauchemars toutes les nuits.»

Elle s'est finalement rendue dans l'État de New York et au New Jersey pour rencontrer trois tueurs.

«La plupart ont dit que ce qu'ils aimaient, c'est tenir une victime entre leurs mains et ressentir le pouvoir de la laisser vivre ou de la faire mourir», explique Nadia Fezzani.

L'un de ceux-ci, Richard Cottingham, n'avait jamais fait de déclaration publique durant ses 30 ans d'incarcération.

Des aveux exclusifs

Nadia est même parvenue à lui arracher des confessions que même les policiers n'avaient pas réussi à obtenir depuis toutes ces années. Ces aveux ont d'ailleurs été tournés pour un documentaire diffusé sur TF1.

«Il refusait de parler par respect pour sa famille, qui le croit toujours innocent», dit-elle.

Forte de son expérience, Nadia constate que pour la plupart des serial killers, des problèmes remontant à l'enfance ont engendré les tueurs qu'ils sont devenus. Elle souhaite en faire prendre conscience aux parents.

«L'enfance est la partie de la vie qui forme une personne et il important de porter attention à ce qu'il s'y passe et de remarquer les signes inhabituels ainsi que les changements».

* Nadia Fezzani écrit actuellement un livre sur son expérience, qui devrait être publié en 2011.


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