Victoire contre les sentences bonbons

EXCLUSIF - Victoire contre les sentences bonbons

La victime a été battue violemment et gratuitement. Elle est aujourd’hui invalide, prend plusieurs médicaments et est entièrement indemnisée par l’IVAC. © Dany Doucet

Dany Doucet
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 05-01-2010 | 14h57

Marcia Langleib est la preuve que les victimes ont leur mot à dire pour éviter les sentences bonbons. Sans son intervention, l'homme qui l'a agressée sans raison, dans une station de métro, il y a cinq ans, la défigurant et la handicapant pour la vie, purgerait aujourd'hui sa peine sans faire de prison.

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Peter Niedziels est ce fou furieux qui avait été condamné à une peine de deux ans moins un jour à purger dans la collectivité pour cette agression gratuite et d'une violence inouïe.

Il est maintenant dans un pénitencier pour une sentence de trois ans, gracieuseté de la Cour d'appel.

Il avait failli s'en sortir à bon compte, lui qui avait pourtant avoué au tribunal ne pas savoir pourquoi, le 5 septembre 2005, dans la station de métro Snowdon, il avait tabassé sa victime, choisie au hasard, ainsi que les deux bons samaritains venus à la rescousse de celle-ci.

«Trois ans, c'est mieux que rien, mais j'aurais aimé qu'il soit en prison pour la vie. Cet homme-là a la rage dans les yeux», a soupiré Mme Langleib, hier, alors qu'elle consultait pour la première fois le jugement expédiant son agresseur en prison.

Cette Montréalaise de 56 ans ne travaille plus, a de la difficulté à marcher et à parler depuis son agression. Elle a eu la mâchoire fracturée, une partie du crâne défoncé à la hauteur de la joue et plusieurs autres blessures. Elle est incapable d'ouvrir pleinement son oeil droit.

Elle n'a plus jamais remis les pieds dans le métro de Montréal, elle qui l'utilisait quotidiennement.

Un avocat outré

C'est la cour d'appel du Québec qui a cassé, en novembre, la «sentence bonbon» qui en avait choqué plus d'un, dont l'avocat et exministre de la Justice du Québec, Marc Bellemare.

«Je me suis dit : «bien voyons, ça n'a pas de bon sens». Ça m'a révolté», a commenté Me Bellemarre, hier, en expliquant son intervention pro bono (gratuite) dans ce dossier.

Cet avocat de Québec avait appris l'histoire par les journaux.

«Je l'ai su parce que c'était médiatisé, dit-il. Imaginez-vous combien il y peut y avoir des cas des sentences bonbons dans des endroits du Québec où il y a peu de médias pour rendre la justice aussi publique.»

Demande d'en appeler

Marc Bellemare a alors cherché le numéro de téléphone de la victime qui essayait tant bien que mal d'avaler la pilule de la première sentence.

Avec son accord, il a écrit au procureur général du Québec, Me Louis Dionne, pour qu'il demande la permission d'en appeler. La permission a été accordée et le jugement imposant l'emprisonnement est tombé le 6 novembre.

SENTENCES BONBONS

Voici ce que les victimes qui se disent aussi victimes d'une sentence bonbons peuvent faire pour remettre le système de justice sur les rails, selon Me Bellemare :

  • Parler au procureur de la couronne avant les représentations sur sentence pour voir avec lui quel type de sentence il compte demander. Ne pas le laisser décider seul.
  • Dans le cas d'une décision inacceptable, écrire au bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales pour demander d'en appeler d'une sentence dans les 30 jours suivant le jugement.
  • Médiatiser le cas le plus possible en en parlant publiquement.


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