Ces individus avaient vraisemblablement commis des infractions criminelles à caractère sexuel ou des actes de violence, selon des données obtenues par Le Journal auprès du ministère de l'Éducation.
Ils ont été débusqués à la suite des vérifications d'antécédents judiciaires qui sont effectuées systématiquement, depuis 2006, auprès des personnes souhaitant obtenir une «autorisation d'enseigner» dans les écoles du Québec.
Le passé de plus de 5500 aspirants profs a ainsi été scruté à la loupe par la Sûreté du Québec, entre le 1er janvier et le 13 novembre dernier.
À peine 8% des vérifications ont cependant permis de découvrir des antécédents, en grande majorité des infractions au Code de la Sécurité routière.
Une centaine d'individus avaient toutefois déjà été condamnés pour un crime, mais dans la majorité des cas, les infractions retracées n'ont pas été considérées «en lien avec l'exercice de la profession enseignante.» Il pouvait s'agir de cas de vol, de fraude, de consommation de drogue ou de conduite en état d'ébriété, par exemple.
Les directeurs d'école et les commissions scolaires de la province se réjouissent de constater que 17 personnes ayant des antécédents judiciaires «problématiques» n'ont pas pu se retrouver seules avec des élèves, cette année.
«C'est rassurant de constater que ces mesures-là sont en place et qu'elles sont efficaces», indique la présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE), Chantal Longpré.
La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) reconnaît cependant que le système n'est pas parfait.
«Une personne peut être un pédophile et ne pas avoir été arrêtée, donc ne pas avoir d'antécédents», souligne le directeur des relations de travail de l'organisme, Bernard Tremblay.
«Mais dans le passé, une personne pouvait avoir commis une offense criminelle et se retrouver dans nos écoles. Ça n'avait pas de bon sens», lance-t-il.
Intrusion dans la vie privée ?
Plusieurs voix se sont élevées, au cours des derniers mois, pour dénoncer cette intrusion de l'État dans la «vie privée» des personnes souhaitant devenir enseignantes. Chantal Longpré juge cependant que le débat est ailleurs.
«C'est vraiment juste pour la sécurité des élèves, insiste-t-elle. Je ne peux m'imaginer confier des enfants à des gens que je connais pas du tout. Je pense qu'il était temps qu'on prenne ces mesures-là.»
Qu'est-ce qui est acceptable?
Il n'est pas toujours facile de tracer la ligne entre les antécédents judiciaires qui devraient empêcher un individu de travailler comme prof et ceux qui ne devraient pas poser problème.
«On va le dire clairement, ce qui nous intéresse systématiquement, ce sont les antécédents de pédophilie et les cas d'agressions sur des enfants», indique Bernard Tremblay, de la Fédération des commissions scolaires du Québec.
Mais certains antécédents criminels sont moins faciles à analyser.
C'est les cas des infractions reliées à la drogue. Alors que les crimes de possession de stupéfiant ne devraient pas nécessairement empêcher un individu de travailler dans une école, ceux de «trafic» peuvent être plus problématiques, souligne M. Tremblay.
À l'inverse, les crimes économiques ne devraient pas empêcher un futur prof d'obtenir son autorisation d'enseigner, mais il en va autrement lorsqu'il s'agit d'embaucher un employé au service de la taxe scolaire, fait-il valoir.
DES CHIFFRES QUI PARLENT
5 521
VÉRIFICATIONS EFFECTUÉES
458
VÉRIFICATIONS ONT RÉVÉLÉ DES ANTÉCÉDENTS JUDICIAIRES
350
ÉTAIENT DE NATURE «PÉNALE» (EX. : CODE DE LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE)
91
ÉTAIENT DES INFRACTIONS CRIMINELLES CONSIDÉRÉES «NON EN LIEN» AVEC L'EXERCICE DE LA PROFESSION ENSEIGNANTE (EX. : FRAUDE, VOL, ETC.)
17
ÉTAIENT DES INFRACTIONS CRIMINELLES CONSIDÉRÉES «EN LIEN» AVEC L'EXERCICE DE LA PROFESSION ENSEIGNANTE (EX. : CRIMES À CARACTÈRE SEXUEL, VIOLENCE, ETC.)