René Proulx a entamé en avril dernier sa 27e année à titre de brigadier scolaire.
Matin, midi et soir, il s'assure qu'une dizaine d'élèves de l'école de Bourgogne traversent en toute sécurité le boulevard de Périgny, une artère très achalandée.
Circulation dense
«Il faut vraiment surveiller et avoir les yeux ouverts, dit-il, une casquette enfoncée sur ses cheveux blancs. Le matin, ça n'a pas d'allure, le trafic qu'il y a.»
Le Montréalais d'origine est devenu brigadier scolaire quelques années après avoir pris sa retraite de chez Nortel, où il avait occupé un poste de technicien en électronique durant 33 ans.
«Il fallait que je me trouve quelque chose, raconte-t-il. Et avec les enfants, ça m'intéressait beaucoup.»
René Proulx se considère presque «comme un grand-père», pour les élèves qu'il côtoie quotidiennement.
«Les jeunes, il faut savoir les prendre, dit-il. Si tu les aimes, ils vont t'aimer. Je les appelle par leur prénom et ils connaissent le mien. Ils ne m'appellent pas Monsieur, ils m'appellent René», dit-il avec un brin de fierté dans la voix.
Depuis sa première journée de travail, le 9 avril 1983, René Proulx a fait traverser deux générations d'écoliers : ceux d'aujourd'hui... et leurs parents.
Il a toujours occupé le même coin de rue, toujours en solitaire.
«Ici, je suis connu comme Barabbas dans la Passion», lance l'octogénaire, que plusieurs citoyens de Chambly qualifient de «légende vivante». Malgré son âge avancé, René Proulx assure que sa santé est excellente. «La dernière fois que je me suis absenté, c'était en 2002, pour une pneumonie, relate-t-il. Mais je n'ai jamais manqué depuis. Je suis un gars assidu», dit-il.
«Captivant»
René Proulx avoue que ses proches insistent pour qu'il prenne sa retraite.
«J'y vais une année à la fois, dit-il. Ça fait long-temps que ma famille voudrait que j'arrête, parce que c'est vrai que ça peut être dangereux. Il y en a qui passent sur la rouge...», soupire-t-il.
Mais ni le temps froid ni la densité de la circulation ne convainquent encore ce retraité actif de tirer sa révérence.
«C'est l'fun comme travail, dit-il. C'est vraiment captivant.»