Pour la majorité des lecteurs du Journal de Montréal, ces territoires se situent au nord de Mont-Laurier, de Saint-Michel-des-Saints ou de La Tuque.
Souvent, les compagnies d'assurances trouvent que c'est trop loin et refusent d'assurer leurs biens contre le vol.
Ces régions sont en outre fortement ébranlées et appauvries par la crise de l'industrie forestière, ce qui contribue peut-être à la hausse de la petite criminalité et à l'appât d'un peu d'argent vite fait.
Des rapports?
Chose certaine, les voleurs ont la vie facile. La Sûreté du Québec ne patrouille presque jamais dans ces secteurs et ne se rend même plus sur place pour les vols par effraction, dont plusieurs, pourtant importants, qui lui sont signalés.
«Quand les gens portent plainte, nous prenons un rapport à chaque fois», commente le sergent Claude Denis, du service des relations publiques de la Sûreté du Québec à Montréal, niant que la police ait laissé tomber la surveillance des biens des villégiateurs.
«Si vous permettez l'expression, la misère humaine, c'est illimité, par contre, les ressources humaines, c'est limité. C'est dommage, mais on fait ce qu'on peut», a ajouté le sergent Denis.
Mais que fait-on ensuite avec ces rapports? La SQ n'avait pas d'exemples récents d'enquêtes fructueuses à fournir au Journal ni de statistiques sur le nombre de plaintes ou de cas résolus, ou sur le nombre de kilomètres parcourus par ses patrouilleurs dans les territoires non organisés, etc.
La police reste au poste
La SQ ne s'est même pas rendue sur place, l'an dernier, lors de l'incendie criminel du poste d'accueil de la ZEC Normandie, au nord de Mont- Laurier.
Lorsque les responsables de cette Zone d'exploitation contrôlée (ZEC) ont découvert les restes fumants de leur poste d'accueil, le lendemain matin, ils avaient pourtant trouvé des traces d'accélérant bien visibles, démontrant à n'importe quel néophyte qu'il s'agissait d'un incendie criminel.
La SQ n'est jamais venue inspecter les lieux et personne n'a été arrêté non plus.
Les exemples sont nombreux
Les exemples de vols par effraction sont nombreux. Pas plus tard que la semaine dernière, les roulottes d'un camping ont été cambriolées en pleine nuit toujours dans la ZEC Normandie, tandis que les voleurs ont accroché des chaînes au mur de la remise d'un chalet privé pour le faire tomber et y voler tout ce qui pouvait avoir de la valeur (génératrices, congélateur, débroussailleuses, outils, etc.).
La SQ ne s'y est pas rendue non plus.
La justice entre leurs mains
Sans risque de rencontrer une automobile de patrouille, même sur les chemins forestiers les plus achalandés, et sachant fort bien que la police ne viendra pas non plus relever des indices sur place, les voleurs ont beau jeu.
Les propriétaires, eux, sont tout simplement découragés lorsqu'ils constatent toutes ces pertes à leur retour au chalet...
Certains ne font même plus de rapport de police à leur retour à Mont-Laurier, estimant qu'il s'agit d'une pure perte de temps.
Mais ceux-ci ont tort, selon la SQ, qui dit mener ses enquêtes aux endroits où cette marchandise risque d'être recelée.
Par leurs propres moyens
Des propriétaires préfèrent quand même mener leurs propres enquêtes et vont jusqu'à installer des caméras, celles qui servent aux chasseurs à filmer leur gibier en catimini, pour essayer d'attraper les cambrioleurs qui visitent leur propriété à répétition.
D'autres vont voir des prêteurs sur gages, placent des annonces dans les journaux et scrutent les sites Internet de petites annonces pour essayer de retrouver leur matériel.
Plusieurs pestent contre l'inaction de la police, mais peu veulent s'afficher publiquement. En forêt, on ne sait jamais quand on peut avoir besoin de la SQ, explique l'un d'eux.
«Ils sont bons pour nous donner des tickets sur la grand-route avant d'arriver ici, mais quand ils doivent conduire dans des chemins forestiers pour nous aider à surveiller nos biens, ils sont pas mal moins bons», a ironisé une personne bien au fait du dossier.