Un avortement qui tourne mal

Santé - Un avortement qui tourne mal

Christelle Dupuis-Labelle a quitté l’hôpital, hier, cinq jours après son avortement. © Thierry Avril

Éric Yvan Lemay
Le Journal de Montréal

Christelle Dupuis-Labelle était nerveuse d'avoir à subir un avortement, mais elle ne pensait jamais qu'elle risquait d'y laisser sa peau à la suite de l'intervention.

La jeune femme de 19 ans se souviendra longtemps de l'intervention survenue jeudi dernier au CLSC des Faubourgs à Montréal. «Ça m'a traumatisée», dit celle qui a obtenu son congé de l'Hôpital de Saint-Jérôme, hier matin, cinq jours après y avoir été opérée d'urgence.

Tout a commencé lorsqu'elle a appris qu'elle était enceinte. Déjà maman d'un bébé de huit mois, elle préférait ne pas porter sa grossesse à terme.

Elle s'est donc adressée à un CLSC à Laval, mais comme elle en était à trois mois de grossesse, on la référée au CLSC des Faubourgs.

«Plein de sang»

Elle a subi l'intervention vers 9h00 du matin. Après avoir passé deux heures dans une salle pour récupérer, elle s'est rendue aux toilettes. «Il y avait plein de sang. Je l'ai dit à une infirmière, mais ils m'ont laissé partir quand même», dit la résidante de Laval.

Comme elle était inquiète et ne voulait pas rester seule, elle a accompagné son copain qui devait se rendre à St-Jérôme pour une commission. Or, sur la route, les saignements sont devenus de plus en plus abondants et les douleurs difficilement supportables.

Opérée d'urgence

Après qu'elle eut pris un comprimé de morphine qu'on lui avait remis, ils se sont rendus en catastrophe à l'Hôpital de St-Jérôme. «À chaque pas que je faisais, ça coulait. Ils m'ont dit que j'avais perdu beaucoup de sang et que cinq minutes plus tard, ça aurait pu être fatal», soutient la jeune femme.

Ar rivée à l'hôpital vers 13 heures, elle a été opérée d'urgence et on lui a fait une transfusion sanguine. «Ils m'ont sauvé la vie», dit-elle en parlant des médecins de l'établissement jérômien.

Pour ce qui est du médecin qui a procédé à l'avortement, elle dit qu'il a tenté de la joindre à plusieurs reprises après l'opération. Elle a préféré ne pas lui parler et compte porter plainte auprès du Centre de santé Jeanne-Mance et au Collège des médecins. «Je compte bien le faire, c'est important. Ce n'est pas acceptable. Je pensais rester traumatisée de l'avortement, mais je le suis plus de ce qui s'est passé après», conclut-elle en précisant qu'elle ignore si elle pourra de nouveau avoir des enfants.

Des risques malgré tout

Les responsables du Centre de santé Jeanne-Mance assurent que toutes les mesures sont prises pour limiter les cas de complications graves, mais qu'ils font partie des risques d'une interruption volontaire de grossesse.

«Des saignements liés à l'avortement, c'est dans la normalité des choses. Est-ce qu'il y a des complications à chaque fois qu'il y a une chirurgie ? Bien sûr que non», indique Suzanne Carrière, directrice des services spécifiques au CSSS Jeanne-Mance.

Sans commenter directement le cas de Christelle Dupuis-Labelle, la directrice indique que les patients reçoivent un guide de 16 pages d'information en lien avec l'intervention. Tout ce qui touche d'éventuelles complications s'y trouve, ainsi qu'un numéro en cas d'urgence.

Réactions différentes

Elle indique qu'un temps minimal d'observation doit être respecté après l'intervention et qu'il varie en fonction des médicaments utilisés. «Certaines personnes voudraient même partir plus vite. Il faut parfois les retenir. Une fois qu'elles sont parties, on n'a plus le contrôle sur le comportement des patientes.»

Suzanne Carrière assure que les médecins du CLSC des Faubourgs ont une grande expérience, mais que les réactions peuvent être différentes d'une patiente à l'autre.

* Plus de 800 avortements sont pratiqués annuellement au CLSC des Faubourgs.


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