«C'est injuste pour les femmes. En tout cas, ce n'est pas une façon d'encourager les femmes à gagner leur vie dans un métier non traditionnel comme le camionnage, ni pour les encourager à faire des enfants», lance Isabelle Landry, 26 ans.
Comme elle est enceinte de 13 semaines, la nouvelle de sa non-admissibilité a un peu gâché ce grand moment de joie pour cette jeune femme de Saint-Jean-sur-Richelieu.
«Si j'avais su, j'aurais au moins essayé de me mettre de l'argent de côté pour ces mois sans travailler.»
Elle n'avait jamais entendu parler de cela avant, peut-être parce que peu de jeunes femmes oeuvrent dans son domaine et ont un jour essayé de se prévaloir d'un congé préventif.
«Je suis habituée de vivre avec 4 000 $ par mois, j'ai une auto, un grand logement et des dettes d'études... J'ai des obligations. Est-ce que je serai obligée d'appliquer pour le bien-être social ?»
Juridiction fédérale
Sa situation est tellement inusitée qu'il lui a fallu une vingtaine d'appels téléphoniques, dit-elle, pour avoir le fin mot sur son cas de la Commission de santé et sécurité au travail (CSST).
Le verdict est tombé dans la boîte aux lettres le 25 août : «Nous vous informons que vous n'êtes pas admissible au retrait préventif prévu par la Loi sur la santé et la sécurité au travail, parce que la Loi ne s'applique pas aux travailleuses d'une entreprise de juridiction fédérale.»
«J'habite ici, je travaille pour un employeur ici et je paie des impôts ici... pourquoi je n'ai pas le droit aux mêmes privilèges que les autres travailleuses ?», questionne-t-elle.
Allers et retours en Californie
Isabelle Landry gagne sa vie dans le camionnage depuis deux ans. Elle dit n'avoir jamais pris de vacances depuis qu'elle a ter miné sa formation de camionneuse et qu'elle est fort appréciée par son employeur, Logistiques Trans-West de Lachine.
«J'ai toujours voulu être camionneuse, dit-elle, j'ai toujours aimé les camions.» Depuis quelques années, elle et le père de son enfant partagent le même camion pour faire des allers-retours en Californie, sans arrêt, de chargements réfrigérés de fruits et de légumes.
Mais son médecin lui a demandé d'arrêter de travailler pour le bien-être et la santé de son enfant.