La dernière nuit d'Arturo Gatti

Exclusif | Le Journal au Brésil - La dernière nuit d'Arturo Gatti

Arturo Gatti et Amanda Rodrigues en escale sur l'île néerlandaise de Bonaire, au large du Vénézuela, en 2009.© Journal de Montréal

Mathieu Turbide
Le Journal de Montréal

La dernière soirée d'Arturo Gatti avait bien commencé, mais en début de nuit, à la suite d'une dispute, tout s'est effondré. Pour reconstituer les événements, le Journal a parlé avec une dizaine de témoins qui ont croisé ou aperçu le couple dans le petit village de Porto de Galinhas le soir du 10 juillet.

Le Journal a aussi consulté les dépositions des témoins contenues dans le rapport de la police civile. Voici le récit de la nuit mouvementée qui a précédé la mort du boxeur.

Après s'être installés dans leur condominium et avoir un peu visité le village, Arturo Gatti et Amanda Rodrigues se sont rendus sur la rue piétonnière où se trouvent les restaurants et les boutiques de Porto de Galinhas et qui mène à la plage.

Au bout de la rue, ils se sont arrêtés vers 21 h dans un restaurant dont la terrasse donne sur la plage. Ils y ont mangé de la pizza. Selon des témoins, le couple aurait commandé deux grandes pizzas: une pour eux et l'autre pour un petit groupe d'enfants de la rue qu'ils avaient invités à la table à côté d'eux. Ils auraient commandé deux bouteilles de vin.

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Entre minuit et une heure du matin, Arturo, Amanda et leur bébé (qui dort dans une poussette) quittent le restaurant et marchent sur la rue piétonnière vers l'endroit où le taxi les avait laissés.

En chemin, voyant que les restaurants s'apprêtaient à fermer leurs portes, Arturo demande à sa femme de s'arrêter à un autre petit restaurant pour prendre une bière.

DISPUTE EN PLEINE RUE...

Le serveur les installe à une table sur la rue, à l'extérieur du restaurant, car il ferme. Ils boivent chacun une bière. C'est là que les choses ont commencé à dégénérer entre le couple. À un moment, Arturo, contrarié, aurait jeté une bière par terre. Amanda lui aurait alors dit: «Tu ne changeras jamais...»

Arturo fait savoir à Amanda qu'il veut aller à la discothèque du village, la Santeria, qui se trouve un peu en retrait du centre. Mais Amanda refuse et la dispute éclate en pleine rue. Plusieurs témoins les ont entendus -sans les comprendre - puisqu'ils criaient en anglais.

«Je lui ai dit que nous devions retourner à l'hôtel parce qu'il était tard et que nous avions le bébé», explique Amanda Rodrigues. Elle aurait aussi refusé de le laisser aller seul au bar.

Des témoins à qui le Journal a pu parler se souviennent d'avoir entendu le couple crier. «Ils se disputaient très fort et ils parlaient en anglais. Ça arrive souvent, mais quand j'ai vu leurs photos dans les journaux, je les ai reconnus», raconte Luiza, une employée d'un commerce de bijoux de la rue Esperança.

Plusieurs témoins racontent avoir vu Gatti pousser sa femme «comme pour la faire avancer» et lui criant des phrases «en anglais ou en italien».

CONTRADICTION...

Depuis le début, Amanda a soutenu que son mari l'avait seulement «poussée» et qu'elle était tombée au sol. Mais au moins un témoin direct de la bagarre a soutenu au Journal qu'elle avait été violemment poussée et battue par Gatti.

«Je l'ai vu la battre, la pousser; elle est tombée et il l'a tirée par les cheveux», raconte George Soares da Silva, portier à l'auberge Poussada Farol do Porto.

Après qu'Amanda se fut enfuie à pied pour échapper à Arturo, l'homme de 52 ans, trapu mais assez costaud, s'est alors dirigé vers Gatti pour lui demander des comptes.

L'ex-boxeur venait d'installer le bébé dans un taxi, et se préparait à s'en aller, visiblement contrarié.

«Je lui ai simplement demandé ce qu'il s'était passé et il m'a frappé en plein visage une ou deux fois. J'ai perdu connaissance. Quand je suis revenu à moi, je me suis relevé et je suis retourné à l'auberge. Je saignais et j'étais brisé», a-t-il expliqué au Journal.

Interrogée plusieurs fois à ce sujet par le Journal, Amanda Rodrigues a fini par admettre, en pleurant, qu'elle avait minimisé la violence dont elle avait été victime pour «que les gens ne gardent pas une mauvaise image d'Arturo». «Je n'ai dit à personne qu'il m'avait battue. Il était si doux et gentil la plupart du temps. C'est seulement quand il buvait qu'il devenait violent envers moi», dit-elle.

BAGARRE PUBLIQUE...

Selon les policiers, qui disent avoir interrogé et obtenu des dépositions d'une soixantaine de témoins (dont plusieurs touristes), la bagarre entre Arturo et le portier a attiré plusieurs curieux, qui, menaçants, ont voulu affronter le boxeur.

Le chauffeur de taxi, effrayé, a alors démarré sa voiture pour aller alerter des policiers dans un poste de police un peu plus loin sur le même chemin.

Selon Paulo Alberes, le chef de la police civile d'Ipojuca, qui a dirigé l'enquête, c'est alors, voyant que Gatti était seul et sans son bébé, que la foule hostile s'en serait pris à lui, le poussant et lui lançant des pierres trouvées par terre. Le Journal a pu constater qu'à cet endroit la chaussée est en rénovation et que l'on peut y trouver facilement d'assez grosses roches.

Le taxi revenu, Gatti s'y réfugie et retourne alors à l'appartement, où il cherche Amanda en vain.

Les employés de l'hôtel qui l'ont vu le décrivent comme «en colère», «fâché». «Il sentait l'alcool, mais il n'était pas saoul au point de tituber», raconte Luciano, un employé de la réception du complexe hôtelier, qui a vu Gatti arriver à l'hôtel avec son bébé dans les bras.

Arturo décide de retourner à Porto de Galinhas, mais il doit prendre un autre taxi, car le chauffeur qui l'a conduit au complexe hôtelier refuse de le reprendre.

«L'INCROYABLE HULK»...

Arrivé à Porto de Galinhas, Gatti laisse le bébé dans le taxi et entre en coup de vent dans le bar Santeria. Là, dans le rapport de police, des témoins le décrivent comme «l'incroyable Hulk», bousculant les clients, poussant les chaises pour se frayer un chemin et cherchant sa femme. Là aussi, il se serait chamaillé avec des Brésiliens.

Voyant qu'Amanda n'est pas là, il remonte dans le taxi - où le bébé pleure, selon le témoignage du chauffeur - et retourne à l'hôtel.

RETOUR À LA CHAMBRE...

Quand ils arrivent à l'hôtel, Amanda est là et l'attend près de la voiture de taxi qui l'a ramenée. Elle demande à Arturo de payer le chauffeur. Elle n'a pas la clé magnétique pour entrer à l'intérieur. (Le couple avait deux cartes magnétiques. Arturo en avait une et l'autre était placée en permanence dans un dispositif pour faire fonctionner l'électricité dans l'appartement).

Gatti, qui porte le bébé toujours en pleurs, paie le taxi et le couple visiblement fâché retourne ensemble à l'hôtel. Il est alors entre 2 h et 2 h 30 du matin.

Une fois à l'intérieur, selon Amanda Rodrigues, Arturo réalise qu'elle est blessée et lui demande: «C'est moi qui t'ai fait ça?»

Quand elle répond par l'affirmative, il lui aurait demandé si tout était alors fini entre eux. Elle a dit «oui», avant de prendre le bébé et de monter dans la chambre principale à l'étage.

«J'ai barré la porte. C'est la dernière fois que je lui ai parlé...»


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