Les amateurs de faux Viagra devront se tourner vers leur médecin - ou vers Internet - pour combattre leurs problèmes de dysfonctionnement érectile. La GRC a démantelé un important réseau de vente de médicaments contrefaits cette semaine, dans la région de Montréal.
Les enquêteurs de la GRC ont infiltré les réseaux de distribution des imitations de la «pilule bleue» au cours de la dernière année.
Jeudi, ils ont mis la main sur plus de 15 000 pilules et arrêté une dizaine de personnes lors de 11 perquisitions dans la grande région montréalaise.
Deux sex-shops, un à Montréal et l'autre à Laval, auraient servi de «tremplin» pour certains revendeurs, ont indiqué les policiers, sans vouloir préciser le nom des établissements.
«Ce que nous avons démantelé, c'est un réseau de distribution qui opérait au niveau de la rue, a indiqué le sergent d'État-major Noël Saint-Hilaire, de la GRC. Les médicaments contrefaits pouvaient être vendus dans des bars, des commerces ou dans la rue comme les autres drogues illicites.»
Mais la présence des sex-shops dans l'enquête de la GRC n'est pas anodine. Plusieurs de ces commerces vendent des suppléments naturels censés favoriser l'érection. «Nous, on ne vend rien de chimique. Ça peut arriver que des clients demandent pour des pilules parce qu'ils voient ça sur Internet un peu partout et pensent que c'est légal de s'en procurer partout. Mais nous, on n'en vend pas», affirme Simon Roy, gérant de la boutique SexeCité, de la plaza Saint-Hubert, à Montréal.
Selon lui, il est toutefois très connu que plusieurs boutiques érotiques s'aventurent dans la vente illicite de Viagra et autres médicaments contrefaits.
L'enquête policière ne visait pas la vente de ces produits dans Internet, qui est florissante. «Mais nous avons toujours des enquêtes en cours», souligne M. Saint-Hilaire.
Selon lui, les gens devraient s'assurer de n'acheter en pharmacie que des produits prescrits par des médecins. «Là, ils seront sûrs de ce qu'ils prennent et ce sera sans danger», dit-il.
Comment fonctionne le Viagra?
Le sildénafil a été découvert par les laboratoires Pfizer en 1996, qui cherchaient un médicament pour soigner l'angine de poitrine. Il a été commercialisé avec grand succès dès 1998. Ce médicament détend les vaisseaux sanguins et empêche la destruction du monoxyde d'azote qui est responsable de l'érection.
Deux autres médicaments ayant sensiblement les mêmes effets ont été approuvés en 2003: le vardenafil (Levitra) et le tadalafil (Cialis). Ce dernier a une durée plus longue (jusqu'à 36 heures d'effet contre 8 à 10 heures pour le Viagra ou le Levitra).
Qualité douteuse
Selon Santé Canada, qui a procédé à des analyses sur les produits, les médicaments contrefaits ne sont pas des répliques exactes, mais souvent des copies imparfaites des originaux.
Certaines pilules saisies ne contenaient même pas l'ingrédient actif du médicament, soit le citrate de sildénafil dans le cas du Viagra ou le tadalafil dans le cas du Cialis.
D'autres contenaient des proportions plus ou moins grandes de ces ingrédients, alors que certaines pilules contiennent d'autres substances.
«D'une pilule à l'autre, c'est une surprise. On ne sait jamais ce qu'elles peuvent contenir», explique le sergent d'État-major, Noël Saint-Hilaire, de la GRC.
Qui sont les acheteurs?
Les réseaux de vente de médicaments contrefaits visent une large clientèle, mais surtout ceux qui ne peuvent pas se procurer le médicament de façon légale, en obtenant une prescription d'un médecin. Des jeunes, notamment, utilisent le Viagra en combinaison avec d'autres drogues, comme l'extasy, le GHB ou les méthamphétamines, qui ont souvent comme effet secondaire d'empêcher l'érection.
Un réseau organisé
Les médicaments contrefaits sont vendus en gros à des revendeurs qui en font le commerce de plusieurs manières.
Dans les bars, où l'on retrouve aussi d'autres types de drogues illicites. Dans certains commerces, où des employés peuvent profiter de la clientèle sur la rue ou à domicile, par le bouche-à-oreille, par le biais de publicités et de sites Internet.
Dans bien des cas, selon les enquêteurs, les vendeurs de médicaments contrefaits font aussi le commerce d'autres drogues.
Deux sources possibles
Production étrangère: selon les policiers, une bonne partie des médicaments contrefaits est produite à l'étranger, soit en Asie ou dans d'autres régions du monde où la contrefaçon est florissante. Ces faux médicaments sont souvent présentés dans des emballages commerciaux professionnels ressemblant de près à ceux des véritables médicaments.
Production locale: des laboratoires clandestins au Québec et au Canada produisent des comprimés et les vendent en vrac en plus ou moins grandes quantités dans des emballages rudimentaires (sacs, boîtes, etc.)
Combien ça coûte?
Jusqu'à 30$ pour une pilule achetée individuellement
Environ 3$ par pilule achetée en gros