«Chaque année, j’enterre des gars de gangs
de rue qui jouent au football avec moi.
À chaque fois, je vois partir le potentiel
d’un jeune. Quand tu le vois couché dans
une boîte, c’est dur…»
Âgé de 60 ans, sergent-détective au poste de
quartier 15, Georges Widz prendra sa retraite en
août après 34 ans dans la police.
Mais en plus de ses bons coups de policier,
Georges est reconnu comme un rêveur fou qui
est parvenu à accomplir beaucoup pour les
jeunes du sud-ouest, un secteur plutôt démuni,
g râce à sa déter mination et sa passion du
football.
«Les jeunes, c’est pas compliqué, il faut les
sortir des bouches de métro», dit-il.
Autour d’une machine à café, au début des
années 1990, Georges et des collègues ont trouvé
une idée pour occuper les jeunes: une équipe de
football!
«Pendant qu’ils font du football, ils ne mettent
pas le feu dans des poubelles et ne volent
pas dans les autos», dit-il.
Le vieux stock des riches
Au départ, une équipe de 29 jeunes, dirigée
par sept policiers-entraîneurs du poste 15 : les
Aces. Et un homme d’affaires généreux qui a
pavé la voie à de nombreux autres dons d’autres
commerçants. M. Widz a aussi la chance de
pouvoir compter sur des dons du service de
police, qui lui refile des produits de la criminalité
saisis au cours de l’année.
Le projet était lancé et on pouvait acheter équipements
et chandails. Souvent, des chandails
et des équipements qui ont servi deux ou
trois ans et dont les villes mieux nanties se
départissent.
Un projet qui a du succès
«C’est devenu comme une tradition: quand
quelque chose ne va pas, le jeune appelle son
coach, même la nuit. La violence conjugale a
baissé de 30-40%. C’est difficile de frapper sa
femme quand son fils joue au football avec un
policier…»
Le projet a connu tant de succès
qu’il a été exporté à Hochelaga-Maisonneuve:
les Archers.
Récompense instantanée
Le football était si populaire l’été durant, que
Georges Widz a eu une autre idée de génie:
démarrer plus tôt, en avril, avec le concours des
écoles primaires du secteur. Un gros défi de
faire entrer son organisation dans les écoles
dans une ligue parascolaire.
Pour ce faire, il s’est adjoint le talent des
joueurs des Redmen de l’Université McGill.
Encore une fois couronnée de succès, l’école
secondaire Honoré-Mercier a emboîté le pas.
47 jeunes jouent dans les Aigles. Et on songe à
exporter l’idée vers Hochelaga-Maisonneuve et…
Westmount. Et pourquoi pas vers le collégial?
Notre policier a eu droit à tout un hommage
lorsque 40 des 47 joueurs ont signé une pétition à
la fin des classes: ils ne voulaient pas arrêter de
jouer durant l’été! Ils se sont même excusés pour
les sept autres, qui n’avaient pu être joints.
«Ça, c’est une récompense instantanée, dit-il.
Je suis devenu tout émotionnel.»
Mais attention à ceux qui craignent que
Georges Widz abandonne tout en prenant sa
retraite en août: il aura simplement plus de
temps pour penser à d’autres projets.