Un ancien policier de la Sûreté du Québec (SQ) qui se bat depuis plus de dix ans pour réintégrer son poste vient d’avoir une leur d’espoir. La Cour d’appel accepte d’entendre la cause de Mikel Golzarian, congédié en 2002.
Cet ancien policier d’origine iranienne a multiplié les démarches devant les tribunaux contre l’Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), le gouvernement et la SQ.
À sa septième tentative, en février 2009, M. Golzarian n’a pu convaincre le juge Pierre Journet de la Cour supérieure que la loi qui régit le forum de règlement de grief impliquant les quelque 5000 policiers de la SQ devait être invalidée.
Il prétend qu'elle est partiale et incompatible avec la justice de même qu’avec les Chartes canadiennes et québécoises des droits de la personne.
Le juge n’a pas hésité à dire qu’un «tel entêtement a de quoi inquiéter». Il a même ajouté: «cette obstination entraîne des dépenses importantes pour la SQ, le gouvernement et le Syndicat. Ils font l’objet d’un acharnement exagéré et des plus malheureux de la part de M. Golzarian. Il est plus que temps que tout cela cesse».
Malgré ce message on ne peut plus clair, M. Golzarian a interjeté appel. Et sa cause sera entendue, vient de décider le plus haut tribunal de la province et ce, même si le procureur général du Québec et l’APPQ s’y objectaient. La date de l’audition n’est pas connue.
Mort de sa mère
L’histoire de Mikel Golzarian débute à la fin des années 1990 avec le décès de sa mère en Iran. Endeuillé, il a organisé une cérémonie de recueillement avec son frère à Toronto. À son retour, il demanda d’être payé pour les trois jours d'absence. Son patron refuse disant qu'il n'y a pas droit puisqu'il n'a pas assisté aux funérailles.
«C’est vrai que je n'ai pas assisté aux funérailles à Téhéran. Qu'est-ce que cela signifie? Les policiers québécois pure laine ont droit au deuil, et pas les policiers immigrés?», s’interroge le principal intéressé.
La convention collective de la SQ stipule que tous les membres du syndicat bénéficient de trois jours de congé lors du décès d’un parent. Elle ne dit pas, cependant, qu'ils doivent obligatoirement assister aux funérailles.
Cet incident n’est que la pointe de l’iceberg, selon le plaignant. Dès son embauche par la SQ, Mikel Golzarian dit avoir subi des «actes de harcèlement racial, de traitement différentiel et de marginalisation».
Un collègue a jeté son uniforme aux poubelles en lui déclarant face à face que c'est là qu'était «la place des immigrants».
Son casier au complet a été jeté aux ordures, ses rapports ont été déchirés plus d’une fois, son numéro matricule a été inscrit sur les photos de criminels recherchés, un agent a fouillé dans ses papiers personnels et un autre a déposé un oiseau mort sur sa voiture.
Des gestes et des comportements jugés «inacceptables» par la Commission des droits de la personne du Québec qui a enquêté et donné raison à M. Golzarian au début des années 2000. La Commission a alors demandé à la SQ de lui verser 75 000$ en compensation. La SQ n'a toujours pas payé et ne compte pas le faire.
5,4 millions
Devenu dépressif, M. Golzarian est tombé en arrêt de travail et la SQ a cessé de le payer en 2002. Il a intenté une poursuite de 5,4 M$ contre son syndicat pour ne pas l'avoir représenté adéquatement dans cette longue histoire de harcèlement racial. Sa poursuite est toujours pendante.