Les victimes: de zéro à héros

Harcèlement au travail  - Les victimes: de zéro à héros

L’avocat Marc Bellemare défend les «accidentés», y compris les victimes de harcèlement psychologique au travail, qui souffrent de séquelles parfois permanentes, comme cet ex-employé d’Hydro-Québec, qui a «fessé un mur», selon ses dires, ayant été affecté d’une dépression grave. © Agence QMI

Jean-Luc Lavallée

L’avocat Marc Bellemare, ex-ministre de la Justice, défend plusieurs victimes de harcèlement au travail, les qualifiant de «héros» pour leur courage d’aller jusqu’au bout des procédures, malgré leur fragilité.

«Dès que vous entrez dans le bureau du psychologue, que vous arrêtez de travailler, il faut bouger et il ne faut pas attendre. Le premier problème, c’est la capacité de s’organiser quand t’es en dépression, d’articuler ta preuve. Il y a beaucoup d’harcelés qui sont psychologiquement instables et qui se réveillent quelques années plus tard et là, on a un problème de délai», explique Me Bellemare.

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L’avocat rappelle le délai de 90 jours (après la dernière manifestation de harcèlement psychologique) pour le dépôt d’une plainte à la Commission des normes du travail et de six mois à la CSST, dans des cas plus graves qui impliquent nécessairement des séquelles ou des lésions professionnelles.

«Si ça passe le stade de l’arrêt de travail et des conséquences médicales, c’est la CSST, mais il faut réclamer assez tôt. Ce sont les causes les plus difficiles parce qu’il faut prouver le harcèlement, ce qui est en soi une job colossale.»

Des années d’humiliation

Un de ses clients, Pascal Boivin, a remporté sa bataille juridique contre son ancien employeur, Chatel automobiles. «Ça faisait plusieurs années que ça durait. Ils me mettaient de la pression pour me pousser à démissionner. Ils (l’employeur et les collègues) m’écœuraient au max. Ils m’ont tellement détruit psychologiquement. Je n’étais plus un apprenti, j’étais un maître-mécanicien mais on me traitait comme un enfant», raconte-t-il, encore ébranlé par des «années d’humiliation», selon ses dires. «J’ai perdu confiance en moi, j’ai pratiquement perdu mon identité personnelle dans cette histoire-là. J’étais rendu en dépression totale», ajoutant avoir eu des pensées suicidaires à plusieurs reprises.

Boivin dit même avoir été victime de menaces de mort de la part d’un collègue et de vandalisme sur sa voiture et son vélo. Malgré la lourdeur des procédures devant la CSST, il maintient que c’était «la seule voie à suivre» pour être indemnisé adéquatement, à la suite du diagnostic de trouble de l’adaptation avec humeur anxio-dépressive. «Ne pas faire face à la musique, c’est d’accepter que ça se produise…» L’homme de 37 ans a eu gain de cause deux fois, comme en témoignent des documents de la CSST. «La Révision administrative estime que la situation décrite par le travailleur (…) présentant un caractère traumatique significatif. Il ressort des faits rapportés que le travailleur a subi une conduite vexatoire, manifestée par des propos ou comportements répétés, dénigrants, hostiles, non désirés et portant atteinte à son intégrité.» Se sentant incapable de reprendre le travail dans un garage, il est retourné aux études en arts visuels.

Comme un «volcan»

Un autre travailleur, représenté par Me Bellemare, a eu gain de cause après avoir subi du harcèlement de la part de collègues pendant 13 ans. L’employé d’Hydro-Québec, visiblement très affecté par sa fin de carrière, a fait l’objet de railleries répétés, sans jamais broncher, jusqu’à ce qu’un incident avec un confrère l’amène dans un état second, le faisant trembler.

«Moi, j’étais tranquille. Je faisais ma job, j’étais toujours tout seul. Je me suis fait une bulle, j’endurais tout. Ça a duré longtemps, j’étais comme un volcan… ce qu’ils voulaient, c’est me faire sauter. Et j’ai sauté, ce n’était plus vivable.»

«On n’est jamais à l’abri du harcèlement, peu importe le milieu et l’employeur», a philosophé Me Bellemare.


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