«Si au moins c'était parce que les gens arrêtent de fumer, ce serait correct, parce que oui c'est mauvais pour la santé et moi-même je n'ai jamais fumé. Mais ce n'est pas ça qui se passe, la contrebande est installée partout et elle profite à ceux qui fraudent le système.»
Dominique Ayotte, 45 ans, est l'un de ces propriétaires de dépanneurs qui assistent avec impuissance à l'accroissement de la contrebande.
Diplômé de l'Université de Trois-Rivières en administration et propriétaire de l'Épicerie des Pins de Drummondville depuis 23 ans, il sait de quoi il parle. Il ne cache ni sa frustration, ni son découragement.
Ce qui l'enrage, c'est que lui paie ses taxes, ses impôts et reçoit les visites des inspecteurs du tabac et autres autorités qui lui dictent toutes sortes de règles du jeu de plus en plus strictes.
En revanche, dans la même ville, des contrebandiers de cigarettes mènent la grosse vie, selon lui, à l'abri de toute réglementation, de toute inspection et complètement au noir.
«Quand tu regardes aller tout ça, dit-il, des jours tu te demandes qui a raison? Moi qui essaie d'être un bon citoyen et de respecter toutes les lois, ou ceux qui se foutent de payer leurs taxes et qui mènent la belle vie.»
«Personne ne se cache de ça»
Comment M. Ayotte sait-il que la contrebande est florissante dans sa région?
«Mes clients me le disent, lance-t-il. Personne ne se cache de ça de nos jours, ce n'est plus comme avant. Ils viennent acheter un paquet et me disent que c'est en attendant leur commande qui arrive le lendemain. D'autres nous demandent carrément si nous en vendons», dit-il.
Ses ventes en témoignent aussi. Son dépanneur vendait de 500 à 600 cartons de cigarettes par semaine en 2000. Aujourd'hui, quand il en vend entre 45 et 50, c'est une bonne semaine.
Les cigarettes comptaient pour près de la moitié de son chiffre d'affaires, maintenant c'est 20-22 %.