Le 8 mars, à Riviera-Maya, une cinquantaine de touristes prennent la mer à bord du Bleu Magic, en dépit des grands vents qui forcent l'annulation des excursions, depuis quelques jours.
Mais quatre heures plus tard, c'est la déprime. Depuis deux heures, à contrevent, le catamaran est ancré à des kilomètres des côtes. Le moteur a calé. Le bateau est secoué par la vague. Sous un soleil de plomb, plusieurs passagers, qui n'ont pas mangé encore, vomissent.
L'équipage mexicain n'a pourtant de répit d'inciter tout le monde à boire -et s'enfile lui-même de grandes rasades de téquila.
Arrivent deux chaloupes à moteur. Contre toute attente, le capitaine et le guide y prennent place avec les touristes les plus mal en point, les enfants, les personnes âgées. Des deux chaloupes, une seule revient, 45 minutes plus tard, pour apporter le lunch. Quelques passagers maugréent.
Il reste des personnes à bord lorsque huit Québécois quittent à leur tour.
Les deux Mexicains qui dirigent la chaloupe semblent inquiets. Soudain, la vague sur laquelle ils surfent maladroitement s'essouffle et une autre, énorme, de côté, fait chavirer l'embarcation, projetant tous ses occupants par-dessus bord.
Il cherche sa mère
Simon Delgeit, 16 ans, de St-Étienne-de-Lauzon, émerge péniblement. Où est passée sa mère, Rox-Anne Malo?
«Je la cherchais comme un cave, raconte-t-il. J'ai fait le tour des faces de tout le monde, mais je ne la voyais pas.»
«J'ai monté sur la chaloupe - rien. Je capotais. Je pensais qu'elle se noyait.»
Sous la chaloupe
«Tout a tourné et je suis tombée dans l'eau en pleine face», explique sa mère.
«Quand j'ai sorti la tête, j'étais sous la chaloupe et elle s'enfonçait. J'ai aspiré un peu d'air, j'ai poussé et je me suis retrouvée dehors après avoir touché le moteur.»
Aussitôt, la mère et le fils se rapprochent pour ne plus se laisser. Simon doit traîner un temps un Mexicain, sans ceinture, qui s'accroche à lui désespérément. Il lui trouve plus tard une ceinture qui flotte. Il trouve aussi des bouteilles d'eau tombées de la chaloupe et en donne deux «à une petite famille» qui les accompagnait.
Une heure et demie à l'eau
Soraya Alem et André Paquin, de Blainville, sont au nombre des naufragés. Ils nagent inlassablement, sous un soleil ardent, pour sauver leur peau.
Il y a une heure et demie qu'ils sont tous tombés à l'eau et personne ne vient à leur secours. Ils sont abandonnés à leur sort. Les deux Mexicains, eux, sont disparus en direction du catamaran. Le capitaine et le guide, sur la plage, ne s'inquiètent de rien.
«Je ne savais plus quoi faire, raconte Soraya. On était épuisés, éloignés les uns des autres, au milieu d'énormes vagues. On ne voyait pas le catamaran. Et je me disais qu'on n'arriverait jamais au rivage. On devrait affronter des récifs, des vagues de fonds...»
Sauvetage
Depuis la plage, où elle est arrivée avec les premières embarcations, Karine Amyot, de Repentigny, assiste au sauvetage des rescapés: «Un homme a vu des gens dans l'eau. Il l'a crié au guide, Eric, qui ne l'a pas écouté. Mais des gens ont appelé la police et une chaloupe a été envoyée à leur secours.»
Quelques minutes plus tard, épuisés, en larme, la peau brûlée par le sel et le soleil, les naufragés s'écroulent sur le sable et s'étreignent.